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Tout autour du portail de la prison,
une centaine de personnes, entre militants et journalistes,
est déjà sur place
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Rien ne laissait présager une si bonne journée. Sept journalistes, quelques militants sahraouis et islamistes grâciés dun coup. Linstance "Équité et réconciliation" part dun bon pied puisque le Maroc du 8 janvier 2004 compte 33 détenus "dopinion" en moins.
Mis à part quelques initiés, la libération des 33 détenus "dopinion" de ce mercredi 7 janvier a pris tout le monde de court. Depuis la veille, quelques bruits couraient déjà dans les salons rbatis et casablancais, mais linformation proprement |
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dite ne sest confirmée quen fin de matinée, à lissue de la réception que donnait le roi à Agadir pour nommer les membres de linstance "Équité et réconciliation". En milieu de journée, quelques noms filtrent. Lmrabet et quelques islamistes emprisonnés dans les années 70. "Plutôt logique, commentera à chaud ce responsable associatif, cest une bonne chose que de marquer linstauration dune instance censée clore les dossiers du passé par un geste de cette envergure".
Peu avant 14 heures, les premières listes, dabord approximatives, commencent à être relayées par les plus grandes agences mondiales, puis par la MAP. Plus de doute, linformation est véridique. À la prison de Salé où ils sont incarcérés, Ali Lmrabet et Mohamed Lhourd disent avoir eu écho de la nouvelle sans quaucune procédure nait été enclenchée. "Les fonctionnaires de la prison nous ont mis au courant, mais aucune démarche administrative na été entreprise". Chez les Lmrabet, on reste prudent. "Depuis tout à lheure, je reçois des appels de félicitations, mais personne au niveau officiel ne ma encore contacté pour mapprendre la nouvelle. Nous avons entendu cela tellement de fois !", dira Rachida Lmrabet, la sur de Ali.
Dans laprès-midi, le ministre de la Justice donne une conférence de presse à Rabat, pour faire le point de la situation. Prévue pour 15 heures 30, elle commencera une demi-heure plus tard. En attendant, dans la salle de réunion du ministère, plus de 16 chaînes marocaines et étrangères (essentiellement arabes et espagnoles) ont déjà installé leurs micros et leurs caméras. Les journalistes sont à laffût de la moindre information. Le ministre, qui vient darriver dAgadir, senferme aussitôt avec ses conseillers dans son bureau. On craint la manipulation. Que les détenus soient relâchés pendant que les journalistes sont occupés par le ministre de la Justice. Question de ne pas faire trop de tapage. Les coups de téléphone vers la prison de Salé ne cessent pas. Les nouvelles sont bonnes. Ali, après avoir "rompu sa grève de la faim avec une bonne soupe à 15 heures", se rase, reçoit les félicitations des juges emprisonnés dans le cadre de laffaire Erramach, Lhourd range ses affaires et les procédures nont pas encore été entamées.
Peu après 16 heures, Bouzoubaâ, souriant et euphorique, entouré de ses conseillers et de quelques cadres du ministère, commence la conférence en rappelant le contexte de la libération des détenus, avant de donner la liste finale et officielle. Elle comporte 33 noms, dont sept journalistes, deux islamistes impliqués dans lassassinat de Omar Benjelloun, quelques Sahraouis en plus de Ali Salem Tamek (accusé dappartenance au Polisario) et Rachid Chrii (AMDH -Safi). Encore quelques petites questions et tout le monde sen va accueillir les héros du jour à la porte de la prison civile de Salé.
Tout autour du portail principal, la présence policière est plutôt
visible. Une centaine de personnes, entre militants et journalistes, est déjà sur place, les surs de Ali en tête. Lheure est aux félicitations. Le combat de tous est aujourdhui récompensé. Chaque ouverture de lénorme portail métallique provoque la ruée des photographes et cameramen présents, soucieux de ne pas rater le moment tant attendu de la première apparition. Cette frénésie journalistique amuse les quelques gardiens stationnés à la porte, qui regardent tout cela plutôt dun bon il. 18 heures 10, maître Zahrach annonce triomphalement à sa sortie de lintérieur de la prison que Ali et Lhourd sortiront dans trois minutes. 18 heures 15, un fonctionnaire de la prison sort les affaires des deux journalistes. Ali apparaît en premier, suivi de Mohamed Lhourd. Les deux sont assaillis de flashs par les photographes. Bien portant, rasé de très près, la tête couverte dun bonnet vert, vêtu d'un blouson de cuir noir et poing levé, Ali déclare : "Ali Lmrabet du 7 janvier est le même davant le 21 mai (date de son incarcération)". Létau (journalistique) se resserre autour de lhomme. Il est obligé de donner des déclarations en français, en espagnol, en arabe
et même à la RTM. "Comment, même la RTM est là. Vous allez réellement passer ce que je vais vous dire ? Bien. Quon me laisse faire mon travail correctement et tranquillement. À ce moment, je serai prêt à applaudir et à faire léloge duntel ou de tel autre". Ali est jovial. Sa libération ? "Le directeur de la prison m'a dit qu'il me gardait ma cellule en l'état le temps que je revienne
puisque je compte reprendre mes journaux". Les séquelles de la grève de la faim ? "Mes 16 kilos en moins me vont bien. Vous ne trouvez pas ?". Et d'enchaîner : "je tiens à remercier Hamidou et Fouad (ils se reconnaîtront) de mavoir permis dapprendre larabe parce que maintenant, jécrirai directement en arabe". Lucide, il affirme : "La prison, je connais ce que cest maintenant. Jai tenu 8 mois et je ne suis pas impressionné. Les gens qui mont persécuté savent que rien ne me fait plus peur. Ils ont donc aujourdhui le choix entre me laisser vivre et travailler en paix ou massassiner". Les accolades nen finissent pas. La petite famille attend à lécart, émue. Les minutes passent, sans que la foule ne se disperse. La circulation, normalement fluide sur cet axe, est bloquée. Les estafettes qui ramènent les détenus le soir ont du mal à passer, mais on y fait à peine attention. Vers 19 heures, Ali se retire tant bien que mal pour rejoindre ses surs. Dans la voiture qui le ramène chez lui, les photographes ne le lâchent pas. Le spectacle est amusant. On dirait des paparazzi à lassaut dune star du showbiz. Pudique, Ali en sera presque intimidé. La voiture démarre doucement, se fraye difficilement un passage au milieu de la foule et disparaît au loin. Toute la soirée, le téléphone de Ali narrêtera pas de sonner et lui de répondre à tous les appels. Demain sera un autre jour, une nouvelle lutte lattend. À quelques kilomètres de là, à El Jadida précisément, Rachid Chrii est relâché sans fracas. Les autres détenus devaient aussi sortir dans la soirée. Une première page est tournée. |
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Le ministre de la Justice n'a pas longtemps laissé planer le doute: "Je suis là sur ordre du roi", dira-t-il d'emblée avant d'énoncer les identités des 33 relaxés. Les mots sont soigneusement choisis, au besoin répétés. Bouzoubaâ s'y prendra à deux fois, pour bien se faire comprendre: "Il s'agit là d'un message à destination de toutes ces personnes, pour qu'elles ne reprennent |
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| plus le chemin qui les a menés en prison". Le message en question est destiné, prioritairement, à Ali Lmrabet et à Ali Salem Tamek, directement invités à mettre un bémol à leur "engagement". Le ministre scinde clairement les 33 en 5 groupes: les journalistes (7), les derniers détenus dans l'affaire Omar Benjelloun (2), le groupe accusé d'avoir passé en 1994 des armes en provenance d'Algérie (7), les détenus des événements de Laâyoune (11) et les cas spéciaux que sont Chrii et Tamek. À aucun moment, la qualification de détenu politique ne sera utilisée. Plus que cela, le ministre de la Justice glissera à plusieurs reprises que "la grâce n'est pas un désaveu des verdicts de la justice", que "ces gens ne sont pas des innocents", et que le sens de la grâce est un "appel à la réconciliation pour des raisons d'abord humanitaires". "C'est le roi, expliquera Bouzoubaâ, qui a le dernier mot selon la Constitution et la loi. Et, en grâciant ces 33 personnes, il leur donne le signal pour ne pas commettre les mêmes erreurs". En s'adressant à la presse, et à la société civile, le ministre lancera un appel "pour souligner la portée positive de ce geste". Message bien reçu et aussitôt répercuté par la très active AMDH : "Mais, demandera Abdelilah Benabdeslam, vice-président de l'ONG, pourquoi d'autres détenus politiques ont été exclus de la grâce?". Aucune réponse claire ne sera donnée, le ministre se contentant d'affirmer que "selon nous, il n'y a plus de détenus politiques au Maroc". On aimerait tellement le croire
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