| "José Maria Aznar, cet homme nous hait", lisait-on sur la première page dAujourdhui le Maroc, à loccasion de la visite du Premier ministre espagnol au Maroc. "Mohammed VI veut lancer une guerre contre lAlgérie", titraient plusieurs journaux algériens, en réaction disproportionnée à la boutade de Mohamed Alouah revendiquant 38% du territoire de nos voisins de lEst. Les exemples abondent pour démontrer dun côté, que des campagnes antimarocaines surgissent de temps à autre à partir dAlger et de Madrid, et dun autre côté, que certains de nos journaux ne manquent jamais loccasion pour alimenter la paranoïa ambiante. Nos |
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| voisins sont-ils fatalement nos ennemis ? La question comporte, certes, un aspect passionnel et à la milite de lirrationnel, puisquil est incompréhensible que dans le domaine de la politique, où seuls les intérêts déterminent les alliances et les mésententes, le Maroc soit systématiquement honni par les pays qui le cernent. Quelle place la conjoncture occupe-t-elle dans ce domaine ? Quelle responsabilité doit-on faire porter à notre diplomatie défaillante dans ce déficit dimage ? Et de quel degré de pragmatisme et de sens de la négociation le Maroc fait-il montre sur des dossiers concrets, pour prouver que cette animosité a un fondement réel ? Nous avons posé la question à deux connaisseurs de nos relations avec les deux pays. Le premier, ancien diplomate, proche de lEstablishment mais connu pour sa modération, estime que le cas de lAlgérie est plus irrémédiable que celui de lEspagne. Quant au second, un économiste, spécialiste de la question de limmigration et en retrait par rapport à la politique officielle, il considère que le Maroc na quà sen prendre à lui-même. Il ne sait pas mettre en avant ses atouts opportunément. |

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LEspagne fluctue, mais lAlgérie est franchement hostile au Maroc
La dernière visite de José Maria Aznar au Maroc a été accompagnée d'un discours de dénigrement, partant du principe que lui et son parti, PP, nous haïssent. Jusquà quel point ce jugement est-il fondé ?
En tant quhomme politique, Aznar est obligé de tenir compte des intérêts de lEspagne et non de ses sentiments. Nous en étions arrivés, avec la crise Taura, à un tel point que plus rien nétait possible, sauf la confrontation militaire. Mais les deux pays ont compris que leurs intérêts communs exigeaient louverture et le dialogue. Par réalisme, le Maroc
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a montré des signaux positifs en vue du traitement de limmigration clandestine et sest de nouveau tu sur la question de Sebta et Melilia, après lavoir évoquée dans un discours du trône. LEspagne, de son côté, a vu que le Maroc avait raison sur le dossier de la pêche et a compris que pour résorber limmigration clandestine, il fallait nécessairement dialoguer.
LEspagne continue tout de même de servir de base arrière au Polisario. Cette raison justifie-t-elle quon ait des appréhensions à son égard et explique-t-elle les campagnes "antimarocaines" qui ont lieu régulièrement dans la presse ibérique ?
Certes, sur la question du Sahara, lEspagne est franchement hostile au Maroc. Elle a toujours utilisé cette carte pour faire pression sur nous, par rapport à Sebta et Melilia, la pêche, lagriculture, etc. Mais, depuis janvier 2003, le dosage a changé. Madrid dit dorénavant "vouloir une solution politique et réaliste" au conflit. Le délégué permanent de Madrid auprès du Conseil de sécurité, Inozancio Arias, a écrit, dès juillet, que "lapproche dune solution imposée est irrecevable". Cela montre que les positions espagnoles dépendent plus de la conjoncture que da priori constants.
Pourquoi cherchent-ils donc à maintenir laxe Madrid-Alger ?
Pour quil y ait un axe, il faudrait une vision stratégique qui létaye. Cela aussi est une carte de pression quils ressortent de temps à autre. Mais ils savent que la solution des problèmes avec le Maroc passe par le Maroc. En 1975, même si Alger avait le soutien de Franco et que leur diplomatie a été agressive à cette occasion, laccord tripartite a été signé avec Rabat.
Nous développons un discours similaire à légard de lAlgérie. Les exigences de coopération régionale ne nous obligent-elles pas à passer outre ces préjugés ?
LAlgérie est réellement contre nous. Le Maroc a déployé tous les moyens pour les convaincre de débattre, de tenir compte des intérêts maghrébins, rien à faire. LAlgérie est un être qui na rien de naturel. Dans leurs relations avec lEspagne, par exemple, ils ont recours au chantage. Ils autorisent louverture, sur leur territoire, dun bureau dETA et de Cubillo qui uvrent pour lindépendance des îles Canaries. Ceci est impensable au Maroc.
Mais leur diplomatie est plus agressive et efficace que la nôtre. Ne faut-il pas croire que cest notre capacité de négociation qui est défaillante ?
LAlgérie a une diplomatie de guérilla. Avec eux, la négociation est beaucoup plus difficile quavec lEspagne. Leurs généraux, qui tiennent le vrai pouvoir, sont versatiles. Il ny a quà voir Khaled Nezzar. Hier, contre nous, aujourdhui conciliant. Depuis plus de 30 ans, le Maroc a fait des sacrifices, politiques, territoriaux. Nous avons eu notre indépendance bien avant eux et avons eu des choix précis, pour lUMA, par exemple. LAlgérie na pensé quà une chose : être le leader régional. Sur le dossier du Sahara, ils sempressent pour être plus écoutés que nous. Cest à la limite lassant. |

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Dirigeant de Fidélité à la démocratie
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Cela signifierait quils ont un comportement raciste, l'axe Rabat-Alger prouve le contraire
La dernière visite de José Maria Aznar au Maroc a été accompagnée d'un discours de dénigrement, partant du principe que lui et son parti, PP, nous haïssent. Jusquà quel point ce jugement est-il fondé ?
Si le PP et le gouvernement Aznar fonctionnaient ainsi, cela voudrait dire quils ont un comportement raciste. Or, si cétait le cas, entretiendraient-ils des relations aussi étroites avec Alger ? Nous autres, Marocains, avons une approche très sommaire et passionnelle. Nous nutilisons pas les arguments quil faut au moment où il faut. Cest le cas sur lîlot Taura, sur Sebta, sur le dossier de la pêche, etc.
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Prenons le dossier de limmigration clandestine. En quoi notre approche est-elle contre-productive ?
Sur limmigration subsaharienne, nous avons fait deux erreurs. Dabord, il est faux de dire que le Maroc en détient la clé, comme il est faux de prétendre que nous sommes un pays aux portes ouvertes. Parce que nous imposons le visa à 43 pays africains et parce que nous formons juste un maillon dune chaîne. Or, à peu près 95% des Subsahariens transitent par lAlgérie. Donc, sur le plan sécuritaire, nous devons impliquer lAlgérie. Dautant que le dossier mérite une approche humaine et sociale. Au sommet 5X5, Ana Palacio a, pour la première fois, reconnu que la gestion du problème devait être partagée.
Nous développons un discours tout aussi frileux à légard de lAlgérie. Les exigences de coopération régionale sur cette question dimmigration, par exemple, peuvent-elles être abordées, malgré le blocage sur le Sahara ?
On na jamais suffisamment précisé la provenance des Subsahariens. Or, Alger a besoin de main duvre venant du Niger et du Mali. En leur ouvrant ces portes, dautres migrants passent entre les mailles du filet. Au lieu de prendre linitiative et dimpliquer lAlgérie, on reste obnubilé par la question du Sahara et on rappelle tout le temps que cest à eux de venir discuter avec nous. Or, le Sahara a de tout temps été une affaire maroco-algérienne. Mais, là où la diplomatie algérienne sinscrit dans la durée, la nôtre fait dans la précipitation.
La leur est également imprévisible. Comment lui faire confiance dans ce cas ?
Non, elle est constante dans ses principes. Laccès à lAtlantique, Bouteflika la réitéré, il y a à peine une année. Par contre, elle est imprévisible dans sa démarche et ses alliances, avec la France, lEspagne et les États-Unis. Notre diplomatie na pas suffisamment montré ce côté vénal de nos voisins, comme elle na pas suffisamment tenu compte de la constance de leurs visées pour mieux y répondre.
Lexistence dun axe Madrid-Alger ne prouve-t-il pas quil y a une volonté commune de nous cerner et nous affaiblir ?
Cet axe existe bel et bien. Le fait quils aient signé un partenariat stratégique et que Rabat et Madrid parlent à peine de partenariat amical le prouve. Il est également vrai quAlger dispose dune puissance énergétique qui lui permet de négocier ses alliances. Mais, le Maroc a aussi des moyens importants pour faire pression. La gestion politique et économique de la question migratoire en fait partie. Nayant pas les moyens de ce rôle et sachant que lEspagne, puissance économique sil en est, narrive pas à protéger ses frontières, comment le Maroc pourrait-il le faire sans appui financier ? Pour limiter laxe Alger-Madrid, il nous faudrait être plus entreprenants, nous ouvrir davantage vers tous les pays dEurope, dont la France bien sûr, et jouer sur le rôle minoritaire de lEspagne au sein de lUE. Malheureusement, on ne le fait pas assez. |