Lhistoire des mouvements populaires est
jonchée de scissions. Aujourdhui, ils sunissent en attendant de fusionner. Coulisses dun volte-face programmé. Par Driss Ksikes
Quatre-vingt trois députés, premier taux de représentation à la tête des chambres professionnelles, de la deuxième chambre, des communes, les mouvements populaires ont de quoi pavoiser. Depuis que le MP, le MNP et lUD ont enterré la hache de guerre et fini le 20 décembre 2003 par afficher une image de famille rassemblée, ils ne cessent de bomber le torse. Premier bloc né après des élections qui ont favorisé léclatement, lUnion des mouvements populaires (UMP) passe pour être une exception dans le champ partisan. Mais, derrière cette image de |
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trois ténors, Aherdane-Laenser-Ikken, aujourdhui réunis, se profile un passé ponctué de dissensions et de guerres intestines.
Ils reviennent de loin
La première discorde qui allait en entraîner dautres, à l'image dun château de cartes, date de 1985. À lépoque, le roi défunt Hassan II demande à Aherdane de participer au gouvernement dAzeddine Laraki. Le chef du parti refuse les noms de Saïd Ameskane et de Hassan Agourram. Résultat, seul Laenser allait être nommé. Chiffonné par la décision royale, le vieux leader refuse loffre et pointe au Palais pour laisser une lettre de dépit au roi lui faisant savoir quil "rentre à Rabat la mort dans lâme". Driss Basri remue ciel et terre et rassemble manu militari les ténors du parti au bureau du roi. Ce dernier leur dit, rapporte lun des membres présents, "dites à votre leader que je naccepte le chantage de personne. Ni larmée, ni la police ni les partis nont demprise sur moi". Lorsque le leader en question leur demande de passer à lopposition, il essuie un refus catégorique. Un congrès exceptionnel est alors tenu et Aherdane est destitué de son poste de secrétaire général. Cétait un putsch programmé et celui qui a pris le fauteuil du baron nétait autre que lunique ministre en poste, Laenser, encore lui. Offensé, meurtri, le fondateur du MP, sen va créer le MNP et fera une traversée du désert.
Dans lintervalle, les dissensions vont continuer. Le premier à ruer dans les brancards nest autre que lancien commissaire Mahmoud Archane. En 1986, déjà, alors quil était inspecteur général du MP new look, il a commencé à comploter pour faire tomber Laenser. Esseulé dans sa démarche, il a fini par être chassé du parti par décision collégiale en 1989. Il va alors rejoindre le parti frère ennemi, sous la férule dAherdane. Mais ambitieux et traître comme il est, dès quil reçoit de son ami et ex-supérieur, Driss Basri, à la veille des législatives de 1997, la promesse dêtre propulsé, il sen va créer le Mouvement démocratique et social (MDS) et obtient 32 sièges. Depuis, sa cote a baissé. Et aujourdhui, ses ex-compagnons lignorent dans leur démarche unioniste, "parce quil est encombrant. Nous avons peur que la gauche et la presse tirent sur nous à boulets rouges", affirme clairement Zerrouf. Même son de cloche, chez lex-ministre Ameskane, qui ne veut pas que "la presse sen prenne à nous à cause dun boulet". Dautant que son procès contre la journaliste Narjis Reghaye vient dêtre réouvert.
Deux poids deux mesures. Si on ne veut pas sencombrer de lex-commissaire, pourquoi accepter au sein de lUMP, un autre dissident, Bouazza Ikken, initialement procureur du roi à Casablanca, protégé dOufkir ? Il a été tellement puissant dans une vie antérieure que le roi Hassan II ne le portait pas dans son cur, pour avoir collectionné, parmi ses victimes, un proche de lancien président français Georges Pompidou. Mais, depuis 1999, le fondateur de lUnion démocratique (UD), qui avait du mal à se souvenir du nom de son parti, lors de la cérémonie de lancement de lUMP, sest fait une nouvelle santé politique. Au point de devenir, au lendemain des dernières communales, le champion de la transhumance et, dit-on à lUMP, sans trop le crier sur les toits, de "lachat des bonnes consciences". Mais grâce à son butin électoral conséquent, 32 sièges contre juste 4 pour le MDS de Archane, on préfère dire quil est accepté au sein de la famille pour "se barricader et se faire protéger".
Quest-ce qui les a réunis ?
Au-delà des ambitions personnelles des leaders respectifs, quest-ce qui a permis à une famille aussi disloquée de se retrouver, en partie ? Si lon sen tient au discours officiel de lUMP, lidée selon laquelle "on na pas cessé, depuis 1986, dy penser et duvrer pour" revient en leitmotiv. Mais dans les faits, le rapprochement est beaucoup plus récent. Entre Laenser et Archane, il date de la veille des législatives. Officiellement, les groupes parlementaires ont ouvert le bal, puis avec la bénédiction de Driss Jettou, les négociations se sont faites avec le couple réconcilié, MP-MNP. Officieusement, rapporte un dirigeant sous le sceau de lanonymat, "le feu vert pour la réconciliation a été donné par les deux chefs, suite à une soirée très conviviale organisée par une députée du mouvement fort puissante". Le fait quà la lecture du résultat des législatives, le ministre de lIntérieur parle de "bloc haraki" a certainement apporté un soutien tacite à une dynamique en marche.
"Lunion, explique Zerrouf, est aussi un moyen den finir avec cette image, ancrée depuis le gouvernement Youssoufi, selon laquelle les mouvements populaires peuvent tout accepter, même des miettes". Ameskane le dit plus pudiquement, "Nous ne voulons plus servir de parti dappoint pour former les majorités". Le député Zerrouf raconte, "Lorsque Driss Jettou avait demandé à Laenser et Aherdane de nous intimer lordre délire Radi à la tête du Parlement, avec la promesse de nous donner autant de postes au gouvernement que les autres partis de la majorité (PI, USFP), nous avons été circonspects, mais Laenser, sûr de lui, nous a dit que la parole du Premier ministre nétait pas de la plaisanterie. À la fin, on sest fait avoir. On a récolté des postes moins nombreux et plus insignifiants que ceux des autres. Il est même venu nous apprendre que lUSFP na pas voulu céder. Or, cest avec Jettou quil fallait négocier". Mais pour que cette colère napparaisse pas comme le mobile premier du regroupement, lUMP se positionne comme un rempart contre lextrémisme des berbérophones. Lunion joue sur son identité, sans trop forcer la dose, pour se démarquer et rester dans les bonnes grâces. Surtout que le projet de loi sur les partis bannira le critère ethnique comme base partisane. "Notre position, telle que prévue dans le programme de lUMP, consiste à défendre la question amazighe sur le plan culturel et rejeter tout particularisme linguistique", explique Ameskane.
À quoi servira lunion ?
Outre le sens que lon veut bien lui donner, quelle finalité cette union a-t-elle ? "Nous avons droit à tout
si on participe à un prochain gouvernement, cela devra être en fonction de notre force actuelle", sexcite le leader et patriarche du mouvement, Aherdane, sur les colonnes dAssahifa. "Il nest plus question pour nous de colmater les brèches, nous devons être pris plus au sérieux", renchérit Laenser sur la TVM. Sils appellent un remaniement ministériel de leurs vux et sen prennent publiquement à lUSFP qui les a privés de postes au gouvernement, cest "parce que la priorité nationale qui pouvait expliquer nos sacrifices, la succession royale, sest très bien passé. Aujourdhui, après quasiment huit années dalternance et avec un bilan socioéconomique aussi maigre, les socialistes doivent céder le flambeau", dit explicitement Ameskane. LUMP ne va pas plus loin que cela. Il ne pense pas à une motion de censure. Il nen a pas la prétention. Il nose pas dire ouvertement quil voudrait briguer la primature, même si certains proches disent que Laenser en piaffe denvie en privé. Il reporte à plus tard la fusion des partis en un, puisque "aucun dentre nous ne voudrait perdre les avantages que lui vaut davoir un groupe parlementaire à lui", explique sans langue de bois, Ameskane. Alors, à quoi bon tout ce cirque ? Pour créer un bloc pouvant intégrer le PJD au sein dune majorité future ? Lidée nest pas exclue. Vus par lUMP, les islamistes soft du Parlement semblent fréquentables comme alliés potentiels. Au point de les intégrer dans lUMP, vu que lancêtre du PJD est né dune scission avec le MP ? "Je ne le pense pas, affirme Ameskane, mise à part lamitié profonde et historique qui lie Aherdane à El Khatib, les structures des partis ne sont pas compatibles. Mais une alliance serait toujours la bienvenue". Mais tout cela est pure fiction. Pour le moment, "lUMP veut juste impressionner pour quon cesse de le sous-estimer". Voilà qui peut créer de lambiance dans une scène politique morose. |
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