
LUMT serait-elle moribonde ? La centrale "historique" du pays, qui vient dêtre évincée brutalement de son bastion-phare, la CNSS, est en train de payer labsence de renouvellement de ses cadres. Par Younès Alami
"Révolution à la CNSS" en une de LOpinion. Le quotidien de lIstiqlal na pas hésité à sortir la panoplie des superlatifs dusage pour narrer, par le menu, lagitation provoquée par le ralliement surprise à lUnion générale des travailleurs marocains (UGTM) de lex-secrétaire général de la Fédération de lUnion |
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marocaine du travail (UMT) du personnel de la CNSS, Mustapha Khlafa, et de la quasi totalité des membres de son bureau. "Un non-événement" a rétorqué un responsable de la centrale UMT. Pourtant, la CNSS était réputée pour être la citadelle imprenable des compagnons de Mahjoub Ben Seddik. Les élections des délégués du personnel au sein de linstitution, chasse gardée de lUMT depuis sa création en 1961 ont toujours été remportées et haut la main par lUMT.
À 56 ans, Mustapha Khlafa avait acquis une position plutôt convoitée au sein de la CNSS. "Avec le grade de directeur-adjoint et le titre de secrétaire général de lAssociation des uvres sociales de la CNSS, il pouvait voir venir", assure ce fin connaisseur des arcanes de lUMT. Mais lhomme est ambitieux et au lendemain des élections des délégués du personnel de la CNSS, il pose sa candidature à la centrale pour le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers au Parlement. Niet catégorique des dirigeants de lUMT, qui justifieront cette décision par lincompétence supposée du "patron" de leur bastion. Le candidat éconduit nen restera pas là. Il manifestera violemment sa réprobation et, crime de lèse-majesté, lancera quelques noms doiseaux à ladresse du leader de lUMT, Mahjoub Ben Seddik. La centrale prononcera aussitôt lexclusion du "déviationniste". Khlafa, ainsi exclu, se retrouvait devant un choix cornélien. Option risquée : créer son propre syndicat en y regroupant lensemble des caisses de retraite étatiques ou semi-publiques. Option plus sûre mais explosive : rejoindre une structure syndicale existante. Il choisira la "solution de la sagesse" en intégrant avec toute son équipe lUGTM. Abderrazak Afilal, le leader de ce syndicat proche de lIstiqlal nen attendait pas tant et accueillera le transfuge comme le messie. Rapidement, il apostrophera le directeur général de la CNSS, Mounir Chraïbi, pour que celui ci lui "remette les clés" dune maison tenue par lUMT depuis 43 ans. "LUMT fait l'impossible pour nous bloquer. Le directeur général doit entamer un dialogue avec nous et nous donner un bureau dans le siège de la CNSS au même titre que l'UMT. Le gouvernement également doit se manifester", annoncera-t-il. La réaction des "cocus" ne sest pas faite attendre, puisque au lendemain de cette déclaration de guerre, la centrale réunie en assemblée générale condamnera, dans un communiqué, "lingérence flagrante de la direction de la CNSS dans les affaires syndicales". Le communiqué accusera ensuite la direction de soutenir les "affidés du parent par alliance du directeur général en vue de créer un faux syndicat". Il visait en cela le directeur de la CNSS Mounir Chraïbi dont la famille est proche du secrétaire général de lIstiqlal Abbas El Fassi. Celui-ci demandera à ses collaborateurs une totale neutralité en attendant que les "choses séclaircissent". Une éclaircie souhaitable, dautant plus que "laffaire CNSS", cette fois-ci devant le prétoire de la Cour spéciale de Justice, est sur le point dêtre relancée. "Avec lUMT hors jeu au sein de la Caisse, les langues se délieront plus vite et certains dossiers chauds où la centrale est partie prenante auront plus de chance de sortir de lombre", assure ce haut cadre de la CNSS. Faut-il voir là le secret de la réussite dun coup dÉtat surprenant et rondement mené ?
"Le syndicat est en train de payer le relatif raidissement de sa base et ses positions plus tranchées à légard de la politique gouvernementale. Le scandale de la CNSS ajouté au positionnement plutôt conciliant de lIstiqlal ont sonné le glas dun statu quo qui dure depuis plus de quarante ans", considère ce journaliste, ancien cadre de lUMT. "Mais ce sont certainement les méthodes mafieuses de certains de ses dirigeants qui commencent à faire mauvais genre", assure ce leader dun parti politique qui a tenu à garder lanonymat : "Il nétait pas de bon ton de titiller les dirigeants de lUMT sur certains dossiers gênants, comme les fonds de retraite des résidents marocains à létranger. Un membre de la CGEM qui avait eu loutrecuidance de saventurer sur ce terrain marécageux sest vu menacé à larme blanche par un des sbires de lUMT dans un ascenseur de limmeuble même de la centrale", rajoute-t-il. Des positions de principe solidaires avec les diplômés chômeurs qui camperont pendant quelque temps au siège de lUMT avant den être brutalement délogés par les forces de lordre, finiront de fâcher la centrale avec les sécuritaires. Et si les dernières échéances électorales ont confirmé la suprématie du syndicat sur ses principaux rivaux, lUGTM et la CDT (Confédération démocratique du travail), la jeune et récente "fédération du travail", enfant illégitime de la CDT, dirigée par Taieb Mounchid a obtenu le même nombre de sièges que la centrale historique. Quant aux fédérations sectorielles, points dappui traditionnels de la centrale, elles ont tendance à sortir progressivement de son aire dinfluence, sous la pression des islamistes. Cest le cas au niveau de lenseignement supérieur et de lagriculture, où lemprise de lUMT samenuise. À limage de son leader, Mahjoub Ben Seddik, malade que lon annonce épisodiquement sur le départ ou tout du moins en retrait lUMT aurait-elle du mal à renflouer ses forces vives ? Esseulé, critiqué en sourdine, on reproche au vieux leader sa gestion dictatoriale, basée essentiellement sur une loyauté sans failles plutôt que sur la raison. "À force de déléguer à des incompétents et de souffler le chaud et le froid sur ses principaux soutiens, il a fini par lasser ses plus farouches supporters", considère cet analyste. Un leader affaibli, des pratiques moralement discutables et le souffle des islamistes dans le cou, léviction de la CNSS sonne-t-elle le glas d'une centrale qui na pas su prendre le bon marchepied ? |
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