Films, musique
: Veut-on vraiment combattre les les pirates ?
Une Commission nationale de lutte contre le piratage sera instaurée. Son décret de création est fin prêt. Au même moment, les produits et les uvres piratées se vendent au grand jour. Pourquoi ? Une commission, est-ce la solution ?Par Adil Hmaïty
Dire que le piratage prend une allure industrielle est un euphémisme. Fait nouveau, les pirates ont dépassé le cadre de la simple duplication pour entrer dans une phase de création. À Derb Ghallef, le marché aux puces du centre de Casablanca, La fureur de vaincre, version dialecte marocain fidèle (Dine Mouk, Oueld, etc.), de Bruce Lee sarrache. Idem pour lindien Chachi Kapour qui chante du chaâbi. Aucune estimation na été faite du chiffre daffaires réalisé par ces produits piratés. "La raison est simple. Les pertes touchent plusieurs secteurs dactivité relevant de différents départements. Sans aucune forme de coordination, il est difficile de quantifier les dégâts", explique |
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Abdellah Ouedghiri, le directeur général du Bureau marocain des droits dauteurs (BMDA). Les organismes chargés de la lutte se font aussi rares. Le BMDA existe bien depuis plusieurs années, mais il na commencé à traiter le phénomène que depuis lannée 2000, après la publication de la nouvelle loi sur la protection des uvres littéraires et artistiques. "Récente", son action est difficile à quantifier. En tout cas, les pertes sont "énormes".
À côté de la musique et du cinéma, le secteur de lédition informatique est parmi les plus sinistrés. La Business software alliance (BSA) a pris à charge de le défendre. Dans une étude récente, lassociation estimait que près dun logiciel vendu sur deux était piraté. Ce taux a considérablement chuté depuis 1995, année à laquelle on estimait les ventes illégales à 80 % du marché. Le manque à gagner est évalué, toujours par la même étude, à 60 millions de dirhams. Chaque année, lors des bilans sectoriels, des chiffres prémonitoires, comme ceux-là, sont donnés par les opérateurs du secteur. Et pourtant, laction va à lencontre des discours.
Les moyens existent
Dun point de vue légal, le Maroc a ficelé son dispositif de lutte contre le piratage en deux temps. En 2000, la loi n° 2-00 relative aux droits d'auteur et droits voisins concentrait toutes les conventions internationales en la matière. Le texte établit un modèle de contrat dédition (articles 44 et suivants) pour les artistes, étend la protection de luvre durant toute leur vie et 50 ans après leur mort (article 23) et sanctionne pénalement les actes de piratage. Des amendes lourdes peuvent être prononcées, ainsi que la prison.
La deuxième loi est parue durant le deuxième semestre 2003. Elle donne une définition large de la cybercriminalité et par voie dextension réprime toute reproduction de logiciels. Là encore, les peines cumulent lamende et la prison. Mais quen est-il de lapplication de ces lois ?
"Les textes sont récents et ont besoin dêtre assimilés par tous les intervenants", se défend Ouedghiri. Comment ? "Grâce à la nouvelle commission permanente interministérielle du contrôle des enregistrements phonographiques et audiovisuels et de lutte contre le piratage et la contrefaçon". En fait, la Commission tente de remédier au problème de coordination de la lutte posé plus haut. Elle implique 15 autorités (douanes, police, justice, commerce et industrie, BMDA, CCM
), comme lexplique larticle 4 du projet de décret portant sa création. La grande nouveauté de ce décret sera certainement le fait quil instaure pour la première fois une procédure de lutte contre le piratage. Des saisies, des ramassages et des destructions spectaculaires devraient intervenir. En fait, "lun des gros péchés de la loi de 2000 est davoir embelli la lutte. A titre dexemple, le BMDA na pas été autorisé à procéder aux saisies lui-même, comme cest le cas dans dautres législations", analyse ce spécialiste des droits dauteurs. Faute de moyens et deffectifs, les procès se font rares et servent plus à donner lexemple.
La répression en stand by
Dans le secteur de lédition informatique, la situation est différente. Les professionnels réunis au sein de la BSA ont commencé à mener la prévention et la lutte avant même la parution de la loi. Les bilans annuels des actions entreprises font lobjet dune large diffusion. Mais ils sont loin de refléter lampleur du phénomène, du moins tel que décrit par les professionnels. Microsoft, le géant mondial, dont le système dexploitation équipe 90% des machines vendues dans le monde, na totalisé durant lannée 2003 que 15 litiges, dont 4 ont été réglés de manière "conventionnelle". "Si le phénomène est aussi important, pourquoi les sociétés lésées ne portent pas plainte ?", sinterroge le patron du service de lutte contre la cybercriminalité à la DGSN, également chargé de la répression du piratage sous toutes ses formes. Créé en septembre 2001, ce service centralise toutes les affaires de ce type au niveau national. Vu le nombre réduit de plaintes, et en attendant que des actions de formation soient entreprises, des enquêteurs sont détachés dans les régions pour piloter les dossiers à la justice. Notre source de la DGSN admet que les produits piratés crèvent les yeux dans les étalages des marchés aux puces, mais assurent que "la police ne saurait agir en labsence de plainte ou dune requête du procureur". Lenquête spontanée est possible "sur information concernant un réseau de pirates à grande échelle et après autorisation du Parquet. Cest ainsi que nous traitons les requêtes internationales dInterpol, qui sont relativement plus nombreuses. Pourquoi en serait-il autrement concernant le Maroc ?", sindigne la même source. Sagissant du ramassage des produits illicites et de larrestation des revendeurs, "ce serait, pour rester dans la légalité, la mission statutaire des services de la douane". Mais que fait-on au juste à la DGSN ? En attendant les plaintes, on saffaire à lutter contre les formes de piratage en vogue, notamment sur Internet. Et là, selon le responsable, les formes de délits abondent "et donnent presque systématiquement lieu à des arrestations". Des hackers de base de données aux gamins qui se font livrer des achats de létranger, en piratant des codes de cartes de crédits, on trouverait de tout au Maroc. "La plupart péchent par trop de confiance ou par ignorance, mais nous avons traité aussi des cas de hackers professionnels et doués", avoue le haut gradé de la police. Là encore, la plupart des violations de la loi ne sont pas signalées par les entreprises, de peur de la mauvaise publicité qui accompagne un procès de justice. Les étalages de Derb Ghallef ne seraient, suivant cette version, que la partie apparente de liceberg. Lessentiel, on le tait. |
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Pirates : Attention razzias
La nouvelle Commission de lutte contre le piratage des uvres artistiques et littéraires recourra pour les saisies à une vielle méthode : les razzias des Mokhaznis. Le projet de décret instaure des sous-commissions régionales sous lautorité des walis et des gouverneurs et les charge de procéder au ramassage des produits piratés. Naturellement, le corps des forces auxiliaires est rattaché aux préfectures et provinces pour effectuer ce type dopérations de contrôle des marchés en tout genre. "Si on procède de la sorte, cest pour éviter une avalanche de procès contre les revendeurs de copies piratées. En revanche, lamont de la chaîne de falsification sera traité de manière plus sévère", explique Abdellah Ouedghiri, le patron du BMDA. |
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Sanctions : 2 poids, 2 mesures
Il arrive que les autorités de lutte contre le piratage agissent de manière sélective. Auquel cas, certains pays ont droit à moins de protection que dautres. Le cas de lEspagne revient comme une rengaine. "On sait que lEspagne a bâti tout un système de production à lattention du Maroc. La qualité de la marchandise à destination du royaume diffère de celle écoulée sur le marché espagnol, alors que lemballage et les indications sont les mêmes". À en croire des responsable des douanes, à défaut de pouvoir le prouver, les autorités marocaines se montrent moins regardantes dès quil sagit de protéger des produits issus de ce pays. |
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