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Les affaires du village
sont les affaires de tous
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Les vieux du village siégeaient autrefois dans la jemaâ pour régler les problèmes du village. Aujourdhui, les jeunes tentent de faire revivre leur douar via des associations de développement. Histoire dune modernité puisée dans la tradition.
Arpenter les routes montagneuses du Souss nest pas sans surprise. En lieu et place de pistes encore mentionnées dans certains guides pourtant récents, le voyageur se retrouve sur de vraies routes, certes sinueuses, mais néanmoins fraîchement |
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asphaltées. Alors que le doute commence déjà à vous envahir - lÉtat se serait-il attelé à lune de ses tâches avec lardeur du père fondateur ? - la réponse ne tarde pas. Ce lourd travail dinfrastructures, minimum vital pour espérer un jour désenclaver tous ces douars, est le fait dassociations de développement, véritables chevilles ouvrières de la région. Pas un douar traversé qui nait son association. Pour la construction de routes, de puits, pour lélectrification, pour lalphabétisation ou le travail des femmes
Bref, des fourmis besogneuses qui nont pas attendu un hypothétique "grand soir" pour sy mettre. De Taroudant à Sidi Ifni, en passant par Igherm, Tafraout ou Tiznit, partout on constate le travail réalisé et celui qui reste à mettre en uvre.
Particularité de ces associations locales : la majorité ont été lancées par des ex-habitants partis sinstaller à Casablanca, à Rabat voire à létranger. Et autant le dire, certains dentre eux sont devenus de véritables stars locales. Ainsi en est-il de Mohamed Sajid, lactuel maire de Casablanca, et Roudani de naissance. Il est à lorigine du projet "spécial Taroudant" dont lobjectif est lélectrification de tous les douars de la région dici 2006 (cf. "Des racines et des ailes").
Pour beaucoup dobservateurs locaux, cette vivacité et cette efficacité sexpliquent dune part, par lattachement viscéral des soussis à leur douar dorigine, dautre part, par la survivance dune tradition populaire fortement ancrée dans la région : la jemaâ.
Forme primitive de démocratie populaire, la jemaâ était composée de tous les chefs de famille de la contrée qui avaient pour habitude de se réunir autour dun feu, en sirotant leur thé et de débattre des affaires du douar. Chaque jemaâ avait ses propres règles, issues du Oûrf - les conventions tribales - dont certains préceptes étaient consignés par écrit. Dès lors quun contentieux arrivait à la jemaâ, les protagonistes remettaient entre ses mains leur sort et acceptaient sa décision. Il pouvait arriver que certaines jemaâ aient des règles en contradiction avec la loi. Ainsi, comme lexplique Nourredine Sadiq, professeur dhistoire à Taroudant, certaines tribus soussies des montagnes nacceptaient pas lhéritage pour les femmes. Ces dernières, en se mariant, "éparpillaient" les richesses familiales.
Si cette tradition a disparu des villes, elle se maintient tant bien que mal dans les douars. Écoutons un instant Ahmed Lamrani, caïd dAït Abdallah, entre Igherm et Tafraoute, "en 38 ans passés dans cette qyadat, je ne me souviens pas dune affaire qui ait atterri au tribunal. Tous les conflits en matière civile ont été réglés grâce à la jemaâ. Pour le reste, ce sont les gendarmes". Doù lidée des associations de sappuyer sur cette tradition démocratique, pour développer des projets en impliquant chacun des habitants à toutes les étapes : choix des solutions, travaux, gestion des installations, apports financiers directs, tarification des services
"Dans notre région, les gens nattendent plus rien dun État qui se désintéresse de leur sort depuis des décennies. Aujourdhui, via ces associations, non seulement on leur demande leur avis, on les implique dans la conception et la réalisation du projet, mais ils suivent de surcroît chaque dirham investi", confie cette militante roudanie. "Alors quils ne voient jamais la finalité de largent donné à lÉtat, ils constatent de visu les résultats de leur implication. Cest ce qui explique le succès des associations de développement". Autre explication avancée : ces associations tentent, via des activités génératrices de revenus, de faire revivre ces villages, jugés mortifères il y a seulement quelques années. Quelques expériences décotourisme voient le jour, des opérations de micro-crédits ou lapparition de coopératives incitent les femmes à commercialiser leurs travaux de tapisserie, de couture ou de production dhuile dargane
Si certains estiment quil est déjà trop tard pour enrayer lexode massif dont souffrent les douars du Souss, dautres ont choisi de se taire
pour mieux agir. |
Association : Migrations et développement
540 kms de routes construits, l'accès à l'électricité de façon durable et autonome pour les douars qui n'ont pas accès au PERG, alimentation en eau potable par la mobilisation des ressources hydrauliques (ouvrages d'accumulation et aménagements de bassins versants pour favoriser la ré-alimentation des nappes phréatiques), extension des terres cultivées, création de fonds d'investissements villageois, constructions de puits, construction et aménagement de dispensaires, mise à disposition d'équipements sanitaires mobiles, scolarisation et alphabétisation
Autant de réalisations menées à bien par Migrations et Développement, sans doute l'association la plus connue de la région et la plus exemplaire. Créée en 1986 par un groupe d'immigrés roudanis, ex- salariés de l'entreprise Péchiney, elle s'est donné pour objectif de favoriser le développement des pays d'origine, en particulier les zones rurales les plus vulnérables. Si le siège de la structure est basé à Marseille, elle a un bureau national à Taroudant, renforcé par trois antennes à Taliouine, Tahnaout et Igherm. Le succès de sa démarche s'explique par l'implication des habitants dans tous les projets menés et une recherche constante de dialogue avec les administrations, élus, institutions d'appui
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