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Grands soucis des femmes soussies
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La zaouïa Sidi Ahmed ou Moussa
et ses "tables de la loi"
Spirituel, le Souss l'est assurément. Son parcours est jalonné de médersas et de zaouïas qui ont donné corps à de grands oulémas soufis. Retour sur une spécificité régionale.


Saviez-vous que Taroudant fut chiite au 11e siècle ? Ilot contestataire au milieu d'un Maroc sunnite, cette expérience tourna court mais laissa des traces, visibles encore aujourd'hui. La plus évidente, à en croire l'historien local Nourredine Sadiq, est sans conteste l'habit traditionnel des femmes de cette région, entendez ce long melhaf noir qui, hormis les yeux,
recouvre entièrement le corps et la tête et partant, ressemble plus à l'habit iranien qu'à la tenue traditionnelle des Marocaines. Remarquable, cette particularité de la ville est loin d'être la seule. Alors qu'elle devient au 16e siècle la première capitale des Saadiens, la ville va se situer au niveau des pôles qui marqueront la civilisation marocaine, à savoir Fès et Marrakech. Grâce, notamment, à un développement de la culture et des sciences sans précédent. Citons ainsi la Jemâa El Kébir (la grande mosquée) qui fut l'une des plus grandes universités de l'époque, où les plus grands érudits du siècle dispensèrent leurs sciences. À titre d'exemple, Saïd Ibn Ali Al Houzali, Abderrahman Ibn Amrou Al Baakili, Aïssa Ibn Abderrahman Souktani… D'où cette tradition, encore vivace aujourd'hui, des grandes familles savantes de Taroudant, les Bani El Waqqad, Mennani, Kherbach, Belmasslout, Khatib… dont les descendants perpétuent la tradition en suivant des études théologiques. Les deux derniers sont d'ailleurs respectivement membre du conseil des oulémas de la ville pour Belmasslout et président du conseil des oulémas pour Khatib. Feu Hassan II n'était-il pas entouré de la Oumma Ilmiya (savants de la religion), dont la plupart étaient des théologiens de la ville ? Faut-il le rappeler, son père Mohammed V en son temps, avait tenu à renouveler l'esprit spirituel de la ville et à s'appuyer sur ces familles pour en faire "les gardiens du dogme", selon le mot de Nourredine Sadiq. Pour ce faire, une médersa a été construite en 1956, à la force du poignet, par les élèves et les professeurs. Cette école qui, par sa bibliothèque, par l'enseignement d'oulémas de renom comme Omar Sahili, constituait un rêve pour ces derniers et une fierté pour les Roudanis. Devenue dans les années 70 un simple lycée, celui-ci a tout de même conservé l'enseignement des disciplines originelles. Et une spécificité - encore une - sa bibliothèque ne relève ni du MEN, ni de la culture mais est restée propriété des élèves (habs). Pour y entrer, la jachtimya (école) de la ville constitue le passage obligé et les lycéens qui choisissent l'enseignement religieux sont destinés à poursuivre leur parcours théologique à la Qaraouiyine ou à la faculté d'Aït Melloul. Si Taroudant est un haut lieu de la spiritualité marocaine, celle-ci s'étend à toute la région car il n'est pas rare de trouver des médersas encore en activité dans les coins les plus reculés des montagnes soussies. Citons celles de Sidi Ahmed ou Moussa, de Sidi Abdeljebbar ou encore d'Aït Abdallah, Et pour cause, rares sont les douars qui ne comptent pas de zaouïas. Ces dernières drainent un nombre d'adeptes impressionnant et complètent ce paysage religieux. Ce qui, selon Nourredine Sadiq, a conféré une autre spécificité à la région puisque contrairement à Fès, les oulémas de la région sont également soufis. Certaines zaouïas ont joué un rôle politique comme la zaouïa Idou Zdara, ou encore la zaouïa Semlali, du nom d'une famille prétendante au trône. Ce mélange des genres s'est poursuivi sous le Protectorat français, puisqu'elles ont apporté nombre de leurs troupes au mouvement nationaliste. La plus connue, la zaouïa Derkaouia est implantée à quelques kilomètres à peine de Taroudant. Mokhtar Soussi, fils d'Ali Derkaoui, chef de la zaouïa, sera lui-même un grand alem soufi, un nationaliste doublé d'un historien remarquable, à qui l'on doit une bonne partie de la mémoire marocaine et soussie (ses deux œuvres majeures El Massoul et Khilal Jazoula). Cet héritage spirituel, religieux, allié à un désintérêt patent de l'État, explique sans doute qu'aujourd'hui que le PJD tente de s'y implanter, parfois avec succès comme à Taroudant, où le parti est arrivé 2e lors des dernières communales. Mais, cette exception mise à part, ils ont échoué dans les autres centres urbains. Ils ont ainsi présenté 11 candidats sur 23 à Tiznit sans qu'aucun ne soit élu. La tâche semble rude pour les islamistes officiels, en dépit d'un terreau a priori propice, mais qui, de facto, n'en paraît pas moins stérile aux idées extrémistes - aussi modérées qu'elles puissent paraître.

 
 
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