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Cheikh Yassine, "guide général"
(Photo AFP)
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Al Adl Wal Ihsane devait discuter de son éventuelle mue en parti politique, samedi dernier à Rabat. Interdit à la dernière minute, lévénement na pas eu lieu. La réflexion ne s'est pas interrompue pour autant. Par Karim Boukhari
Ce samedi-là, les premiers affluents au centre Ibn Khaldoun pour la recherche, près de Bab El Had à Rabat, ont été accueillis par un surprenant mouvement de policiers à lentrée de la résidence. Il est 14 heures, les débats sont prévus une heure plus tard. "Circulez messieurs, avertissent les agents en civil, il |
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| ny a rien à faire ici". La conférence naura pas lieu. Lun des responsables dAl Adl Wal Ihsane demande des explications et les reçoit de la manière la plus directe : le programme est annulé ! Les interrogations et les coups de fil fusent de partout. Il ny aura pas dexplication, du moins officiellement. Renseignements pris, il savère que le centre Ibn Khaldoun, une location au nom de la jamaâ, fonctionne concrètement depuis un peu plus dun an. Il a reçu son autorisation d"émettre" au début et, depuis, les activités programmées ont lieu sans demande dautorisation expresse auprès des autorités. En dautres termes, ce samedi-là, le centre est interdit pour une activité qui navait pas besoin dêtre autorisée ! À 15 heures, les invités continuent daffluer. Essentiellement des membres du PJD et du Badil Hadari, cet autre parti islamiste toléré, non reconnu par lÉtat, mais aussi des éléments de la gauche. Tout ce beau monde était invité pour assister, à titre personnel, à la conférence "Le mouvement islamiste et la problématique du programme politique". Un intitulé vaseux qui, en substance, se proposait daller directement à la question nodale : comment un mouvement islamiste (devinez lequel) peut-il transformer sa "daâwa" ou son idéologie en programme politique de son temps ? Ce qui revient en fin de compte à poser la question de la mue dAl Adl Wal Ihsane en parti politique en bonne et due forme. Linterdiction de dernière minute a, du coup, donné une autre idée aux dirigeants de la jamaâ : tenir coûte que coûte la conférence et, au besoin, dans la clandestinité, à Rabat ou à Casablanca. Une idée qui na finalement pas été retenue. "Ce serait aller droit dans le mur et donner raison, a posteriori, à linterdiction qui nous a été signifiée par les autorités", comme nous la indiqué lun des cadres dAl Adl à Casablanca. La conférence naura donc pas lieu mais, quà cela ne tienne, le débat a bien eu lieu. Et il continue, quoique dune manière informelle, loin de la place publique. Deux questions, alors : pourquoi les autorités ont-elles choisi de déterrer la hache de guerre avec la jamaâ de Yassine, en lui interdisant la tenue dune conférence qui nest pas la première de son genre ? Et pourquoi Al Adl Wal Ihsane sacharne-t-il tant à débattre de la "problématique" du programme politique, contre vents et marées ? Cest le chercheur Mohamed Darif, initialement prévu pour "modérer" la conférence interdite, qui nous fournit les premiers éléments dexplication : "Al Adl Wal Ihsane nest pas forcément lépouvantail que lon nous présente. Il fonctionne comme un parti fait de personnes comme les autres, avec ses ambitieux, ses participationnistes, ses réfractaires, etc. Cette conférence ne devait être que la traduction, au grand jour, dun débat qui agite les rangs de la jamaâ et qui ne sarrêtera certainement pas à cette interdiction". Darif connaît son sujet sur le bout des doigts. Au point quil est régulièrement accusé de faire partie du cercle de Yassine : "Jai été dans la chabiba islamiya comme dans lextrême gauche. Jen ai gardé des attaches qui ont fait de moi un chercheur et un homme de terrain". Darif a participé à plusieurs rencontres internes du premier parti clandestin du Maroc. On peut lécouter sur les nombreux enregistrements faits par Al Adl et écoulés discrètement à létranger. Il a toujours dit la même chose : "Ne nous leurrons pas, la jamaâ a toujours fait de la politique. La question est de savoir si elle est, aujourdhui, prête à rentrer dans le jeu politique proprement dit en basculant dans les structures dun parti". Pour confirmer de tels propos, rappelons que la jamaâ sest adjoint depuis deux ans une section appelée le "cercle politique", équivalent dun comité central ou dun bureau politique élargi pour un parti classique, avec ses commissions, son financement, ses sections locales, son département féminin, etc. Ce cercle, ou "daira", a élu un secrétaire général en la personne de Abdelouahed Moutawakil. Cest cette section-là qui pourrait, demain, se couper dAl Adl Wal Ihsane pour se muer en parti politique. Avec Moutawakil comme secrétaire génaral, laissant au tandem Yassine-Arsalane le soin de conduire lassociation Al Adl Wal Ihsane vers des terrains plus tranquilles, tout en assurant un contrôle tous azimuts au nouveau parti. Un dirigeant de la jamaâ, qui a requis lanonymat, na pas exclu cette éventualité : "Beaucoup de choses ont évolué depuis le 16 mai. Pour peu quun consensus religieux acceptable soit trouvé, notamment avec la monarchie (ndlr : Al Adl Wal Ihsane élude, pour le moment, la question sur laquelle ont longtemps buté ses contacts avec le pouvoir : imarat al-mouminine), il y va de lintérêt de tous que lon rejoigne officiellement le giron des partis politiques". Doù lintérêt de débattre, aujourdhui, de la problématique du programme politique. "La réforme à venir, explique Mohamed Darif, obligera les partis à exclure toute référence à la religion. Doù lintérêt pour Al Adl, sil envisage de se muer en parti, de se trouver dores et déjà un programme technique fait de mesures concrètes, loin de toute démagogie religieuse". Reste à répondre, encore, à cette question : pourquoi Al Adl Wal Ihsane tient-il à faire de tout cela un débat public et non, comme il en a lhabitude, une question à traiter en interne ? La réponse, au bout du compte, semble évidente : pour tâter le terrain et sonder les intentions du pouvoir avant daller éventuellement plus loin. La cause est entendue. |
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