Victoire ! Habile ManÏuvre royale
7 janvier 2004 : le récit d'une folle journée
Les dessous d'une grâce
Les autres
Partis : UMP, l'union du Makhzen populaire
Syndicats : UMT, le début de la fin ?
Entretien : YB, libre penseur
Accord de Libre-Echange maroc / USA : La culture en péril
Société : En Europe aussi : Sois bonne et tais-toi
Musique : Raïss Belaïd : le maître de la chanson soussie
Le plus beau pays du monde
Zakaria Boualem
Économie
Problématique économique
N° 109
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Nom Boualem Prénom Zakaria Né en 1976 à Guercif signe particulier Marocain à tendance paranoïaque


Zakaria Boualem a commencé 2004 à peu près comme il avait fini 2003 : avec une gueule de bois carabinée. Une gueule de bois physique, spirituelle et financière à la fois. Ouvrons une parenthèse rapide pour signaler que notre héros, lorsqu’il se réveille un lendemain de fête avec un guerrab dans la tête, refuse catégoriquement de regarder la vérité en face. S’il est malade, ce n’est pas parce qu’il a absorbé goulûment treize bières et huit cocktails whisky-whisky. Non, bien sûr… C’est parce qu’il n’a pas dîné ou que les cacahouètes étaient pourries. Il accuse la météo, la pollution, son voisin qui l’a regardé de travers dans l’ascenseur et dont l’œil le poursuit partout, scotché à son dos, juste derrière l’omoplate gauche. Bref, le Guercifi a décidé de se rendre chez le médecin, à défaut de pouvoir consulter un organisme distributeur de visas, bien plus indiqué dans son cas. Il espère soutirer au docteur Hammou un maximum de jours d’arrêt maladie. Dans la salle d’attente, il est le seul homme à attendre son tour. Il est entouré de dames de tous les âges, apparemment aussi bien portantes que lui mais qui sont les victimes d’un syndrome bien marocain : la sekhfa. Dans d’autres contrées, on parle de perte de connaissance, d’évanouissement, de crise d’hypoglycémie et c’est plutôt rare. Chez nous, la sekhfa est un sport national, les dames tombent comme des mouches dans une harira trop gluante. La procédure est connue : la pratiquante, pour un oui ou pour un non et en général après une contrariété, geint sur une gamme mineure "ya nari, ya nari, ghadi nskhef" avant de s’écrouler lentement dans des bras systématiquement providentiels. Elle attend que l’attroupement se forme, avant de reprendre ses esprits avec force grimaces et jérémiades, toujours sur une gamme mineure, bien plus poignante encore…
Mais là n’est pas la question. Dans la salle d’attente, un drame se noue. Zakaria Boualem tend le bras gauche vers la petite table couverte de revues en tout genre. Il ignore trois numéros de magazines français consacrés à la problématique complexe du voile-à-l’école-qui-met-en-cause-la-sainte-laïcité-et-contre-lequel-il-faut-faire-une-loi- mais- tout-en-respectant-le-choix-de-chacun-même-si-ça-serait-mieux-si-ces-gens- là-faisaient-ce-choix-chez-eux-dans-leur-pays-nom-de-Dieu !- et s’empare d’une revue aux couleurs criardes intitulée mystérieusement TelQuel.

Le choc survient à la page 43, pourtant un chiffre anodin et qui n’annonce en rien le choc sismique qui va ébranler le cortex fragile de notre héros. Une onde tellurique parcourt le Guercifi à la lecture de SON NOM. Écrit en gras sur toute la diagonale de la page en question, son patronyme trône, de biais et dans une teinte verdâtre. Plus haut, une photo d’un homme coiffé d’un bonnet grotesque illustre cet article honteux. En lisant le texte, Zakaria Boualem découvre, stupéfait, que ce qui est porté à l’attention des lecteurs, c’est tout simplement…SA VIE À LUI, ZAKARIA BOUALEM. Et que la mention en gris à la fin qui dit qu’il est fictif est fausse, puisque qu’il existe et qu’il lit ces lignes et que d’ailleurs, s’il n’existait pas, on pourrait pas raconter sa vie. Logique, non ?

Quant à l’homme de la photo, il le reconnaît parfaitement : c’est un vague ami avec qui il a l’habitude de prendre des cafés le samedi matin, vers quinze heures. Le fourbe en profitait pour raconter à tout le monde les péripéties de sa vie quotidienne, encaissant au passage sans doute des sommes gastronomiques (oui, gastronomiques) et des voyages au Brésil…
Zakaria Boualem se lève, furieux. Son intimité est violée, son honneur bafoué et son téléphone déchargé (ce qui n’a rien à voir avec le sujet, mais c’est pour l’équilibre de la phrase). Il n’est plus question de voir le médecin, mais de mettre la main sur le berguag à bonnet de la photo et de tirer cette affaire au clair. L’heure est grave, Zakaria Boualem compte reprendre les choses en main et ça risque de faire mal…


Zakaria Boualem est un personnage de fiction. Les situations décrites ne sont pas réelles. Ou peut-être un peu, finalement…

 
 
© 2003 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés