Hajj, l'envers du décor : Regard indiscret sur le hajj
Années noires : Réparation financière contre réparation morale
CAN 2004 : Les lendemains d'une coupe
Après la CAN : Gouvernement, en attendant le sport
Société : Maroc-Algerie, un couple tapageur
Politique : L'homme qui a rêvé d'un Polisario marocain
Phénomène : Ces femmes en noir
Palestine : Arafat corrompu ?
Manar l'Anar
Économie
Problématique économique
N° 115
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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CAN 2004 : Les lendemains d'une coupe

Retour sur un soir de défaite, dans les vestiaires de l’équipe nationale à Tunis, en compagnie des joueurs. Des joueurs qui avaient besoin de parler, tout simplement. Par Réda Allali, envoyé spécial à Tunis.


Après la défaite en finale, les joueurs ont regagné en vitesse leur hôtel de Gammarth, refusant de s’attarder dans les vestiaires. Une fois sur place, et après la douche, ils sont redescendus dans le hall où ils ont reçu toute une colonie de supporters, venue apporter leur soutien un soir de défaite. Alors
qu’on aurait pu croire que cette présence massive allait les déranger, ils ont au contraire été très disponibles et particulièrement volubiles.
Le plus remonté contre l’arbitrage ? Moha Yaâcoubi, qui a été très choqué de voir qu’en seconde mi-temps, le Sénégalais a systématiquement penché du côté des Tunisiens, et qu’il n’a même pas averti les joueurs locaux qui se roulaient par terre au moindre contact : "Je n’ai qu’une seule envie, rejouer contre la Tunisie pour prendre notre revanche : demain !".
Le plus inconsolable ? Khalid Fouhami, qui s’en voulait à mort après la bourde. Il n’a pas fui ses responsabilités, il ne s’est pas enfermé dans sa chambre, il a juste expliqué à tout le monde qu’il avait fait une erreur terrible, inexplicable. Digne…
La phrase qui revenait le plus ? "Quand on voit nos supporters ici, comment ils nous soutiennent, on se dit que si on avait gagné, ça aurait été terrible ! On aurait voulu gagner pour eux, et aussi pour Noureddine Naybet".
Le plus photographié ? Jawad Zairi, dont le physique n’a pas laissé nos supportrices indifférentes. Il n’a pas décollé du hall, enchaînant les photos comme une jeune mariée.
Le plus lucide ? Naybet qui a expliqué que "public ou pas public, une finale se joue sur le terrain. J’ai gagné la finale de la Coupe du roi 2002 à Madrid contre le Real, qui organisait son centenaire. Alors je peux vous dire que leurs supporters, ils la voulaient, la coupe. Ils n’étaient pas près à attendre cent ans pour refaire une fête pareille. Pourtant, on a gagné, sur le terrain…".
L’objet le plus convoité ? Un maillot vert, tout simplement. Problème, les joueurs avaient déjà tout distribué depuis longtemps, ou alors promis la précieuse étoffe à leur famille.

Les leçons de la CAN


Un groupe avant tout
Tout le public a enfin pu toucher du doigt une réalité que les journalistes ont parfois du mal à retranscrire : une équipe, ce n’est pas 11 (ou 22) joueurs, c’est un groupe. En plus des joueurs, il faut arriver à créer un esprit, une solidarité, quelque chose de fort qui donne envie aux joueurs de se surpasser. C’est, bien sûr, la responsabilité du staff et de certains leaders de la sélection. Absent au Mali, cet esprit était présent en Tunisie, où on a pu voir combien les joueurs étaient heureux d’évoluer ensemble. Preuve en est ce festival de danses en tout genre qui accompagnaient nos buts. La star de l’équipe, ce n’est pas Zairi ou Hadji, c’est l’équipe… Il faut donc bien comprendre une fois pour toutes que la constitution d’un groupe cohérent est au moins aussi importante que la sélection des meilleurs joueurs à chaque poste. C’est la conception de Zaki.

L’importance de la préparation physique
Le Maroc n’a jamais faibli au niveau physique. La preuve éclatante a été donnée lors du match contre le Mali : alors que nos joueurs avaient une prolongation dans les jambes et un jour de moins de récupération que leurs adversaires, ils ont marqué quatre buts dont trois dans la dernière demi-heure. Il est donc temps de rendre hommage au travail de Aziz Milani, notre préparateur physique attitré. Cet ancien handballeur (10 ans en division 1) et footballeur (4 ans en division 2), pêcheur à ses heures perdues et chauve à temps plein est une véritable source de bonne humeur et d’efficacité professionnelle.

L’urgence de la formation
Les résultats de notre équipe sont en grande partie dûs au système de formation européen et francais, en particulier. Citons en vrac Moha (formé au FC Barcelone), Allioui (FC Lyon) Chamakh (Girondins de Bordeaux), Kharja (PSG), Zairi (FC Sochaux), Hadji et Ouaddou (AS Nancy) etc. Chez nous, aucun système de centres de formation n’est mis en place. Seul le Raja tente tant bien que mal de construire une telle structure - elle a produit Talal El Karkouri. Les freins à la formation sont connus : manque de financement, absence de reconnaissance financière pour les clubs formateurs qui ne peuvent pas se lier aux joueurs par contrats professionnels, etc. Il devient urgent de lever ces freins et suivre enfin l’exemple de l’athlétisme qui a su mettre en place un système qui assure à la fois la détection, l’encadrement et la formation des jeunes avec d’excellents résultats. Ça tombe bien, nous avons une excellente équipe olympique (moins de 23 ans), qui vient de décrocher une victoire lors d’un tournoi au Qatar ! À suivre…

Nous avons des supporters
C’est désormais clair, il n’y a que le football pour mettre un pays entier dans un tel état. La nouveauté, c’est qu’il y a toute une partie de ces fans prêts à suivre l’équipe jusqu’en Tunisie, ce qui ne s’était jamais vu en Coupe d’Afrique. La question est : pourquoi ces mêmes supporters désertent-ils notre championnat ? Parce qu’il est indigne, tout simplement. Il est grand temps que l’argent du football revienne au football (on pense aux recettes publicitaires de la télévision, en particulier) pour construire un championnat attractif. Seul un financement massif peut permettre aux clubs nationaux de se restructurer, de rénover leurs terrains, et de faire revenir les spectateurs qui ne se retrouvent aujourd’hui que dans leur équipe nationale.


Walid Regragui
Entretien Walid Regragui : "Profitons de l’enthousiasme pour bâtir du solide"

En Tunisie, il est apparu comme le chaînon essentiel entre l’ancienne et la nouvelle génération. Un futur leader, qui livre ses impressions.


Comment avez-vous vécu l’accueil des Marocains ?
C’est un truc de fou. On n’arrivait pas à y croire. Franchement, on s’attendait à ce qu’il y ait des gens à l’aéroport, c’est tout. Maintenant, il faut profiter de l’enthousiasme pour bâtir quelque chose de solide.

Ça passe par quoi ?
Par plus de professionnalisme, du côté de la fédération, du côté des clubs qui doivent se structurer enfin pour pouvoir accueillir correctement les jeunes. Il ne faut pas oublier la télévision qui devrait mettre plus de caméras sur les stades pour mettre en valeur le jeu, et enfin, les journalistes. Il faut qu’ils apprennent à expliquer aux lecteurs qu’on travaille sur le moyen terme. Quand je vois comment ils nous ont traités avant la CAN, ce n’est pas normal.

Vous avez été blessés par les critiques ?
De toute façon, il y a une partie des journalistes marocains qui font le même boulot depuis 30 ans. Quand on met une équipe avec des joueurs du GNF et qu’on perd, ils réclament des professionnels, et quand les professionnels perdent, ils disent qu’ils n’ont pas l’amour du maillot. C’est très facile…

Vous n’avez pas peur de choper la grosse tête ?
C’est pourquoi je passe mon temps à répéter aux joueurs : "Il ne faut pas s’enflammer, n’oubliez pas qu’on n’a rien gagné". Si on fait match nul contre le Botswana dans trois mois, tout va retomber.

Votre meilleur souvenir de la CAN ?
L’égalisation contre l’Algérie… c’était très fort.

Et le pire ?
Le coup de sifflet final contre la Tunisie. Le pire, c’est que j’ai été désigné pour le contrôle anti-dopage, et ça m’a pris trois heures pour remplir le flacon. Résultat, je ne suis pas rentré avec le groupe, on m’a accompagné en voiture privée jusqu’à l’hôtel, avec la tenue de l’équipe nationale. Je suis resté deux heures dans les embouteillages, avec les Tunisiens qui célébraient la victoire autour de moi. Ça fait mal, et en plus je n’ai pas pu parler aux autres joueurs…

Qu’est-ce que vous auriez voulu leur dire ?
Qu’il ne fallait pas être déçu, qu’on devait se servir de ça pour le futur. Qu’il fallait relever la tête et surtout rester solidaire avec Khalid Fouhami.
 
 
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