
Quarante ans après la première proposition de réforme, le code du travail a finalement été promulgué. Va-t-il révolutionner les rapports entre patrons et syndicats ? Pas si sûr, une cinquantaine de décrets sont actuellement en discussion
Par Adil Hmaïty
L'e nouveau code du travail marocain entrera en vigueur le 8 juin prochain. Le texte sest donné un délai maximal de 6 mois pour amorcer son application et changer la face des rapports entre les partenaires sociaux, gouvernement, entreprises et |
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syndicats. Des nouveautés, le code en contient, mais depuis 40 ans, depuis la présentation de la première mouture du projet.
Du nouveau avec de lancien
En fait, le code réunit la centaine de lois, décrets, règlements et circulaires qui régissaient la matière sociale. Des nouveautés ont cependant été introduites sur des sujets "jusque-là tabous", selon Ahmed Benkirane, le médiateur de la CGEM. Le travail temporaire et les contrats à durée déterminée ont été officialisés. Un barème dindemnités pour perte demploi a été mis en place. Une révolution pour le responsable patronal. Côté syndicats, Abdelkader Azriî de la CDT préfère sattarder sur la reconnaissance des délégués syndicaux, des comités dentreprise et de la représentativité ouvrière. En fait, le Premier ministre Driss Jettou, que tous les intervenants saccordent à décrire comme le principal instigateur de la sortie du code, a multiplié les compromis pour réussir son premier projet politique.
Des compromis et des renvois
"Les droits du salarié ont été renforcés avant la décision de licenciement. Quant à lindemnisation, elle a été plafonnée à 36 mois. La négociation collective nest finalement pas obligatoire, mais, en revanche, on a fait admettre au patron dassocier les salariés à la décision à travers les délégués syndicaux et les comités dentreprise", cest tout léquilibre instauré par le code, estime le président du Centre marocain des études judiciaires, Farid El Bacha. "À chaque fois quune question bloquait, les rapporteurs des commission tripartites, tous des fonctionnaires de ladministration, suggéraient den conseiller la résolution par décret", décrit pour sa part de manière caricaturale un responsable syndical. Ainsi, si le texte est passé, cest quon a délibérément évité la discussion des points saillants. Il ne faut pas pour autant minimiser luvre de Driss Jettou "qui a réussi son premier projet politique dans un contexte conflictuel", note un représentant de lUMT. Le patronat lui en voulait davoir failli à sa promesse de geler les taux des primes de lassurance sur les accidents de travail quune nouvelle loi augmentaient de 132%. Quand aux syndicats, ils durcissaient le ton dans certains conflits, comme la SODEA/SOGETA et certains secteurs dactivité comme le transport et les banques. Le code du travail, projet quadragénaire, a finalement vu le jour mais au prix "dune cinquantaine de décrets à rediscuter". Et la paix sociale, attendra-t-elle ?
Le chemin est encore long
Des tensions sociales risquent de reparaître au moment des discussions sur certains textes cruciaux. Dores et déjà, il semble que la réglementation du droit de grève soit compromise. Invité à un séminaire, Mohamed Tadili, le directeur du travail au ministère de lEmploi, a lâché que la tentative butait sur des considérations constitutionnelles : "Il faut une loi organique pour régir la grève", a t-il expliqué. Dun autre côté, les syndicats refusent que les employés grévistes soient remplacés par des ouvriers temporaires. Cela pourrait casser une grève. De lautre, les patrons sinquiètent de lobligation qui leur est faite demployer, dans la mesure de 10% de leur effectif, certaines catégories de personnel comme les mutilés de guerre. De même quil est hors de question pour eux dinstaurer un SMIG sans prendre en considération les spécificités sectorielles. Tous ces textes doivent aboutir avant le 8 juin prochain. Si Ahmed Benkirane se dit confiant, le professeur El Bacha prédit de nouveaux reports. "Le tout est dêtre dans la logique dun texte en amélioration constante", conclut Tadili. |
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La sortie du code du travail semble influencer positivement le climat social au Maroc. Selon les chiffres publiés cette semaine par le ministère de lEmploi, le nombre de grèves a baissé de 64% depuis lannée noire de 2000. En 2003, quelques 149 grèves ont été enregistrées. Les débrayages ont aussi baissé en intensité puisque seuls 13.911 grévistes étaient de la partie contre 39.000 en 2000. Durant la même période, le nombre de journées perdues a chuté de 84% à 70.287 jours, et près de 721 grèves ont pu être évitées. |
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