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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



Le Salon international du livre de Tanger (SILT) est dorénavant une escale obligée de notre scène littéraire. Toujours menée avec le même doigté par la poétesse Nicole de Pontcharra, résolument habitée par le Maroc, en duo mais non sans interférences, avec le directeur de l’Institut français de Tanger, Jean-Luc Larguier (en fin de mandat). La rencontre s’est achevée dimanche 18 janvier 2004, avec la promesse solennelle de passer le témoin l'année prochaine à l'association Tanger Région Action culturelle. Salutaire, car il est rare d'écouter autant de questions majeures concentrées en si peu de temps et dans un même lieu.
Première interrogation : "Pourquoi le ministère de la Culture marocain ne favorise-t-il pas la création d’espaces similaires, de débat, de réflexion, de discussion ?", s’indigne l’éditeur marocain, Bichr Bennani. La formule inédite adoptée par le SILT, qui consiste à éclater les lieux de rencontres, pour que les lycéens de Chefchaouen, les universitaires de Tétouan et autres oubliés de la région, puissent dialoguer avec un romancier turc, comme Nadim Gursel, interpeller un poète de chez nous, comme Abdellatif Laabi, ou écouter un magicien du verbe du calibre du conteur malien, Ousmane Diarra, est une invitation au voyage inespérée. Or, l’État, marginalisant l’intellect, ne pense même pas à leur offrir ce droit à la parole ou à la beauté.
Deuxième interrogation : "Pensons-nous à une formation adéquate pour que le fossé entre les conférenciers et le public cesse de s’agrandir ?", se demande avec grande lucidité le philosophe Jacques Sojcher, qui remarque à quel point les interventions des différents "intellectuels" sont, soit perçues dans la salle comme un show impressionnant soit contrées par des critiques totalement vaseuses et non fondées. Le mal est encore plus profond, vu par l’anthropologue Mehdi Bennouna, qui a été refroidi par "les réflexions éculées et les concepts stéréotypées des professeurs universitaires de Tétouan", avec lesquels il a eu à débattre.
Troisième interrogation : comment faire pour que la culture et la démocratie aillent de pair et deviennent une réelle priorité ? Les éléments de réponse, chacun en a esquissé un bout. "En se rappelant que les régimes qui ont promis le développement puis la culture au bout du chemin, ont floué leurs peuples", rappelle le journaliste et homme de théâtre, Jacques Blanc. "En cessant de croire que l’on peut modifier le vote quand le peuple vote mal et en apprenant à mieux interagir avec ce même peuple", suggère l’islamologue Olivier Roy. "En apprenant que la pluralité des points de vue que permet le débat n’est pas de la cosmétique mais une manière d’être", martèle à raison Abdou Filali Ansary.
Ces bribes d’idées sont loin de rendre compte de la profusion d’idées en circulation, cinq journées durant, devant des salles combles, en marge d’une exposition de livres à peine fournie. Raison de plus pour rouvrir cette parenthèse l’année prochaine à Tanger. En attendant que d’autres parenthèses soient ouvertes ailleurs.




Moha Souag est un écrivain solitaire, économe dans ses écrits, peuplant un univers désertique de personnages au bord de la confrontation. La femme du soldat est un roman de la désolation. Karima, femme seule, exploitée à souhait par sa belle-mère, Fatna Allal, interdite d’ébats bruyants au retour de son mari, tarde tellement à claquer la porte qu’elle s’enlise dans cette maison froide, dans son lit monotone à Ksar Souk. Aziz, son mari par intermittence, a le blues sur le front au Sahara et a du mal, à chaque retour, à faire l’arbitre entre une mère poule et une épouse soumise et discrète. Il finit par repartir dans ce car titubant, dégradé, pour de bon. Karima est laissée à son sort impitoyable et sans issue. Broyée par un environnement misogyne et désert.

La femme du soldat, Moha Souag ; Éd. Le Fennec (35 DH)





Si l’envie vous en prend et que votre âme s’y entend, alors prenez le temps de faire un détour par l’Espace Balzac de Kénitra, mardi 27 janvier à 19 heures et au centre culturel de l'Agdal à Rabat, le 28 janvier à 20 h. Au programme, un récital de poésie organisé par l’APLM (Amitiés poétiques et littéraires du Maroc) et mis en scène par le romancier Jean-Pierre Koffel. Une douzaine de diseurs y chanteront le temps de quelques rimes l’amour, la haine, le rêve, la vie, la mort et ce qu’il y a entre les deux… Des poèmes signés par une trentaine d’auteurs présents dans le recueil Agora paru récemment aux éditions Eddif.

 
 
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