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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Dons, médiathèques, écoles rurales : Quand les ministres pensent à la lecture

De gauche à droite, Mohamed
Achaari & Mohamed El Gahs
Le livre a-t-il une vie hors du salon du livre ? Lorsque vous posez la question aux libraires et éditeurs, le ton dominant est sceptique, voire pessimiste. Est-ce une crise de lecteurs ou une pénurie de livres qui donnent envie de lire ? La question revient incessamment. Le gouvernement a fait son choix. Au lieu d’aider les professionnels à produire des livres de meilleure qualité et à des prix encore plus abordables, il a choisi d’agir sur les lecteurs potentiels et les inciter à manipuler le livre pour en devenir plus tard des inconditionnels. Comment ? Commençons par le ministère de la Culture. Ce département a eu accès, grâce à un partenariat avec l’ambassade de France, à un fonds de 9 millions d’euros devant être alloué à l’encouragement de la lecture publique. Après avoir longtemps traîné dans les tiroirs, "à cause de la nonchalance des
fonctionnaires", note un responsable français, le projet devra donner lieu dans 3 ans à 10 médiathèques (à Larache, Taza, Fès, Meknés, Salé, El Jadida, Khouribga, Beni Mellal, Ouarzazate et Tiznit) et 100 autres salles de lecture dans des zones rurales. À la lecture de la dernière lettre de protestation d’Ahmed Bouzfour, vous vous demandez pourquoi aller chercher des zones oubliées et ne pas équiper en priorité les bibliothèques scolaires, vides et délabrées. "C’est une guerre de chapelles entre ministères marocains", croit-on comprendre d’un responsable français. "Non. Le but c’est de pousser les adultes à lire", précise Mounia Nejjar, directrice du livre au ministère de la Culture, mais il est question d’utiliser des écoles dans des zones rurales pour permettre l’accès au livre . Du côté du secrétariat d’État à la Jeunesse, le discours est autre. "Il faut sensibiliser les jeunes à la lecture en faisant des maisons de jeunes des lieux de fréquentation et de rencontres", explique Mohamed El Gahs, en marge de l’opération "Le temps du livre". Mais n’y a-t-il pas un risque de déprécier le livre en invitant les gens à en faire don, en vrac, et gratuitement ? "Non, répond-il, le but est d’abord de briser le cercle vicieux, négatif, qui s’est installé". Peu importe les moyens ? La finalité, pour lui, est d’équiper les clubs de lecture et de former des gens pour encadrer. En faisant appel à des personnes qui se tournent les pouces depuis longtemps ? Visiblement oui. L’essentiel est de marquer les esprits par l’opération de charme. Cherche-t-on vraiment à former un esprit de lecteurs ? Difficile de le croire.


Recueil : L’écrivain et le journaliste

Mohamed Berrada est d’abord un critique doublé d'un romancier. Sur le premier registre, il fait figure d’autorité littéraire et sur le second, il a développé un savoir-faire de ciseleur de mots. Mais l’autre facette de cet écrivain - l’un des rares traduits en français - est celle du nouvelliste. Vingt cinq ans après la parution de son premier recueil, Écorchure de peau, voilà qu’il récidive en réunissant des textes qu’il a écrits, par intermittence, comme pour capter un moment, une réflexion ou une sensation qui se saisit de lui. Le dernier de ces écrits, L’écrivain et le préposé, est un dialogue, doublé de monologues intérieurs, révélant le dit et le non-dit dans l’entretien d’un écrivain avec un journaliste. Tout y est, l’ego de l’auteur qui cherche à être mis en valeur, la pertinence de l’interviewer qui met à mal son vis-à-vis, la susceptibilité de l’écrivain qui refuse d’étaler ses complexes comme s’il était sur un divan, les réticences du journaliste devant l’écrivain qui décide de s’arrêter, etc.

Widadiyat Al Hams Wallams, Mohamed Berrada (Allusions et clins d’œil) ; éd. Le Fennec



Parution : El Hajoui, un réformiste marocain

Lorsque la renaissance arabe est évoquée, les penseurs salafistes du début du siècle dernier sont quasi exclusivement égyptiens (Mohamed Abdou en est le plus illustre). Au Maroc, outre Allal El Fassi et Mokhtar Soussi, Mohamed El Hajoui fait partie de ces réformistes qui n’ont pas eu suffisamment de visibilité, en partie à cause de son statut trouble de alem et haut fonctionnaire sous le protectorat. Dans cette étude historique très documentée, Assia Benadada replace cet homme dans son contexte et relativise ses positions vis-à-vis de l’occupant français, en en déterminant les fluctuations, allant de la peur à la demande des réformes, en passant par l’émerveillement. Au passage, elle rappelle son ouverture sur le monde extérieur, par le voyage, son rejet de la laïcité à la Ataturk, puis son plaidoyer pour un État ordonné et une société émancipée. Le tout permet de découvrir un écrivain porté sur des questions de modernité à partir d’un socle culturel stable (réforme de l’école et d’Al Qaraouiyine, conciliation entre religion et raison, nécessité de la traduction pour enraciner les concepts importés…). Un réformiste est enfin réhabilité.

La pensée réformiste sous le protectorat, Assia Benadada (M.Ibn Hassan El Hajoui) ; éd. Le centre culturel arabe

 
 
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