CAN 2004 : Les lendemains d'une coupe
Retour sur un soir de défaite, dans les vestiaires de léquipe nationale à Tunis, en compagnie des joueurs. Des joueurs qui avaient besoin de parler, tout simplement. Par Réda Allali, envoyé spécial à Tunis.
Après la défaite en finale, les joueurs ont regagné en vitesse leur hôtel de Gammarth, refusant de sattarder dans les vestiaires. Une fois sur place, et après la douche, ils sont redescendus dans le hall où ils ont reçu toute une colonie de supporters, venue apporter leur soutien un soir de défaite. Alors |
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quon aurait pu croire que cette présence massive allait les déranger, ils ont au contraire été très disponibles et particulièrement volubiles.
Le plus remonté contre larbitrage ? Moha Yaâcoubi, qui a été très choqué de voir quen seconde mi-temps, le Sénégalais a systématiquement penché du côté des Tunisiens, et quil na même pas averti les joueurs locaux qui se roulaient par terre au moindre contact : "Je nai quune seule envie, rejouer contre la Tunisie pour prendre notre revanche : demain !".
Le plus inconsolable ? Khalid Fouhami, qui sen voulait à mort après la bourde. Il na pas fui ses responsabilités, il ne sest pas enfermé dans sa chambre, il a juste expliqué à tout le monde quil avait fait une erreur terrible, inexplicable. Digne
La phrase qui revenait le plus ? "Quand on voit nos supporters ici, comment ils nous soutiennent, on se dit que si on avait gagné, ça aurait été terrible ! On aurait voulu gagner pour eux, et aussi pour Noureddine Naybet".
Le plus photographié ? Jawad Zairi, dont le physique na pas laissé nos supportrices indifférentes. Il na pas décollé du hall, enchaînant les photos comme une jeune mariée.
Le plus lucide ? Naybet qui a expliqué que "public ou pas public, une finale se joue sur le terrain. Jai gagné la finale de la Coupe du roi 2002 à Madrid contre le Real, qui organisait son centenaire. Alors je peux vous dire que leurs supporters, ils la voulaient, la coupe. Ils nétaient pas près à attendre cent ans pour refaire une fête pareille. Pourtant, on a gagné, sur le terrain
".
Lobjet le plus convoité ? Un maillot vert, tout simplement. Problème, les joueurs avaient déjà tout distribué depuis longtemps, ou alors promis la précieuse étoffe à leur famille.
Les leçons de la CAN
Un groupe avant tout
Tout le public a enfin pu toucher du doigt une réalité que les journalistes ont parfois du mal à retranscrire : une équipe, ce nest pas 11 (ou 22) joueurs, cest un groupe. En plus des joueurs, il faut arriver à créer un esprit, une solidarité, quelque chose de fort qui donne envie aux joueurs de se surpasser. Cest, bien sûr, la responsabilité du staff et de certains leaders de la sélection. Absent au Mali, cet esprit était présent en Tunisie, où on a pu voir combien les joueurs étaient heureux dévoluer ensemble. Preuve en est ce festival de danses en tout genre qui accompagnaient nos buts. La star de léquipe, ce nest pas Zairi ou Hadji, cest léquipe
Il faut donc bien comprendre une fois pour toutes que la constitution dun groupe cohérent est au moins aussi importante que la sélection des meilleurs joueurs à chaque poste. Cest la conception de Zaki.
Limportance de la préparation physique
Le Maroc na jamais faibli au niveau physique. La preuve éclatante a été donnée lors du match contre le Mali : alors que nos joueurs avaient une prolongation dans les jambes et un jour de moins de récupération que leurs adversaires, ils ont marqué quatre buts dont trois dans la dernière demi-heure. Il est donc temps de rendre hommage au travail de Aziz Milani, notre préparateur physique attitré. Cet ancien handballeur (10 ans en division 1) et footballeur (4 ans en division 2), pêcheur à ses heures perdues et chauve à temps plein est une véritable source de bonne humeur et defficacité professionnelle.
Lurgence de la formation
Les résultats de notre équipe sont en grande partie dûs au système de formation européen et francais, en particulier. Citons en vrac Moha (formé au FC Barcelone), Allioui (FC Lyon) Chamakh (Girondins de Bordeaux), Kharja (PSG), Zairi (FC Sochaux), Hadji et Ouaddou (AS Nancy) etc. Chez nous, aucun système de centres de formation nest mis en place. Seul le Raja tente tant bien que mal de construire une telle structure - elle a produit Talal El Karkouri. Les freins à la formation sont connus : manque de financement, absence de reconnaissance financière pour les clubs formateurs qui ne peuvent pas se lier aux joueurs par contrats professionnels, etc. Il devient urgent de lever ces freins et suivre enfin lexemple de lathlétisme qui a su mettre en place un système qui assure à la fois la détection, lencadrement et la formation des jeunes avec dexcellents résultats. Ça tombe bien, nous avons une excellente équipe olympique (moins de 23 ans), qui vient de décrocher une victoire lors dun tournoi au Qatar ! À suivre
Nous avons des supporters
Cest désormais clair, il ny a que le football pour mettre un pays entier dans un tel état. La nouveauté, cest quil y a toute une partie de ces fans prêts à suivre léquipe jusquen Tunisie, ce qui ne sétait jamais vu en Coupe dAfrique. La question est : pourquoi ces mêmes supporters désertent-ils notre championnat ? Parce quil est indigne, tout simplement. Il est grand temps que largent du football revienne au football (on pense aux recettes publicitaires de la télévision, en particulier) pour construire un championnat attractif. Seul un financement massif peut permettre aux clubs nationaux de se restructurer, de rénover leurs terrains, et de faire revenir les spectateurs qui ne se retrouvent aujourdhui que dans leur équipe nationale. |
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Entretien Walid Regragui : "Profitons de lenthousiasme pour bâtir du solide"
En Tunisie, il est apparu comme le chaînon essentiel entre lancienne et la nouvelle génération. Un futur leader, qui livre ses impressions.
Comment avez-vous vécu laccueil des Marocains ?
Cest un truc de fou. On narrivait pas à y croire. Franchement, on sattendait à ce quil y ait des gens à laéroport, cest tout. Maintenant, il faut profiter de lenthousiasme pour bâtir quelque chose de solide.
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Ça passe par quoi ?
Par plus de professionnalisme, du côté de la fédération, du côté des clubs qui doivent se structurer enfin pour pouvoir accueillir correctement les jeunes. Il ne faut pas oublier la télévision qui devrait mettre plus de caméras sur les stades pour mettre en valeur le jeu, et enfin, les journalistes. Il faut quils apprennent à expliquer aux lecteurs quon travaille sur le moyen terme. Quand je vois comment ils nous ont traités avant la CAN, ce nest pas normal.
Vous avez été blessés par les critiques ?
De toute façon, il y a une partie des journalistes marocains qui font le même boulot depuis 30 ans. Quand on met une équipe avec des joueurs du GNF et quon perd, ils réclament des professionnels, et quand les professionnels perdent, ils disent quils nont pas lamour du maillot. Cest très facile
Vous navez pas peur de choper la grosse tête ?
Cest pourquoi je passe mon temps à répéter aux joueurs : "Il ne faut pas senflammer, noubliez pas quon na rien gagné". Si on fait match nul contre le Botswana dans trois mois, tout va retomber.
Votre meilleur souvenir de la CAN ?
Légalisation contre lAlgérie
cétait très fort.
Et le pire ?
Le coup de sifflet final contre la Tunisie. Le pire, cest que jai été désigné pour le contrôle anti-dopage, et ça ma pris trois heures pour remplir le flacon. Résultat, je ne suis pas rentré avec le groupe, on ma accompagné en voiture privée jusquà lhôtel, avec la tenue de léquipe nationale. Je suis resté deux heures dans les embouteillages, avec les Tunisiens qui célébraient la victoire autour de moi. Ça fait mal, et en plus je nai pas pu parler aux autres joueurs
Quest-ce que vous auriez voulu leur dire ?
Quil ne fallait pas être déçu, quon devait se servir de ça pour le futur. Quil fallait relever la tête et surtout rester solidaire avec Khalid Fouhami. |
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