À Casa et à Tunis, comme à Bruxelles, Londres et Paris (photo), les fans des Lions de l'Atlas ont vibré ensemble devant des écrans géants
Ne soyez pas tristes, mesdemoiselles À défaut davoir ramené la Coupe, notre équipe aura déclenché une gigantesque vague de bonheur à travers le Maroc. Une finale continentale, des matchs haletants Merci Zaki ! Merci les Lions ! Dossier réalisé par notre envoyé spécial en Tunisie, Réda Allali
Après la victoire sur l'Algérie,
on scande son nom dans
les tribunes un privilège
réservé aux joueurs
Merci Zaki
Zaki, seul contre tous
Il a longtemps été considéré comme un entraîneur transitoire. Ses choix nont pas toujours fait lunanimité. Ses détracteurs ont tramé moult scénarios pour lévincer ou le déstabiliser. En hissant son équipe en finale, le sélectionneur marocain a fini par saffirmer de belle manière.
Lundi 9 février - Hôtel Thalassa, Monastir. Dans la salle de
conférence de lhôtel, Baddou Zaki est détendu. Il sapprête à intervenir en direct sur 2M, lors du journal télévisé. Avec les joueurs, il regarde les scènes de joie populaires filmées dans les rues des villes marocaines la veille au soir, après la victoire contre lAlgérie. Un joueur lui lance : "Tu as vu, Zaki, ce que tu as fait aux gens ! Même les hommes politiques dansent ". Zaki rigole de bon cur, il tient sa revanche, même sil refuse ce terme : "Ce nest pas une revanche. Je fais mon boulot pour mon pays, je lui rends ce quil ma donné, cest tout . Il y a eu des critiques, mais ça ne ma jamais touché, jai toujours su ce que je faisais". Son discours na pas changé dun pouce depuis ce jour de juillet 2002, où il déclarait à TelQuel, à la veille dentamer les éliminatoires de cette fameuse Coupe dAfrique : "Je sais ce que je vaux". Le problème, cest quil était bien le seul à y croire. Lhomme a fait face à un feu nourri médiatique jusquà la veille du départ de léquipe pour la Tunisie. Comment expliquer cette défiance ? Il y a pour commencer des raisons objectives, liées à son accession à ce poste. Baddou Zaki est devenu sélectionneur national après les échecs successifs de Henri Kasperczak et Umberto Coelho - soit deux techniciens étrangers aux émoluments conséquents. La rue réclamait un technicien national et Zaki a surgi. Si le joueur a toujours fait lunanimité, lentraîneur, lui, a peu convaincu à la tête du WAC, de lASS (Salé), du Chabab de Mohammedia et du FUS. Il y a bien eu cette finale africaine décrochée avec le WAC en 1999 (et perdue face aux Tunisiens de lÉtoile du Sahel), mais lexigeant public marocain ne saurait sen contenter. Bref, lhomme qui est nommé adjoint de Coelho, à la suite de la débâcle africaine en Coupe dAfrique des nations 2002, fait plus figure dintérimaire que de titulaire sérieux. Du côté de la fédération, on entretien le flou de longs mois durant : est-il le successeur officiel du Portugais ? Cherche-t-on un candidat plus illustre pour ce poste sensible ? Zaki ne sera confirmé que tardivement, après avoir décroché ses premières victoires lors des éliminatoires. La fédération, tout dabord méfiante, a semblé se résigner à son choix initial, au fur et à mesure que léchéance africaine approchait. La presse, pour sa part, a été majoritairement sceptique. Les articles hostiles se sont succédés... On a parlé de négociations avec Luis Fernandez, puis Vicente Del Bosque. Le nom de Philippe Troussier, lui, était le plus souvent cité. Il a suffi que le sorcier blanc vienne au Maroc pour des raisons privées - il possède une maison à Rabat - pour quon se mette à compter les jours de Zaki.
Malgré une qualification décrochée haut la main (6 victoires, un nul et aucune défaite, aucun but encaissé), les critiques ne faiblissent pas, la faute à une série de matchs amicaux calamiteux, ponctuée par deux défaites face au Mali. Ses détracteurs ont alors beau jeu de développer leurs arguments : "Un gardien de but na jamais donné un grand entraîneur, à part Dino Zoff. En tant que goal, il nest pas impliqué dans les schémas tactiques lors des matchs, il ne participe pas au jeu. Lorsquil devient entraîneur, il nest pas au même niveau de connaissances tactiques quun joueur de champ". Lorsquil écarte Youssef Chippo du groupe, on crie au scandale et lorsquil retient Alla, milieu de terrain du Mouloudia dOujda, on rigole doucement
"Je crois en mes principes"
Mais, bien plus que ces considérations footballistiques, cest la personnalité même de Zaki qui dérange. Lhomme est sûr de lui, autoritaire, volontiers cassant avec la presse et intransigeant sur la discipline. Il nhésite pas à décréter des séances dentraînement à huis clos ou à refuser de voir des journalistes tourner autour des joueurs lors des heures de repos. Il faut le voir, dans le hall de lhôtel, signifier dun signe à un joueur que cest lheure de la sieste et quil faut interrompre un entretien Pas de copinage, juste du professionnalisme, un comportement quon accepte plus facilement lorsquil émane dun technicien étranger que national. Son comportement en a exaspéré plus dun. Des journalistes français de RFI, las de le voir refuser de communiquer, ont même déposé une plainte auprès de la CAF
On laccuse darrogance, mais lui nen a que faire. Il a mis en place son schéma tactique et ne la jamais remis en cause : une défense athlétique et solide (Karkouri-Naybet-Ouaddou), un schéma basé sur de longues balles aériennes en direction dattaquants surdoués (Chamakh-Zairi) et un jeu latéral fourni (Regragui-Kharja). Dans sa logique, pas de milieu de terrain technique, juste des relayeurs efficaces (Safri-Mokhtari), qui doivent faire parvenir le ballon devant le plus rapidement possible. Son coaching est systématiquement gagnant : Youssef Hadji marque à chacune de ses entrées. Même chose pour Moha Yaâcoubi, décisif lors de son entrée face à lAlgérie. Tous les remplacements décidés par le coach sont des réussites et la presse internationale, dès le premier tour parle "déquipe la plus complète du tournoi" (Hervé Penot, Léquipe), ou encore de "fond de jeu solide, avec une idée directrice claire". Ses choix peuvent parfois surprendre (pourquoi faire entrer Hdioud contre le Mali ?, etc.) mais aujourdhui, tout le monde se garde bien de les critiquer. Dans les salles de presse, on entend aujourdhui : "Il ny a que deux personnes qui savent pourquoi 'flane' (un tel) a remplacé 'flane' : Allah et Zaki !".
En battant lAlgérie en quart de finale, Zaki a obtenu la prolongation automatique de son contrat jusquen 2006. En battant le Mali sur un score de 4-0, il est entré dans le club très fermé des entraîneurs dont on chante le nom dans les tribunes (privilège des joueurs). Il peut donc se permettre de déclarer, dès le lendemain :
"On connaît lexemple dAimé Jacquet, critiqué par la presse, ou de Scolari, lentraîneur du Brésil en 2002. Ils sont tous les deux devenus champions du monde, le temps leur a donné raison. La pression, je la supporte. Je crois en mes principes et, surtout, je crois en mes joueurs, qui ne mont jamais déçu. Nous avons toujours été sur une pente ascendante. Une équipe jeune, une nouvelle génération qui a déjà laissé ses empreintes, ici, en Tunisie". Lhomme avait donc raison, tout le monde le sait. Aujourdhui.
côté vestiaires
Le rigolo de la bande, "celui qui a toujours la bouche ouverte", selon ses coéquipiers, sappelle Walid Regragui. Il enchaîne blague sur blague, imite Djamel Debbouze et, surtout, samuse beaucoup à perturber ses coéquipiers en cours dinterview. On la ainsi vu ânonner "Oui, je mappelle Jawad Zairi heuuuu . je joue au foot heuuuu . je fais des passes", pendant que le pauvre Zairi essayait de répondre à un journaliste. Son meilleur public sappelle Nabil Baha quil juge "capable de rigoler pour nimporte quelle vanne débile". Il est suivi de près par Ouaddou, aussi doux et souriant dans la vie quintraitable sur le terrain.
côté vestiaires
Abdesslam Ouaddou et Walid Regragui, qui partagent la même chambre, ont pour habitude découter le Coran chaque matin de match, avant de faire la prière ensemble. Un rituel inauguré lors du premier match et reconduit par la suite. Le 34e anniversaire du capitaine Naybet a été célébré à grands cris, dans le bus qui ramenait les joueurs après la victoire contre le Mali. Un "joyeux aaaaaanniversaire" historique, quoiquun peu faux.