
Depuis la lettre royale sur linvestissement, les walis ont reçu les pleins pouvoirs du roi pour booster linvestissement. Un an après la création des centres régionaux dinvestissement, quelle est la réalité de leur action ? Leur super statut sert-il les affaires ? Par Adil HMAITY
La lettre royale fête ce 9 janvier son deuxième anniversaire. En raison de son émetteur, et parce quelle intervient dans un contexte marqué par une montée en force du Makhzen dans les affaires, les faiseurs déconomie officiels la décrivent comme le point de départ dune nouvelle philosophie et approche de lacte dinvestir. "Sans la lettre, les investisseurs seraient encore à se trimballer dadministration en administration en quête dautorisations. Le plus souvent, ils se lassaient en cours de route à moins davoir les entrées quil faut", souligne un responsable de la wilaya dAgadir. Justement, dans lesprit de la lettre royale, il fallait en finir avec la multiplications des entrées |
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pour nen garder quune : les centres régionaux dinvestissement (CRI), "une sorte de cabinet régional regroupant lensemble des intervenants dans lacte dinvestir", schématise un responsable du CRI dAgadir. La centralisation ? Pas uniquement. Dans son article 3, la lettre ordonne que "ces procédures doivent être allégées et leur mise en uvre doit s'effectuer au plus près des investisseurs". Il ne sagit pas de tout refaire, mais de délester en concentrant les pouvoirs des ministères par des délégations de pouvoirs faites aux CRI, avec au sommet de la hiérarchie les walis. En effet, le principal apport de la lettre royale est davoir donné corps à la notion de super-walis. Avec elle, "il devient le dernier recours que ce soit dans la création dentreprise ou dans la facilitation des investissements", résume Mohcine Dahmani, le chef du département d'aide aux investisseurs à Agadir.
Et la lettre fut
Pour résumer, les walis, daprès la lettre, sont tout à la fois. Les centres régionaux dinvestissements ainsi que leur personnel ont été créés sous leur autorité directe (article 3). En cas de défaillance, ces derniers répondent de leurs actes devant les walis. Pour les investissements dont la valeur est inférieure à 200 millions de dirhams, les walis ont reçu mandat royal pour délivrer tous les actes et autorisations en lieu et place des ministères. Dès que la valeur dépasse les 200 millions de dirhams, le wali assure le secrétariat pour la commission interministérielle de linvestissement (article 3.2) qui statue sur les dossiers. Lexemple le plus simple est celui dun établissement hôtelier. Le montage du dossier suppose une kyrielle dautorisations réparties sur plusieurs administrations. "Ceux-ci vont de la mise à disposition du terrain, le plus souvent partagé entre les domaines et les eaux et forêts, à lautorisation dexploiter, du ressort de la commission préfectorale en passant par le permis dhabiter, délivré par les communes et les autres autorisations spécifiques comme lalcool, relevant du ministère de lIntérieur", explique Abdelkader Boukhriss, président du syndicat national des experts comptables. Ainsi, par un simple geste, les walis devaient balayer tous les blocages. Est-ce le cas ? "Avec à peine une année dactivité, les CRI doivent être évalués par rapport à leur vocation la plus aisée, la création dentreprise", explique Dahmani. Sur ce plan, force est de constater que la mission de facilitation des procédures a été atteinte, poursuit Boukhriss, avant de rappeler que "les CRI sont dabord attendus au niveau de la promotion de linvestissement". Effectivement, les super-walis, cest dabord une affaire de statistiques dont ils doivent rendre compte directement au roi. De ce point de vue, lannée 2003 a été un bon cru. La commission des investissements présidée par le Premier ministre a approuvé 53 projets contre 38 en 2002. Le montant total de ces investissements est de 12 milliards de dirhams qui ont permis la création de 14.569 emplois directs, soit 60% de plus quen 2002 (8929). Mission accomplie ? Pas vraiment.
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Commission interministérielle de l'investissement
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Confusion entre le politique et l'économique
"Lessentiel des 12 milliards a été réalisé sur les gros projets, dune valeur supérieure à 200 millions de dirhams, que la commission interministérielle instruisait bien avant la nouvelle procédure", avance un expert comptable de Casablanca. Ainsi, les praticiens préfèrent évaluer la pertinence de luvre des walis par rapport à son impact sur le comportement de la PME- PMI. Si lon considère qu'ils ont été investis dune mission de marketing économique au profit de leur région, "on peut dire quils ont failli à leur devoir", estime Mohamed Dami, un |
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autre expert comptable DPLE. Et dajouter : les walis demeurent pris par leur prérogatives politiques. Ils ninterfèrent dans la chose économique que lors des grands projets ou en cas de problème. La PME-PMI, qui constitue 90% du tissu productif marocain, ignore à ce jour tout de leur rôle. Pire, la présence, même théorique, du wali à la tête des organes de décision ravive le sentiment de méfiance quont les petites structures vis-à-vis de lappareil étatique. Quelle est la solution ? Des structures dinvestissement totalement indépendantes, voire un homme de linvestissement autonome avec un plein pouvoir de décision et non un simple mandataire qui intervient au cas par cas suivant le poids et les interventions de chacun. En somme, il faut dépolitiser lacte dinvestissement tant sur la forme que sur le fond, poursuit Dami en prônant un sevrage du ministère de lIntérieur. Si le coup de gueule est séduisant, il a peu de chance daboutir. Dans lesprit de la lettre royale, ladministration de lIntérieur (article 2.1) a été la plus sensible au nouveau concept dautorité. Son ascendant sur les autres administrations en rapport avec lacte dinvestir (notamment le Commerce et lIndustrie) est historique. En fait, "aucun ministère ne saurait saisir la volonté du roi mieux que lIntérieur", ironise un responsable du CRI de Kenitra. Soit, mais on est loin des CRI, compilation de ministères sous la tutelle de lIntérieur avec un plein pouvoir pour les walis. Même dans une région aussi symbolique que Casablanca pour léconomie marocaine et donc pour leffort de mobilisation, lascendant de lIntérieur nest pas certain. Si toutes les administrations (le fisc, la CNSS
) ont joué le jeu en plaçant leurs délégués au CRI sous lautorité du wali de Casablanca, la Justice continue de faire bande à part. Une année après la création du centre, le greffe du tribunal de commerce, formalités obligatoire pour la création dentreprise, nest pas encore représenté. "On parle de formulaire unique, en fait, linscription au greffe se fait encore directement au greffe du tribunal de commerce", témoigne Abdelkader Boukhriss. Chemin faisant, ce sont dautres assertions publiques qui sont détruites, comme les 48 heures pour créer une entreprise. Un délai qui na rien dextraordinaire puisquil commence à courir à partir du moment où le dossier est complet. Or, "il faut comptabiliser le temps que lon passe à décrocher les différents documents pour constituer un dossier de création dentreprise, lequel est nettement plus long", estime Boukhriss. Pour un responsable de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), "dans bien des cas, les superpouvoirs des walis sont restés lettre morte et lon constate des résistances dans plusieurs régions". Plus grave selon lui, à ce jour les walis nont pas encore inscrit le contact avec la communauté des affaires parmi leurs obligations. Ils ne sont disponibles que suivant le poids et les entrées de chacun. La lettre royale a tenté de résoudre le problème en nommant les directeurs généraux des CRI. Cependant, leurs prérogatives demeurent symboliques et les hommes daffaires privilégient le contact avec les décideurs. Pour le responsable de la CGEM, "cest le wali ou personne". Lengouement du début passé et leffet des événements du 16 mai ont certes réduit la disponibilité des walis, mais comme le voulait la lettre royale, ils semblent des personnages incontournables dans la facilitations de linvestissement. A défaut, et sans leur autorité, "les CRI deviendront une institution, comme il en existe tant dautres, censée rendre la vie facile aux investisseurs". Et ce nest certainement pas lesprit de la lettre royale. |
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