Nom Boualem Prénom Zakaria Né en 1976 à Guercif signe particulier Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem a commencé 2004 à peu près comme il avait fini 2003 : avec une gueule de bois carabinée. Une gueule de bois physique, spirituelle et financière à la fois. Ouvrons une parenthèse rapide pour signaler que notre héros, lorsquil se réveille un lendemain de fête avec un guerrab dans la tête, refuse catégoriquement de regarder la vérité en face. Sil est malade, ce nest pas parce quil a absorbé goulûment treize bières et huit cocktails whisky-whisky. Non, bien sûr
Cest parce quil na pas dîné ou que les cacahouètes étaient pourries. Il accuse la météo, la pollution, son voisin qui la regardé de travers dans lascenseur et dont lil le poursuit partout, scotché à son dos, juste derrière lomoplate gauche. Bref, le Guercifi a décidé de se rendre chez le médecin, à défaut de pouvoir consulter un organisme distributeur de visas, bien plus indiqué dans son cas. Il espère soutirer au docteur Hammou un maximum de jours darrêt maladie. Dans la salle dattente, il est le seul homme à attendre son tour. Il est entouré de dames de tous les âges, apparemment aussi bien portantes que lui mais qui sont les victimes dun syndrome bien marocain : la sekhfa. Dans dautres contrées, on parle de perte de connaissance, dévanouissement, de crise dhypoglycémie et cest plutôt rare. Chez nous, la sekhfa est un sport national, les dames tombent comme des mouches dans une harira trop gluante. La procédure est connue : la pratiquante, pour un oui ou pour un non et en général après une contrariété, geint sur une gamme mineure "ya nari, ya nari, ghadi nskhef" avant de sécrouler lentement dans des bras systématiquement providentiels. Elle attend que lattroupement se forme, avant de reprendre ses esprits avec force grimaces et jérémiades, toujours sur une gamme mineure, bien plus poignante encore
Mais là nest pas la question. Dans la salle dattente, un drame se noue. Zakaria Boualem tend le bras gauche vers la petite table couverte de revues en tout genre. Il ignore trois numéros de magazines français consacrés à la problématique complexe du voile-à-lécole-qui-met-en-cause-la-sainte-laïcité-et-contre-lequel-il-faut-faire-une-loi- mais- tout-en-respectant-le-choix-de-chacun-même-si-ça-serait-mieux-si-ces-gens- là-faisaient-ce-choix-chez-eux-dans-leur-pays-nom-de-Dieu !- et sempare dune revue aux couleurs criardes intitulée mystérieusement TelQuel.
Le choc survient à la page 43, pourtant un chiffre anodin et qui nannonce en rien le choc sismique qui va ébranler le cortex fragile de notre héros. Une onde tellurique parcourt le Guercifi à la lecture de SON NOM. Écrit en gras sur toute la diagonale de la page en question, son patronyme trône, de biais et dans une teinte verdâtre. Plus haut, une photo dun homme coiffé dun bonnet grotesque illustre cet article honteux. En lisant le texte, Zakaria Boualem découvre, stupéfait, que ce qui est porté à lattention des lecteurs, cest tout simplement
SA VIE À LUI, ZAKARIA BOUALEM. Et que la mention en gris à la fin qui dit quil est fictif est fausse, puisque quil existe et quil lit ces lignes et que dailleurs, sil nexistait pas, on pourrait pas raconter sa vie. Logique, non ?
Quant à lhomme de la photo, il le reconnaît parfaitement : cest un vague ami avec qui il a lhabitude de prendre des cafés le samedi matin, vers quinze heures. Le fourbe en profitait pour raconter à tout le monde les péripéties de sa vie quotidienne, encaissant au passage sans doute des sommes gastronomiques (oui, gastronomiques) et des voyages au Brésil
Zakaria Boualem se lève, furieux. Son intimité est violée, son honneur bafoué et son téléphone déchargé (ce qui na rien à voir avec le sujet, mais cest pour léquilibre de la phrase). Il nest plus question de voir le médecin, mais de mettre la main sur le berguag à bonnet de la photo et de tirer cette affaire au clair. Lheure est grave, Zakaria Boualem compte reprendre les choses en main et ça risque de faire mal
Zakaria Boualem est un personnage de fiction. Les situations décrites ne sont pas réelles. Ou peut-être un peu, finalement
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