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Le plus beau pays du monde
Zakaria Boualem
Économie
Problématique économique
N° 106
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Nom Boualem Prénom Zakaria Né en 1976 à Guercif signe particulier Marocain à tendance paranoïaque


C'est par le plus grand des hasards que notre héros, Zakaria Boualem l’ombrageux, est tombé, chez un bouquiniste, sur une série de brochures touristiques vantant les mérites des villes marocaines. Ces documents ont été édités par l’Office marocain du tourisme, en 1952. À l’époque, à défaut de pondre des slogans aussi brillants que "le plus beau pays du monde", les fonctionnaires de ce respectable organisme (rue Maurice Pascouet, Rabat) concentraient leurs efforts sur ce type de documents, dont la lecture a plongé Zakaria Boualem dans la plus profonde perplexité.
En ouvrant la brochure consacrée à Taza, Zakaria Boualem tombe sur les lignes suivantes, de la plume d’un certain Norbert Casteret : "Le gouffre de Fiourato est de notre avis le plus beau qui se puisse contempler, car il a un diamètre considérable et il règne jusqu’à cette profondeur un demi-jour étrange du plus saisissant effet. L’impression de profondeur est de ce fait écrasante, et l’on se sent infiniment petit au pied de ces murailles cyclopéennes". Après avoir relu trois fois cette description lyrique, Zakaria Boualem est pris d’une tristesse aussi profonde que le gouffre en question : "Ya latif, ce type, il m’a fait pleurer avec mon pays… J’ai presque envie de visiter ce fameux Fiourato alors que j’ai passé toute mon enfance à Guercif, juste à côté sans jamais y aller !"…
Dans la même brochure, on trouve la liste des sites touristiques incontournables de cette bonne ville de Taza :
- Parc National de Tazzeka
- Grotte de Kef El Ghar : "La grotte est en réalité le cours souterrain d’un ruisseau qui n’a pas trouvé d’autres moyens de franchir la crête de calcaire barrant sa route"
- Élevage de faisan et de perdrix
- Dans le massif du Bou Iblane, on peut pratiquer le ski. Les skieurs trouveront des abris confortables dans les postes militaires, les maisons forestières et les refuges qui jalonnent les pistes.
Quelques lignes plus loin, le noble ancêtre de l’ONMT explique que Taza dispose de cinémas, de dancings, d’une piscine municipale, d’un aéroport, outre le fait que l’on peut y chasser "le sanglier, le perdreau, le lièvre, la grive, la bécasse et la poule sultane".

Il se trouve que Zakaria Boualem - qui n’a jamais entendu parler de poule sultane - connaît bien la ville de Taza. Le fait qu’il existe une période de notre histoire où des gens ont pu penser y attirer des touristes relève pour lui du délire le plus incontrôlé. Aujourd’hui, tous les habitants de Taza que fréquente Zakaria Boualem espèrent mettre les voiles le plus rapidement possible. De préférence sur une patera. Plus déprimant encore, cette fameuse période de notre histoire est bien… derrière nous ! Le document qu’il détient pourrait passer pour un ouvrage de science-fiction. Mais il est daté de 1952…
"Il y a environ 25.000 ans, des êtres humains ont campé dans la grotte dite de Kifane El Ghomari, située au pied de la vieille ville, tout près de la gendarmerie actuelle, en contrebas de l’hôpital Darbas. Un disque solaire a été gravé sur une paroi de l’entrée", poursuit le guide. Zakaria Boualem se dit qu’en 2003, c’est peut-être bien le commissariat et l’hôpital qui ont été transformés en grotte peuplée d’être humains, avec en guise de peinture rupestre les graffitis des prisonniers et des malades.
Zakaria Boualem referme le guide et se plonge dans la brochure consacrée à Safi. Manque de chance, elle est rédigée en anglais, langue peu pratiquée chez les Boualem, surtout depuis l’échec retentissant de l’opération Raja. Pour Zakaria Boualem, la ville de Safi se limite à une interminable collection de sardineries désaffectées, qui continuent on ne sait trop pourquoi à parfumer la ville, et, surtout, une abominable usine qui déverse jour et nuit gaz puants et liquides louches sur les environs de la ville. En fait, Zakaria Boualem ne va pas à Safi, il la traverse le plus rapidement possible, vitres hermétiquement closes et en apnée. Apparemment, en 1952, la vie y était plus douce, la brochure évoque même une liaison ferroviaire avec Casa, aujourd’hui disparue.

En 1952, la population de Safi était : "About 53.000 : 10.000 europeans, 25.000 mohammedans, 18.000 morrocans jews". Aujourd’hui, les Européens sont partis, les juifs aussi, la population de Safi est constituée d’environ 300.000 habitants, tous "mohammedans". Et Zakaria Boualem de se demander si la ville y a vraiment gagné au change… Au moment où nous écrivons ces lignes, notre homme n’avait toujours pas trouvé de réponse.


Zakaria Boualem est un personnage de fiction. Les situations décrites ne sont pas réelles. Ou peut-être un peu, finalement…

 
 
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