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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Cinéma : Casa-Beyrouth sur grand écran

Le cinéma Katorza, l'un des plus anciens de France, qui a accueilli
le festival du cinéma arabe
Nantes a accueilli du 4 au 8 février la sixième édition de sa semaine du cinéma arabe. TelQuel était présent à ce festival où, cette année, Maroc et Liban étaient à l’honneur. Par Maria Daïf


Quelle idée d’aller jusqu’à Nantes pour voir des films marocains et rencontrer leurs réalisateurs ! Peut-être. Mais penser cela, c’est oublier tout l’intérêt que peut avoir la rencontre de ces mêmes réalisateurs avec un public qui ne les connaît pas et qui découvre, pour la première fois, leurs films. Quand, en plus, ces mêmes films sont programmés dans le cadre d’un festival où le film marocain est à l’honneur, et que ce même festival s’est donné comme objectif depuis six ans déjà, de rendre hommage au cinéma arabe… Il fallait y être, histoire d’aller prospecter comment le film arabe est perçu là-bas, comment le public, d’abord français, réagit à la projection de Cheval de vent de Daoud Oulad Syad, de Mona Saber de Abdelhay Laraki, de Mille mois de Faouzi Bensaïdi, des Yeux secs de Narjiss Nejjar, des courts-métrages de Noureddine Lakhmari, celui de Hicham Falah et Mohamed Cherif Tribek (Balcon Atlantico) et du documentaire Ouarzazate movie, réalisé par Ali Essafi.
Thème de la sixième édition du festival du cinéma arabe : "Casa-Beyrouth". Comprenez, le Maroc n’était pas seul à
représenter le cinéma arabe, et à côté des affiches des productions marocaines, d’autres affiches, libanaises celles-ci, de Terra Incognita (Ghassan Salhab) ou de Cerf-volant de Randa Chahal Sabbag : "Deux cinémas, nous dira l’un des organisateurs, qui se distinguent depuis quelques années déjà par leur dynamisme, leur fraîcheur et leur qualité".

Petit festival deviendra grand
Nantes est une ville qui bouge. L’une des villes françaises qui accueille le plus d’événements culturels : festivals de musique, de théâtre, et de cinéma en tous genres. C’est d’ailleurs Nantes qui accueille depuis 25 ans le fameux Festival des trois continents. Festival discret sur la carte des festivals internationaux, dont le dessein a toujours été de mettre en valeur ce cinéma absent des salles : africain, asiatique et européen. Depuis six ans, le festival du cinéma arabe est venu emboîter le pas à son aîné. Foncièrement différent. D’abord, financièrement : "Par manque de moyens, cette édition a failli être annulée", avoue François Clément, l’un des organisateurs du festival du cinéma arabe. Et puis, celui-ci, c’est une université qui l’organise, comme elle organise d’ailleurs le festival du cinéma italien ou russe : "Pour montrer un autre cinéma à ces jeunes, qui ne jurent plus que par Hollywood et le cinéma américain".
Six éditions, ce n’est pas rien. Y sont passées des productions égyptiennes, palestiniennes (4e édition), algériennes, tunisiennes (3e édition) et marocaines (3e, 4e, et 6e édition). Pourtant, le festival se fait sans bruit, discrètement. Sans paillettes, sans people et sans "m’as-tu vu". Et puis, tout le monde s’en passe, volontiers. À Nantes, il est question de cinéphilie et non de mondanités. Le choix de la salle où sont programmés les films n’est d’ailleurs pas fortuit : le Katorza, l’une des plus anciennes de France, est une salle qui passe, en dehors du festival, des films d’art et d’essai. Des films, dont l’UGC d’à côté ne veut pas. La force de ce festival, au-delà de la qualité de sa programmation ? Les débats qu’il enclenche, entre réalisateurs et public. Très intéressant !

Des débats qui en disent long…
Randa Chahal Sabbag croyait être à Nantes pour présenter son film Cerf-volant. C’est ce qu’elle a fait, bien entendu, en plus d’avoir surtout eu à expliquer la vie sous l’occupation. Ce petit bout de femme en colère, qui a fait un film - triste - sur les conséquences de l’occupation israélienne du sud du Liban et sur la vie d’une jeune fille, a donné du fil à retordre au public nantais et aux Libanais de Nantes. Militante jusqu’au bout des doigts, elle répondra à un public au vocabulaire frileux dès qu’il s’agit de guerre et de Proche-Orient : "Les nazis en France, les Américains en Irak et les Israéliens hier au Liban, aujourd’hui en Palestine, c’est du pareil au même… les mariages forcés, même si cela déplaît aux Libanais qui sont dans la salle, existent encore au Liban". Bref, tout cela pour dire que plus que le film et son histoire, la Palestine, le voile, la condition des femmes dans les pays musulmans étaient au cœur du débat. Comme d’ailleurs cela a été le cas pour le film de Abdelhay Laraki, Mona Saber, qui a dû, un peu malgré lui, expliquer les années de plomb, le règne de Hassan II et la situation actuelle du Maroc. François Clément commente : "C’est ce que l’on essaye d’expliquer à chaque édition au public : faites la différence entre la fiction et le documentaire". Idem pour Les yeux secs de Narjiss Nejjar : c’est la prostitution au Maroc - et la Moudawana - qui semblaient intéresser le public présent : "Vous savez, j’ai été au Maroc à plusieurs reprises. Si je viens voir ces films, c’est surtout pour mieux connaître ce pays et découvrir certaines de ses facettes que je n’aurais jamais pu découvrir en étant une simple touriste. C’est pour cela que je viens voir Ouarzazate movie, pour voir des choses que je n’ai pas vues à Ouarzazate en étant dans mon hôtel", commente cette Nantaise. Tout est dit. François Clément continue : "Nous avons trois types de public : nos étudiants à la fac qu’on encourage à venir voir un autre cinéma, nos habitués qui sont de vrais cinéphiles et puis il y a ceux qui viennent pour l’exotisme de la chose". À qui la faute ?

Une vitrine sur les sociétés arabes
Indéniablement, le cinéma arabe porte en lui les plaies du monde arabe. À la fin du festival, une seule chose était sûre : si le public s’intéresse plus aux pays d’origine d’un film - ici le Liban et le Maroc - qu’au film lui-même, c’est "la faute" aux réalisateurs. Randa Chahal Sabbag explique : "C’est tout à fait normal que l’on fasse des films sur nos sociétés, sur le groupe auquel on appartient. On ne le sait que trop bien, la notion d’individu n’existe pas encore dans le monde arabe. Par conséquent, les réalisateurs ont encore du mal à raconter des histoires d’individus". Retour sur les films projetés à Nantes : Mille mois, de Faouzi Bensaïdi, raconte d’abord l’histoire d’un petit garçon dont le père est détenu politique ; Mona Saber montre un sit-in devant le commissariat de Derb Moulay Chérif ; le courts-métrage de Danielle Arbid, Seule avec la guerre, est un documentaire sur les séquelles de la guerre civile au Liban ; Ouarzazate movie montre l’exploitation des figurants à Ouarzazate ; Les yeux secs de Narjiss Nejjar, on ne le sait que trop bien, dénonce le silence autour de la prostitution dans le Moyen-Atlas. Point d’histoire d’amour ici, ni de comédie, ni de film d’action : "Depuis six ans que nous organisons cet événement, c’est le même constat. Les réalisateurs du monde arabe se font les porte-paroles des malheurs de leurs pays. Du coup, on retrouve tout dans leurs films : le chômage, la pauvreté, la corruption… Ceci dit, il y a aujourd’hui une nouvelle génération de cinéastes qui se détache des problèmes de leurs sociétés. Ce qui ne peut être qu’une bonne chose et c’est dans ce sens que je suis content cette année de montrer les courts-métrages de Noureddine Lakhmari et du Libanais Akram Zaâtari, qui accordent beaucoup plus d’importance à la forme et qui sont plus universels", se réjouit François Clément. Émergence donc d’un nouveau cinéma arabe ? Le public nantais le saura. L’année prochaine.





C'est non sans une lueur de fierté dans les yeux que les Marocains de Nantes sont venus assister aux projections des films de leurs compatriotes - ratant quand même Ouarzazate movie et Balcon Atlantico pour raison de match Maroc/Algérie. Des jeunes Marocains, enseignants à la fac et informaticiens pour la plupart, qui sont venus chercher au Katorza des nouvelles de leur pays : "On rentre au Maroc en été et pendant cette période, il y a très peu de films qui sortent en salles. Comprenez qu’on saisisse cette occasion, qui en plus nous permet de rencontrer les réalisateurs et de discuter avec eux". Particularité de ce public : tous ravis de voir des films marocains, ils ont en revanche du mal à accepter que les travers de leurs sociétés d’origine soient ainsi montrés à l’écran : "Nous, on sait que la misère, les années de plomb, la prostitution existent dans notre pays. Mais on sait qu’il y a des choses positives au Maroc, ce que le public français ne sait pas". Bref, leur peur est que ces films donnent une mauvaise image de leur pays. Autre particularité du public marocain de Nantes : il ne s’est déplacé que pour les films marocains… comme se sont déplacés les Libanais uniquement pour les films libanais. Qui a parlé de chauvinisme ?

 
 
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