CAN 2004 : Passion, sensations... Zaki, seul contre tous
L'épopée des Lions
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

CAN 2004 : Passion, sensations… : L’épopée des Lions

Merci Zaki
CAN 2004 : Passion, sensations…


À Casa et à Tunis, comme à Bruxelles, Londres et Paris (photo), les fans des Lions de l'Atlas ont vibré ensemble devant des écrans géants
Ne soyez pas tristes, mesdemoiselles… À défaut d’avoir ramené la Coupe, notre équipe aura déclenché une gigantesque vague de bonheur à travers le Maroc. Une finale continentale, des matchs haletants… Merci Zaki ! Merci les Lions ! Dossier réalisé par notre envoyé spécial en Tunisie, Réda Allali


Après la victoire sur l'Algérie,
on scande son nom dans
les tribunes… un privilège
réservé aux joueurs
Merci Zaki
Zaki, seul contre tous


Il a longtemps été considéré comme un entraîneur transitoire. Ses choix n’ont pas toujours fait l’unanimité. Ses détracteurs ont tramé moult scénarios pour l’évincer ou le déstabiliser. En hissant son équipe en finale, le sélectionneur marocain a fini par s’affirmer de belle manière.


Lundi 9 février - Hôtel Thalassa, Monastir. Dans la salle de
conférence de l’hôtel, Baddou Zaki est détendu. Il s’apprête à intervenir en direct sur 2M, lors du journal télévisé. Avec les joueurs, il regarde les scènes de joie populaires filmées dans les rues des villes marocaines la veille au soir, après la victoire contre l’Algérie. Un joueur lui lance : "Tu as vu, Zaki, ce que tu as fait aux gens ! Même les hommes politiques dansent…". Zaki rigole de bon cœur, il tient sa revanche, même s’il refuse ce terme : "Ce n’est pas une revanche. Je fais mon boulot pour mon pays, je lui rends ce qu’il m’a donné, c’est tout…. Il y a eu des critiques, mais ça ne m’a jamais touché, j’ai toujours su ce que je faisais". Son discours n’a pas changé d’un pouce depuis ce jour de juillet 2002, où il déclarait à TelQuel, à la veille d’entamer les éliminatoires de cette fameuse Coupe d’Afrique : "Je sais ce que je vaux". Le problème, c’est qu’il était bien le seul à y croire. L’homme a fait face à un feu nourri médiatique jusqu’à la veille du départ de l’équipe pour la Tunisie. Comment expliquer cette défiance ? Il y a pour commencer des raisons objectives, liées à son accession à ce poste. Baddou Zaki est devenu sélectionneur national après les échecs successifs de Henri Kasperczak et Umberto Coelho - soit deux techniciens étrangers aux émoluments conséquents. La rue réclamait un technicien national et Zaki a surgi. Si le joueur a toujours fait l’unanimité, l’entraîneur, lui, a peu convaincu à la tête du WAC, de l’ASS (Salé), du Chabab de Mohammedia et du FUS. Il y a bien eu cette finale africaine décrochée avec le WAC en 1999 (et perdue face aux Tunisiens de l’Étoile du Sahel), mais l’exigeant public marocain ne saurait s’en contenter. Bref, l’homme qui est nommé adjoint de Coelho, à la suite de la débâcle africaine en Coupe d’Afrique des nations 2002, fait plus figure d’intérimaire que de titulaire sérieux. Du côté de la fédération, on entretien le flou de longs mois durant : est-il le successeur officiel du Portugais ? Cherche-t-on un candidat plus illustre pour ce poste sensible ? Zaki ne sera confirmé que tardivement, après avoir décroché ses premières victoires lors des éliminatoires. La fédération, tout d’abord méfiante, a semblé se résigner à son choix initial, au fur et à mesure que l’échéance africaine approchait. La presse, pour sa part, a été majoritairement sceptique. Les articles hostiles se sont succédés... On a parlé de négociations avec Luis Fernandez, puis Vicente Del Bosque. Le nom de Philippe Troussier, lui, était le plus souvent cité. Il a suffi que le sorcier blanc vienne au Maroc pour des raisons privées - il possède une maison à Rabat - pour qu’on se mette à compter les jours de Zaki.
Malgré une qualification décrochée haut la main (6 victoires, un nul et aucune défaite, aucun but encaissé), les critiques ne faiblissent pas, la faute à une série de matchs amicaux calamiteux, ponctuée par deux défaites face au Mali. Ses détracteurs ont alors beau jeu de développer leurs arguments : "Un gardien de but n’a jamais donné un grand entraîneur, à part Dino Zoff. En tant que goal, il n’est pas impliqué dans les schémas tactiques lors des matchs, il ne participe pas au jeu. Lorsqu’il devient entraîneur, il n’est pas au même niveau de connaissances tactiques qu’un joueur de champ". Lorsqu’il écarte Youssef Chippo du groupe, on crie au scandale et lorsqu’il retient Alla, milieu de terrain du Mouloudia d’Oujda, on rigole doucement…

"Je crois en mes principes"
Mais, bien plus que ces considérations footballistiques, c’est la personnalité même de Zaki qui dérange. L’homme est sûr de lui, autoritaire, volontiers cassant avec la presse et intransigeant sur la discipline. Il n’hésite pas à décréter des séances d’entraînement à huis clos ou à refuser de voir des journalistes tourner autour des joueurs lors des heures de repos. Il faut le voir, dans le hall de l’hôtel, signifier d’un signe à un joueur que c’est l’heure de la sieste et qu’il faut interrompre un entretien… Pas de copinage, juste du professionnalisme, un comportement qu’on accepte plus facilement lorsqu’il émane d’un technicien étranger que national. Son comportement en a exaspéré plus d’un. Des journalistes français de RFI, las de le voir refuser de communiquer, ont même déposé une plainte auprès de la CAF…
On l’accuse d’arrogance, mais lui n’en a que faire. Il a mis en place son schéma tactique et ne l’a jamais remis en cause : une défense athlétique et solide (Karkouri-Naybet-Ouaddou), un schéma basé sur de longues balles aériennes en direction d’attaquants surdoués (Chamakh-Zairi) et un jeu latéral fourni (Regragui-Kharja). Dans sa logique, pas de milieu de terrain technique, juste des relayeurs efficaces (Safri-Mokhtari), qui doivent faire parvenir le ballon devant le plus rapidement possible. Son coaching est systématiquement gagnant : Youssef Hadji marque à chacune de ses entrées. Même chose pour Moha Yaâcoubi, décisif lors de son entrée face à l’Algérie. Tous les remplacements décidés par le coach sont des réussites et la presse internationale, dès le premier tour parle "d’équipe la plus complète du tournoi" (Hervé Penot, L’équipe), ou encore de "fond de jeu solide, avec une idée directrice claire". Ses choix peuvent parfois surprendre (pourquoi faire entrer Hdioud contre le Mali ?, etc.) mais aujourd’hui, tout le monde se garde bien de les critiquer. Dans les salles de presse, on entend aujourd’hui : "Il n’y a que deux personnes qui savent pourquoi 'flane' (un tel) a remplacé 'flane' : Allah et Zaki !".
En battant l’Algérie en quart de finale, Zaki a obtenu la prolongation automatique de son contrat jusqu’en 2006. En battant le Mali sur un score de 4-0, il est entré dans le club très fermé des entraîneurs dont on chante le nom dans les tribunes (privilège des joueurs). Il peut donc se permettre de déclarer, dès le lendemain :
"On connaît l’exemple d’Aimé Jacquet, critiqué par la presse, ou de Scolari, l’entraîneur du Brésil en 2002. Ils sont tous les deux devenus champions du monde, le temps leur a donné raison. La pression, je la supporte. Je crois en mes principes et, surtout, je crois en mes joueurs, qui ne m’ont jamais déçu. Nous avons toujours été sur une pente ascendante. Une équipe jeune, une nouvelle génération qui a déjà laissé ses empreintes, ici, en Tunisie". L’homme avait donc raison, tout le monde le sait. Aujourd’hui.

côté vestiaires

Le rigolo de la bande, "celui qui a toujours la bouche ouverte", selon ses coéquipiers, s’appelle Walid Regragui. Il enchaîne blague sur blague, imite Djamel Debbouze et, surtout, s’amuse beaucoup à perturber ses coéquipiers en cours d’interview. On l’a ainsi vu ânonner "Oui, je m’appelle Jawad Zairi… heuuuu…. je joue au foot heuuuu…. je fais des passes", pendant que le pauvre Zairi essayait de répondre à un journaliste. Son meilleur public s’appelle Nabil Baha qu’il juge "capable de rigoler pour n’importe quelle vanne débile". Il est suivi de près par Ouaddou, aussi doux et souriant dans la vie qu’intraitable sur le terrain.

côté vestiaires

Abdesslam Ouaddou et Walid Regragui, qui partagent la même chambre, ont pour habitude d’écouter le Coran chaque matin de match, avant de faire la prière ensemble. Un rituel inauguré lors du premier match et reconduit par la suite.
Le 34e anniversaire du capitaine Naybet a été célébré à grands cris, dans le bus qui ramenait les joueurs après la victoire contre le Mali. Un "joyeux aaaaaanniversaire" historique, quoiqu’un peu faux.
 
 
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