
Dans la foulée de la libération très médiatique de Ali Lmrabet, Mohammed VI a abattu plusieurs cartes décisives. Et a pris tout
le monde de court.
Hassan II, disait-on, ne prenait jamais de décisions sous la pression, ni sans la pression. On peut dire le contraire de son fils. Mohammed VI prend des décisions sans la pression, ou alors en se mettant la pression tout seul. La très audacieuse réforme de la Moudawana le démontre. Il prend aussi des décisions sous la pression, comme cette libération groupée du 7 |
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janvier. Mais ce n'est pas un signe de faiblesse, contrairement à ce que l'on pensait sous l'ère hassanienne. Céder devant une opinion mécontente peut être un acte politique payant. En l'occurrence, il y avait deux gagnants ce 7 janvier : les prisonniers d'opinion libérés, symbolisés par Ali Lmrabet et son bonnet vert, et un régime beau joueur, représenté par le roi Mohammed VI. Un seul bémol : la pression marche mieux quand elle vient de l'étranger. Le pauvre Mohammed El Hourd, totalement ignoré par les caméras à sa sortie de prison, en sait quelque chose.
Il faut aussi saluer l'habileté du geste royal : après de multiples attaques de militants de droits de l'homme, l'instance "Équité et réconciliation", chargée de solder les années de plomb, démarrait mal. Le royal cadeau du 7 janvier la nimbera d'une crédibilité inespérée, le jour même de la réception de ses membres au Palais d'Agadir. La réconciliation avec le passé est douloureuse, puisqu'elle soulève la question de l'impunité des agents du système hassanien. Se réconcilier avec le présent est plus aisé. Ce n'est pas forcément la vocation de "l'instance", mais un cadeau royal ne se refuse pas. Enfin, lâcher du lest en même temps sur les fronts de la liberté d'expression, de la liberté d'association et de la revendication autonomiste sahraouie
était assurément habile.
En résumé : apaiser l'incendie en retirant plusieurs fers du feu, tout en suscitant les bravos pour la dextérité du geste
Mohammed VI démarre bien 2004.
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