CAN 2004 : Passion, sensations... Zaki, seul contre tous
L'épopée des Lions
Politique : Un front de gauche est né
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Économie : Prix de l'ouverture
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

CAN 2004 : Passion, sensations… : Zaki, seul contre tous

Merci Zaki
CAN 2004 : Passion, sensations…


À Casa et à Tunis, comme à Bruxelles, Londres et Paris (photo), les fans des Lions de l'Atlas ont vibré ensemble devant des écrans géants
Ne soyez pas tristes, mesdemoiselles… À défaut d’avoir ramené la Coupe, notre équipe aura déclenché une gigantesque vague de bonheur à travers le Maroc. Une finale continentale, des matchs haletants… Merci Zaki ! Merci les Lions ! Dossier réalisé par notre envoyé spécial en Tunisie, Réda Allali


Merci Zaki
L’épopée des Lions


Pas à pas, match après match, l’équipe nationale a fait étalage d’un talent insoupçonné jusqu’alors. Journal d’une ascension et d’une chute inattendues.


Vendredi 23 Janvier – l’aventure commence
Les joueurs et le staff technique marocains débarquent à Monastir, une petite station balnéaire calme, qui accueille surtout des étudiants (dont une forte colonie marocaine) et des touristes du troisième âge. Ils posent leurs bagages dans le luxueux hôtel Thalassa. L’équipe vient de boucler un stage de préparation à Marbella, dont certains disent qu’il a coûté très cher. Scepticisme médiatique, mobilisation limitée du côté des supporters. Au Maroc également, l’ambiance est tiède. Logique, lorsqu’on examine notre palmarès en Coupe d’Afrique : éliminés au premier tour lors des deux dernières éditions, à peine quart de finalistes en 98. Il faut remonter jusqu’en 1988
pour dénicher une demi-finale perdue à Casablanca et en 1986, avec une autre demi-finale contre l’Égypte. Depuis seize ans, nous n’avons pas dépassé les quarts de finale. Mais les gamins qui constituent l’équipe ne connaissent même pas ces chiffres. Walid Regragui : "Nous, depuis le début, on savait qu’on pouvait aller loin, on le disait entre nous, souvent…".

Un premier tour maîtrisé
Le Maroc a hérité dès le premier tour de deux gros morceaux : l’Afrique du Sud, qui s’est fait une spécialité de nous éliminer (2002 et 1998) et le Nigeria (troisième en 2002 et finaliste en 2000). Le Bénin, lui, n’a rien d’un foudre de guerre. Selon les observateurs, il y a donc deux places pour trois.
Dès le premier match contre le Nigeria, le Maroc surprend son monde. La défense hermétique étouffe Okocha et compagnie et, devant, Chamakh et Zairi effectuent un pressing d’enfer sur les défenseurs adverses et galopent comme des gazelles. C’est pourtant un troisième larron, Youssef Hadji, qui débloque la situation d’un coup de patte félin. Les Marocains découvrent leur équipe et leurs joueurs : une discipline tactique impressionnante et une grosse volonté d’aller chercher le résultat. Un bon début, donc, mais pas de quoi s’enflammer non plus.
Pour le second match, contre le Bénin, l’objectif est de scorer au maximum, pour s’assurer une différence de buts. Mission accomplie avec quatre buts : Chamakh, Mokhtari, Ouaddou et Karkouri. Un bémol pour signaler que le gardien béninois a commis un match catastrophique, offrant sur un plateau au moins la moitié des buts. Qu’importe, le Maroc est premier du groupe et il peut se contenter d’un nul contre l’Afrique du Sud pour garder la première place du groupe.
C’est ce qu’il fera, maîtrisant un match ou les Sud-Africains s’avèrent incapables d’enrayer une machine marocaine, qui commence à bien tourner. Au passage, Youssef Safri, l’ex-Rajaoui, vient ajouter son nom à la liste des buteurs marocains. À la fin du premier tour, le Maroc est considéré comme une équipe séduisante, la bonne surprise du début de tournoi. Les choses sérieuses peuvent commencer, enfin.

Dimanche 8 février, Maroc-Algérie : du cœur et des jambes
Jouer contre l’Algérie à Sfax n’est pas un cadeau. Lorsqu’ils pénètrent sur la pelouse, les Marocains découvrent un public agressif, toujours à la limite de la régularité. Lamyaghri, gardien remplaçant raconte : "Quand je suis rentré avec Fouhami pour l’aider à s’échauffer, on en a pris plein les oreilles. Je me suis dit que ça allait être très difficile". Tout le monde le sait : si nous sortons de ce piège, nous serons indestructibles. En première mi-temps, les deux équipes se neutralisent. Sur la pelouse, l’ambiance entre les joueurs est amicale, conscients qu’ils sont que s’il viennent à s’énerver, les tribunes algériennes peuvent basculer dans le chaos. En seconde mi-temps, les Marocains prennent le match en main, les occasions se succèdent… et l’Algérie marque ! Sur l’unique erreur de placement de la défense, Cherrad vient planter une tête assassine à huit minutes de la fin et le public algérien allume les fumigènes. Sur l’engagement, Chamakh tire sur le poteau : "Quand j’ai vu mon tir taper sur le poteau, je me suis dit que j’étais maudit. J’avais le moral à zéro et je me suis retourné vers Zaki. Il m’a dit de continuer, que j’allais avoir une autre occasion". Le scénario catastrophe est parfait : c’est la poisse qui nous poursuit. Dans la tribune de presse, les journalistes algériens expédient leur papiers "L’Algérie est en demi !" et le public chante "One, two, three, viva l’Algérie". Mais c’est toute l’équipe qui se révolte. Naybet abandonne sa défense et vient épauler les gamins en attaque. Dans les arrêts de jeu, sur un énième débordement de l’intenable Yaâcoubi, Marwane Chamakh marque enfin et impose un silence terrible à tout le stade. Zaki s’écroule sur la pelouse : "Je ne sais même pas comment j’ai fait pour tomber comme ça, je ne me rappelle de rien". Naybet ne vient pas saluer Chamakh, il hurle comme un possédé et tourne en rond autour du buteur. La tension nerveuse est trop forte. Les prolongations sont une formalité : le combat a changé d’âme. Hadji et Zairi viennent enfin concrétiser la supériorité des Lions, alors que l’Algérie espère tenir jusqu’aux penalties. Au coup de sifflet final, les joueurs viennent célébrer la victoire avec les supporters. Naybet envoie son maillot aux (courageux) Marocains des tribunes. Jamais une victoire ne l’a mis dans un tel état. Dans les vestiaires, c’est un concours d’embrassades. Ouaddou, qui a pris un vilain coup à la fin du match, a le nez cassé et traîne sa grande carcasse dans la souffrance. Bassir vient saluer les joueurs. Zaki reçoit un coup de fil royal. Regragui, toujours très fair play, va saluer les Algériens dans leur vestiaire et accorde de longs entretiens à la presse. Il apparaît de plus en plus clairement qu’il est le leader de cette nouvelle génération, tant par son activité sur son côté droit que son attitude dans les vestiaires. La victoire est belle, mais la manière l’est encore plus. Jamais on n’avait vu le Maroc remonter au score avec une telle hargne, une telle solidarité. Ce soir, dans l’enfer de Sfax, un groupe est né.

Mercredi 11 février, Maroc-Mali : la fantasia des Lions
Des quatre demi-finalistes, le Maroc est celui qui a marqué le plus et encaissé le moins. Mais le Mali est désigné comme favori par de nombreux journalistes (et Roger Milla). Il est considéré comme la force montante du continent, un peu comme le Sénégal, il y a deux ans. Les aigles maliens vont passer une sale après-midi, encaissant quatre buts et offrant aux Marocains l’occasion de faire une démonstration totale. C’est Mokhtari, l’Allemand, qui commence par frapper deux fois, rappelant à tout le monde que chez lui, il tire tous les coups francs (pour le premier but, c’est Regragui qui est intervenu pour demander à Safri de laisser Mokhtari tirer). L’équipe est en confiance, euphorique, et dans ces conditions, tous les attaquants réussissent leur geste. Le troisième but, signé Hadji, est un modèle de contre-attaque et d’esprit collectif et Nabil Baha, pour sa première apparition, se permet de marquer lui aussi. Ce dernier quart d’heure a convaincu tout le monde que cette équipe est la plus belle du tournoi, quoi qu’il arrive. Dans les vestiaires, Regragui répond à Roger Milla au micro de RFI : "Désolé, Roger, je te respecte beaucoup mais tu t’es planté. Nous aussi on est fort". Naybet, qui fête son anniversaire, lâche : "Ehhhh ben, ça valait le coup d’attendre, non. Tellement longtemps". Il en est à sa cinquième participation en Coupe d’Afrique, 103e sélection en équipe nationale et il vient enfin de marquer l’histoire, comme le premier capitaine à emmener son équipe en finale (en 1976, l’année du titre, il n’y avait pas de finale).
Les statistiques sont impressionnantes : le Maroc a marqué treize buts en cinq matches, tout en en encaissant à peine deux. Tout le monde, ou presque, a marqué : les défenseurs Adbesslam Ouaddou et Talal El Karkouri, les deux Youssef du milieu Mokhtari et Safri et bien sûr les stars de l’attaque Marwane Chamakh, Youssef Hadji, Jawad Zairi, en plus de Nabil Baha.
Le lendemain, à l’hôtel Thalassa, les joueurs reçoivent les journalistes à bras ouvert. Ils multiplient les interviews. Il n’y a pas d’excès de confiance, juste de la bonne humeur et de la disponibilité. Ils n’ont pas la pression pour la finale, c’est la Tunisie qui est favorite. On dirait des gamins qui viennent de réussir une bonne blague. Les téléphones crépitent : les nouvelles du bled, comme ils disent : le pays est retourné !
Samedi 14 février, Maroc-Tunisie
L’avant-veille de la rencontre décisive, Naybet plaisantait : "Il va falloir que je prépare les gamins ‘lbrahech’, sinon ils vont flipper à Tunis". Il faut dire que l’atmosphère autour de ce match est oppressante. Du côté des supporters marocains, l’obsession tourne autour des tickets d’entrée pour la finale. On parle de marché noir, de magouille, de détournement. Du côté tunisien, on réclame la victoire. Point. Pour cela, l’équipe de Roger Lemerre doit hisser son niveau de jeu. Elle prend le match par le bon bout, enchaîne les actions dangereuses et marque rapidement. Les lions de l’Atlas sont vulnérables sur leur côté gauche où Akram Roumani, décidemment, plombe toute la défense. Mais les brahechs ont du courage, ils reviennent au score avant la mi-temps. Pendant un quart d’heure, ils développent enfin leur jeu et affolent les Tunisiens, sans pour autant scorer. Au retour des vestiaires, notre gardien, Khalid Fouhami, commet une bourde décisive et offre le but de la victoire aux Tunisiens. Le reste de la rencontre est un grand classique de football africain : l’équipe qui reçoit se roule par terre au moindre contact, l’arbitre hache le jeu, les ramasseurs de balle disparaissent, etc… Mais le fait est là : la Tunisie a mérité, sur ce match, son sacre africain. Du côté marocain, la défaite est amère, mais quelque part, tout le monde est conscient qu’à défaut d’une coupe, nous avons ramené de Tunisie une seconde place africaine. Et surtout une équipe… enfin !

côté vestiaires

C’est au cours d’une séance de PlayStation que la fameuse danse du genou, inaugurée par Youssef Hadji contre l’Algérie, est née. Le créateur de cette étonnante chorégraphie s’appelle, en fait, Abdesslam Ouaddou qui, après avoir marqué un but (virtuel) décisif face à Youssef, s’est mis à le narguer en improvisant ce pas… Précisons qu’il s’agit de saisir sa cheville droite à l’aide de sa main droite et de faire basculer le genou d’avant en arrière. Attention, c’est dangereux (on a essayé…).

Marwane Chamakh a vu sur 2M un reportage consacré à sa ville natale, en Gironde. À la vue de sa maison, il s’est pris la tête entre les mains, très ému : "Ouaouaouaoua papa regarde, c’est la maison !" (papa Chamakh est en Tunisie, lui aussi)… et Zaki a beaucoup rigolé à la vue du gamin dans tous ses états.

Quand les joueurs ne jouent pas au foot, ils jouent au foot… sur PlayStation ! Le propriétaire du jeu s’appelle Nabil Baha, le classement des joueurs est le suivant : 1er Houssine Kharja, 2e Youssef Hadji, 3e Walid Regragui. Abdesslam Ouaddou a tenu à préciser qu’il ne s’y était mis que depuis huit mois et qu’il travaillait très dur, alors que "Kharja, lui connaît tous les coups par cœur, il énerve tout le monde".

Youssef Mokhtari joue en seconde division allemande, au SVW Burghausen, une petite ville de 20.000 habitants, à 100 kilomètres de Munich, où il habite. Il parle allemand et rifain (et un peu d’anglais), ce qui n’est pas très facile pour communiquer avec ses coéquipiers. Il est aidé par Naciri, l’adjoint de Zaki, parfaitement germanophone. Ses deux frères et son père l’ont accompagné, ils logent avec lui dans le même hôtel. "De toute façon, pour communiquer avec les autres sur le terrain, c’est le corps qui parle, on se comprend très bien". Sa coupe iroquoise, son sourire ravageur et son pied gauche magique en ont fait un des héros de cette équipe.

Joueurs, staff et journalistes se sont retrouvés à chaque lendemain de victoire dans l’hôtel Thalassa de Monastir pour regarder les infos de 13 heures sur 2M et assister aux interventions en direct de Zaki. Les joueurs ont été très touchés de voir les images de joie au Maroc. À la vue d’un reportage tourné dans les rues d’Oujda, noires de monde, on a entendu un joueur lancer à Alla, joueur du MCO : "Hé, il est où ton café ? Montre-nous !".
À chaque fois qu’un joueur apparaît sur l’écran pour une déclaration, les autres sont sans pitié : "C’est intelligent ce que tu dis, toi…".

Les surnoms des joueurs :
- Abdesslam Ouaddou : "Nino", en référence à Nino Brown, héros black d’un film de gangsters.
- Nabil Baha : le gros.
- Houssine Kharja : "piège à loup", en référence à une mâchoire jugée proéminente.
- Youssef Hadji : "menton", un peu pour les mêmes raisons d’ailleurs.
- Walid Regragui : "le loup", à cause d’un système pileux abondant.
- Youssef Safri : "Timor", en hommage à l’insecticide du même nom. Son effet sur les joueurs adverses est à peu près identique.
- Quant à Naybet, il n’a pas de surnom, c’est Naybet, c’est tout !

Le parcours des Lions de l’Atlas a surpris tout le monde, staff compris. C’est ainsi qu’on s’est retrouvé avec un stock insuffisant de maillots et qu’il a fallu réapprovisionner en cours de compétition. Les nombreux journalistes étrangers qui voulaient un maillot souvenir sont repartis bredouilles. Toujours au sujet des maillots, la version rouge fournie par Nike a été rejetée par tout le monde, à cause d’une couleur complètement loupée, plus orange pâle que rouge vif.


 Après le match, on a parlé de banque braquée,
de hammam pour femme envahi
et même… de gazelles dévorées !
Maroc/Algérie : La bataille de Sfax

"Ce qui s’est passé a Sfax est une honte, de la sauvagerie… Ça ne s’arrêtera pas là, vous pouvez en être sûrs". Voilà ce qu’on pouvait entendre de la bouche des journalistes algériens présents en Tunisie. Ils ne parlaient pas de football, bien sûr, la victoire marocaine ayant été considérée comme des plus logiques, mais bien des tristes évènements qu’a connus la ville
après le match. "Évènements", un terme vague, à défaut de mieux, puisque nous avons eu affaire à une véritable guerre de communication où la rumeur à souvent pris le pas sur l’information. Résumons l’affaire. Depuis le début de la CAN, les Algériens sont venus en masse soutenir leur équipe à Sousse (à quatre heures de route de l’Algérie). Pendant deux semaines, la ville a vécu au rythme des klaxons, des chants et parfois des débordements des supporters algériens. On a parlé de banque braquée, de hammams pour femmes envahis… et même de viol, sans pour autant pouvoir obtenir aucune information officielle. On garde le meilleur pour la fin : des Algériens affamés sont censés avoir dérobé deux gazelles dans un zoo pour les griller sur la place publique !… Bref, le délire est total.
Il faut préciser que la ville de Sousse vit en grande partie, Coupe d’Afrique ou pas, au rythme du tourisme algérien. Les Algériens, donc, n’ont jamais été inquiétés dans leur turbulente activité, malgré une présence policière légendaire.
Le jour du match contre le Maroc, ce sont quelque 30.000 Algériens qui ont fait le déplacement à Sfax en voiture, train, avion, mobylette. Sur la route, les bolides décorés aux couleurs algériennes ont donné beaucoup de sueurs froides aux automobilistes, sous l’œil impavide des policiers tunisiens, apparemment plus à l’aise dans la surveillance que dans l’intervention. Arrivés à Sfax, ils ont découvert une ville morte, les commerçants ayant baissé leurs rideaux sur le conseil des autorités. Deux heures avant le coup d’envoi, le stade était transformé en annexe de l’Algérie. Pendant le match, le comportement des supporters a été, somme toute, des plus classiques. On encourage son équipe, on siffle l’hymne des adversaires, on insulte les dirigeants marocains en des termes impubliables... Pas toujours brillant, mais traditionnel. L’affaire bascule lorsque Hajji marque le second but marocain. La majorité des Algériens quittent alors le stade, complètement dégoûtés, alors qu’une minorité arrache les sièges pour les lancer à la figure des CMI tunisiens, présents en masse en bas des tribunes. La riposte des Tunisiens est aussi brutale que leur passivité avait été totale. Ils chargent en masse tous les supporters sans distinction, matraquent tout le monde en visant les têtes, et finissent par organiser une sorte de chasse à l’Algérien à travers la ville, aidés par la population de Sfax, toute heureuse de tenir sa revanche.
Les Algériens décampent, ils regagnent la frontière ventre à terre, alors que la rumeur enfle : il y aurait des morts, des disparus… Le lendemain, la presse algérienne parle de traquenard, de piège et de ratonnade. Du côté tunisien, la presse - entièrement contrôlée - minimise les incidents et évoque à peine "quelques débordements commis par des supporters issus du peuple algérien frère" (sic). Chauvinisme d’un côté, désinformation de l’autre. C’est que la Tunisie tient à son image de pays candidat à l’organisation de la Coupe du monde 2010. En Algérie, l’affaire prend des dimensions nationales : le consulat tunisien de Tébessa (la ville algérienne la plus proche de la Tunisie) est assiégé… Et au vu de la rancœur algérienne, nous n’en sommes qu’au début !
Dans cette triste affaire entre voisins, nous avons pu découvrir l’image que chacun avait de l’autre. En gros, le Tunisien voit l’Algérien comme un barbare belliqueux et systématiquement révolté contre toute forme d’autorité. Pour l’Algérien, le Tunisien est une mauviette servile qui a peur de s’exprimer : "Vos femmes vous mènent par le bout du nez, alors vous vous défoulez sur nous !", a lancé un officiel de la délégation. Quant au Marocain, il a eu, pour une fois, le beau rôle : vainqueur sur le terrain et
irréprochable dans les
tribunes.

Plus de 15.000 spectateurs
amassés face au grand écran LG
Vu d'ici : Finale à la casablancaise

"Ils n'auraient jamais dû déplacer cet écran. Ça nous a porté la poisse", concluait-on le sourire aux lèvres. L'écran en question, c'est celui qu'une société d'électroménager avait initialement installé sur la place du Nevada, avant de décider de son transfert vers la Casablancaise la veille de la finale, par mesure de sécurité, a-t-on dit. Si les supporters se rabattent sur la superstition, c'est que pour une fois ils n'avaient aucun reproche à faire à
leurs représentants du ballon rond. Les seules protestations que l'on susurrait ou criait, une fois cette fièvre passée, étaient adressées à l'arbitre qui s'était permis - quel culot ! - de donner le coup de sifflet final au moment même où le onze national s'apprêtait à tirer un dernier corner. "On aurait pu égaliser avec ça. C'est tout de même ce qui s'était passé avec l'Algérie. C'est trop injuste !". Bref, on ne va quand même pas pleurer cette demi-défaite éternellement. Mis à part une demi- douzaine de pertes de connaissance - de supporters femmes -, une petite critique affectueuse à Fouhami du genre : "Non, mais où est-ce que tu avais la tête 'asahbi' !" et puis une dernière doléance à l'adresse de Naybet : "Allah ya weld M'barka, khwiti bina (fils de M’barka, tu nous laissé tombé)", l'ambiance n'était pas moins festive qu'au début du match. L'euphorie du mercredi dernier était toujours là. Et puis tous les mythes sur la violence, la sauvagerie et le penchant hollyganien des Marocains se sont effondrés. Plus "civilisés" que jamais - si on omet les sacs et bouteilles en plastique parsemés sur le sol… il ne faut par trop en demander -, on a fait le choix de fêter la résurrection du football marocain. La Casablancaise - qui s'était métamorphosée le temps de la rencontre en une fourmilière rouge et unisexe - a vite été confiée au service sanitaire de la commune et les supporters se sont empressés de scander les légendaires slogans de chez nous et militer pour une deuxième statue à l’intention du plus grand des coachs - après celle que lui avait érigée le Real de Majorque.
Les priorités sont dorénavant claires : une revanche à prendre, une équipe à aimer, un coach à aduler, une malchance à déplorer et une confiance en soi retrouvée. Si ce n'était cette poisse…

Chadwane Bensalmia

 
 
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