| Depuis laccession de Mohamed Elyazghi à la direction de lUSFP, le 28 novembre 2003, il y a eu un espoir, une fausse piste et une mauvaise surprise. Lespoir a été nourri par la plate-forme concoctée par le bureau politique du parti, dans laquelle un appel au rassemblement de la gauche a été, pour la première fois, exprimé solennellement. Lappel réitéré, à loccasion de rencontres informelles et de déclarations officielles, nexcluait ni nouveaux ni anciens dissidents. Entre temps, ce même USFP a, dans les faits, cherché davantage à ressusciter une alliance quasiment obsolète, la Koutla, qui réunit, outre le PPS (autre parti socialiste au gouvernement), le PI (franchement |
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| conservateur). LOADP, nétant plus quun vague souvenir dissout dans la GSU, lUSFP cherche à reconquérir la nouvelle formation, plus pour larrimer de nouveau à la structure fossile de la Koutla. Cétait visiblement une fausse piste, parce quentre temps, ce dernier sest engagé de manière moins prosaïque et plus ferme avec les dissidents de lUSFP (PADS, CNI et FD) ainsi que le descendant dIlal Amam (Annahj). Ce quil est dorénavant convenu dappeler le G5 a ainsi fait un choix net. Il na pas daigné se mettre sous laile de lUSFP et a préféré voler de ses propres ailes (lire p 13). Cela a constitué une mauvaise surprise pour lUSFP. Quoique, il fallait sy attendre, estiment les observateurs. Pourquoi ? Parce quà force de côtoyer un pouvoir en mal de démocratie, le parti dElyazghi a perdu une part de son identité de gauche, sans se débarrasser pour autant de son paternalisme. Devient-il plus conservateur ? Renonce-t-il au combat démocratique ou le mène-t-il à son rythme de lintérieur, avec toutes les contraintes que cela suppose ? |

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Membre dirigeant de Fidélité à la démocratie
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"La direction actuelle na pas réussi après 15 ans à faire avancer des réformes de gauche"
Le fait que vous nayez pas daigné répondre à lappel de rassemblement de la gauche fait par lUSFP veut-il dire que vous ne considérez plus ce parti comme faisant partie de la famille de gauche ?
Cet appel, cest un peu le prix quil a fallu payer pour lexamen de passage dElyazghi. Il a fallu donner des gages par ci, rassurer des militants par là. Mais sur le fond, quest-ce quon peut attendre de promesses venant dun parti où rien na changé, sauf une personne (Youssoufi) ? Les mêmes réflexes persistent, les mêmes archaïsmes aussi. Si cette direction na pas réussi depuis 15 ans à faire des réformes, comment croire quelle pourrait les faire du jour au lendemain. Pour que leur appel soit crédible, il aurait fallu quils fassent leur autocritique, quils reconnaissent leur responsabilité dans la débâcle du parti. Il aurait fallu quils
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commencent par appliquer, ce pour quoi nous avons quitté le parti, la démocratie interne, et ce quils ont décidé dans leur congrès, en matière de reconnaissance de courants et de pluralité.
Au-delà des questions organisationnelles, considérez-vous que cest lexpérience gouvernementale qui a fait perdre à lUSFP son identité de gauche ?
Outre toute polémique, cest quoi être de gauche aujourdhui au Maroc ? Cest dabord être défenseur de valeurs dhumanisme, de droits de lhomme, de modernité et déthique. Cest ensuite avoir une politique qui vise linstallation de lÉtat de droit, qui consacre la séparation des pouvoirs et qui permette au pouvoir exécutif dexercer pleinement ses prérogatives devant les élus. Cest enfin avoir une politique économique et sociale qui ne cherche pas seulement à réaliser la croissance, mais à redistribuer les fruits de cette croissance. Alors, est-ce que les gouvernements, où se trouve lUSFP - soit comme tête de file, soit comme simple membre - ont agi un tant soit peu dans ce sens ? Ny a-t-il pas au contraire régression en matière de droits humains ? Ny a-t-il pas un plus grand déséquilibre institutionnel ? Le pouvoir royal est en train de phagocyter les autres pouvoirs. Et la politique menée est, on ne peut plus libéralo-libérale. Alors, soit lUSFP est un parti de gauche et alors les mots nont plus de sens. Soit il nest plus un parti de gauche.
En le déclarant hors champ de la gauche, essayez-vous à travers le G5 de remplir le vide quil laisse derrière ?
Cest évident que le désastre de lUSFP nous touche tous. Mais à quelque chose malheur est bon. Peut-être bien que dans la situation antérieure, il sagissait dun parti de gauche peuplé dhommes et de femmes de droite. Je parle là de lélite dirigeante. En désertant la gauche, lUSFP clarifie les choses. Cela nous donne une chance historique pour nous unir et uvrer, à partir dune logique de rassemblement, pour préparer un programme alternatif crédible à gauche, qui ne soit ni une pâle copie des partis social-démocrates européens, ni une résurgence de gauchisme suranné.
Pour le moment, vous êtes en mal de représentativité. Allez-vous puiser dans la base de lUSFP pour renforcer votre présence ?
Soyons clairs. Si les directions ont trahi, les militants sont là. Mais je ne crois pas que les militants de lUSFP soient à la merci dune récupération ou dun ballottage. Non. Le peuple de gauche existe. Personne ne sait ce quil représente, parce quil ny a pas encore eu des élections réellement transparentes. Pour redonner à cette population confiance en un parti de gauche, il va falloir faire un travail de proximité et éviter les erreurs passées. |

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Président du groupe parlementaire USFP
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"Nous uvrons de lintérieur pour établir un nouveau rapport de forces avec le Palais"
Le G5 sapprête à occuper un pan vide de la gauche. Il ne répond pas présent à lappel de lUSFP comme chef de file. Faut-il comprendre que votre parti est plus à droite quà gauche ?
Non. La gauche nest pas incarnée, dans notre pays, par ces mouvances réunies. Ils nen sont quune partie infime. Nous avons des liens avec les partis socialistes (PPS, PSD). Et même le GSU qui prend part à cette coalition tient non seulement toujours à la Koutla mais a exprimé à notre Bureau politique sa volonté de coordonner avec lUSFP.
Votre manque de fermeté et surtout votre assujettisement à un programme préétabli sans vision sociale claire, ne vous
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déclasse-t-il pas de la gauche comme famille desprit ?
Pour être fort, il ne suffit pas davoir des positions fortes mais davoir des positions mesurées et de savoir les faire avancer. Mis à part les médias et les droits de lhomme, plus la marge démocratique sélargit, plus il y a de risques à avoir des positions radicales. Or, la gauche nest pas déterminée par la radicalité. LUSFP est très conscient du poids quil porte comme premier parti, issu des premières élections législatives transparentes. Il est conscient des contraintes dun monde unipolaire où la question de la sécurité devient primordiale, la défense de lintégrité territoriale un rempart (voyez ce qui se passe au Moyen-Orient) et lévolution des droits humains une nécessité.
Cela ne fait-il pas de vous un parti de gouvernement, qui perd son identité ?
Pas du tout. Pour nous les actes comptent plus que les paroles. Quont fait les autres partis de "gauche" pour bousculer les choses ? Ils parlent de séparation de pouvoir dans des interviews. Mais nous, nous uvrons de lintérieur pour établir un nouveau rapport de forces. Leurs surenchères de salons nont pas forcément déchos dans les institutions. Et puis, comment prétendre que nous perdons notre identité de gauche lorsque nous sommes les seuls à livrer bataille aux obscurantistes. Or, parmi ces autres mouvances, il y en a qui les ménagent sous prétexte de ne pas jouer le jeu des sécuritaires. Sur la question de lintégrité territoriale, il y en a qui protégent un citoyen qui se met hors de la nation sur la question du Sahara, au nom du respect de la liberté dexpression. LUSFP mène une bataille de gauche mais reste consciente des rapports de force qui la bordent.
Le fait que ces partis ne répondent pas présents à lappel de lUSFP comme chef de file de la gauche ne vous incite-t-il pas à revoir vos cartes ?
Notre ambition de rassembler la gauche est intacte. La plate-forme du 28 novembre le dit clairement et nous y travaillons. Nous sommes conscients que sans une gauche unie, les défis dunité nationale, de modernité et de démocratisation ne peuvent être relevés. Le PPS, le PSD et le GSU ont émis des signaux positifs. Et même quand dautres mouvances, petites mais utiles, ont réagi négativement, nous navons pas fermé la porte. Leur erreur est quils pensent, depuis 1972, devoir détruire la base de lUSFP pour sen construire une.
Le paternalisme de lUSFP ne laliène-t-il pas davantage ?
Nous sommes ouverts à toute forme de collaboration ou de méthode de travail. Mais nous ne voulons pas nous embarquer dans des discussions byzantines. Nous cherchons à agir ensemble sur les dossiers de la jeunesse, de la femme, de luniversité, du syndicalisme. Or, je suis surpris de voir quune partie de cette "gauche" na pas de relais ni délite pour lui donner une présence populaire. Vous parlez de paternalisme. Je pense que, partout, les alliances se font autour dun pôle central. Mais cela ne sert pas uniquement le centre. |