| Le 6 janvier devient, comme le 8 mars pour les femmes, le premier décembre pour le sida, ou encore le 3 mai pour la liberté de la presse, un jour anniversaire, une date-alibi, par laquelle on se rappelle que la corruption est un mal qui nous ronge. Depuis le début des années 90, date à laquelle la question est devenue publique au Maroc, trois mots clés ne cessent dêtre scandés régulièrement : éducation, sensibilisation et sanction. Un projet dintégration du discours sur la corruption dans les manuels scolaires est en cours, des entreprises prennent linitiative de mettre en place des procédures transparentes, et même des |
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| administrations publiques sy mettent à leur tour. Mais lapplication des lois existantes, la confection dune loi anticorruption, la lutte contre limpunité, tout cela demeure un vu pieux. Qui sanctionner, corrompus et/ou corrupteurs ? Quelles procédures mettre en place pour pouvoir déclencher des procédures dissuasives ou punitives ? Comment distinguer, par la sanction, entre cadres dentreprises, poursuivis pour délit dinitiés, fonctionnaires de lÉtat accusés de passation de marché indu, agents dautorité, faisant un manquement à leur devoir à défaut de pourboire ou exigeant une taxe à usage personnel pour services rendus ? Toutes ces questions sont loin dêtre abordées. Parce que pour le moment, faute dapproche globale de lEtat, de concertation entre les différents concernés et dengagement franc et clair contre limpunité, la sanction est loin dêtre envisagée. Raison de plus pour poser le débat. |

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S.g. de Transparency Maroc
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Il faut rendre le coût de la corruption très élevé pour mieux léradiquer
Depuis le temps que vous luttez contre la corruption, elle ne cesse de s'étendre. Navez-vous pas limpression que la sanction simpose ?
Indiscutablement. Lutter contre la corruption sans recourir à des sanctions veut dire maintenir limpunité. Largent facile nest aucunement un droit. Mais tant que lon ne prévoit pas une loi qui pénalise ceux qui saccordent le droit de corrompre ou de se faire corrompre, on ne sort pas de la règle de limpunité. Transparency Maroc na jamais prôné une lutte contre le fléau sans sanctions. Lun de nos principes fondateurs est quil faut faire en sorte que le coût de la corruption devienne élevé. Et sans des peines
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effectives, il est difficile de la rendre suffisamment chère pour en dissuader les autorités et les citoyens. Il est clair que la sanction ne suffit pas. Aussi, avons-nous toujours avancé quil faudrait de la sensibilisation, de la prévention, une simplification extrême des procédures et une transparence forte, que ce soit à légard des agents détenteurs de pouvoir et des usagers. Mais tout cela resterait sans effet, sans application de la loi, et sans une politique globale qui implique tous les acteurs.
Justement. Puisque vous parlez dapproche globale, vous avez entamé un partenariat avec les pouvoirs publics. Quelle est la prédisposition de lÉtat pour sanctionner la corruption ?
Aujourdhui, il ny a pas de cadre de partenariat. Il y a eu la création dun programme national en 1999, mais aujourdhui il est devenu lettre morte. Cela ne nous empêche pas de mener des actions "individuelles" avec des départements précis, comme les ministères de lÉducation nationale et de la Santé. À côté, nous navons pas de signaux suffisamment clairs sur le degré dengagement de
lÉtat dans le sens dune meilleure collaboration avec le secteur privé et la société civile afin de mieux endiguer le fléau. Il y a des actions parcellaires, certes. La suppression de la CSJ annonce une volonté de transparence. Espérons quelle soit menée jusquau bout, avec un transfert des dossiers et une effectivité de la loi. Autre exemple, il y a une tendance de plus en plus déclarée à lE-gouvernement, dans la délivrance de services publics dématérialisés. Cela permet déliminer le contact direct et les chances de corruption entre usagers et agents dautorité. Mis à part cela, nous ne voyons pas de politique concertée et globale.
Puisque vous parlez de CSJ et dimpunitén, ne voyez-vous pas que lÉtat est frileux sur la question des grosses affaires de corruption ?
Cest une situation qui dure depuis des années. Le système veut paraître plus viable en affichant une volonté de réforme. Mais il na pas laudace dattaquer les gros foyers de dérives financières. Cest un vrai problème. Il y a nécessairement besoin de se positionner, daller de lavant, de prendre position. Il faut arrêter le sentiment chez le citoyen, que la règle, cest limpunité. Il faut un signe fort pour montrer que tout cela est fini. Sinon, ceux qui nont pas le pouvoir sentiront toujours quils doivent payer pour rentrer dans le système. Et ceux qui ont le pouvoir continueront dêtre tentés par la corruption comme un mode de profit personnel de biens publics. Cest pour cela quil faudrait une concertation entre les différents acteurs. Elle se ferait sans doute dans la divergence. Mais elle est incontournable. |

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On ne peut pas mettre corrupteurs et corrompus sur un pied d'égalité
Depuis le temps que lon tente de lutter contre la corruption au Maroc, elle ne cesse de s'étendre. Pensez-vous quil faudrait passer à la vitesse supérieure et sanctionner pour mieux dissuader agents dautorités et citoyens ?
Je crois quil est indispensable de donner lexemple. Léducation est nécessaire. On doit habituer les gens à connaître leurs droits. Mais compte tenu de la situation, il ne serait pas de trop de sanctionner. Maintenant, faut-il mettre corrompus et corrupteurs sur le même pied dégalité ? Je ne le pense pas. On naura jamais de preuve. Le corrupteur ne cherche quun droit. Il demande un document administratif pour lequel on lui fait payer une taxe indue. Il y a bien sûr une corruption dun autre genre, où corrupteurs et corrompus
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achètent et vendent des décisions. Là, cest une autre paire de manches. Côté entreprise, je dois dire que nous avons créé des comités déthique pour créer la transparence avec ladministration. On a exigé de pouvoir demander des droits sans passe-droits. Cela est en partie acquis.
Ne pensez-vous pas que lÉtat fait marche arrière par rapport à son engagement sous le gouvernement Youssoufi de créer un programme concerté de lutte contre la corruption et que la perspective de pouvoir sanctionner même les corrompus samenuise ?
Je ne crois pas quil y a un recul de la part de lÉtat. Au début de lalternance, on dénonçait tout et on créait des commissions partout. Or, ce nest pas en faisant de grandes messes que lon peut endiguer le fléau. Avant de parler de sanction, il faut savoir que même la sensibilisation est restée un projet et na pas encore été faite de manière efficiente. On a, certes, simplifié les procédures, mais on ne les a pas mises en pratique. Quant aux sanctions possibles contre les corrompus, lÉtat pourrait mettre en place des principes clairs. Si, par exemple, les marchés passés par ladministration publique sont contractualisés, il serait stipulé que le fonctionnaire chargé du marché peut être pénalisé au bout de 90 jours. En responsabilisant un fonctionnaire qui risque une pénalité, vous arrêtez une possibilité de corruption. À côté, il faudrait éliminer les pouvoirs absolus dans la gestion de la vie des citoyens. Car, lorsquun agent détient un tel pouvoir, il le monnaye. Quand les gens sont conscients de leurs droits et les revendiquent, il est moins tenté de monnayer.
Vous mettez trop laccent sur ladministration. Or, notre tissu économique constitué de PME et dun secteur informel précaires connaît une corruption à grande échelle érigée en système. Est-il possible de sanctionner lorsque le mal est si profond ?
Je parle de lÉtat en premier lieu parce quau fond, la problématique de la corruption est liée à la mise à niveau de ladministration. On a vécu pendant très longtemps dans une économie fermée. Ladministration décidait et le citoyen appliquait ou subissait. Aujourdhui, nous passons à une économie ouverte. Quand quelquun détient un pouvoir de décision, il sy accroche. Il donne des droits quand il veut, à qui il veut. Mais, il y a aussi une corruption entre entreprises. Dans lacte de prestation de services, si vous navez pas des procédures codifiées, comme dans la plupart des PME, il y a des commissions entre acheteurs et fournisseurs. Comme il y a beaucoup dinformel dans les comptabilités, justifié par des moyens informels. Tout cela ne peut être freiné que par la lutte contre la contrebande et par le triptyque prévention, contrôle, répression. |