Après la CAN : Gouvernement, en attendant le sport
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Terrain de sports à Sidi Moumen.
"La formation coûte beaucoup
dargent. Cest un investissement
de longue haleine que beaucoup
de clubs conçoivent encore
comme un luxe"
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Quel sport veut-on ? Un sport de masse qui favorise lépanouissement de lindividu et réalise le bien-être social ? Ou un sport délite qui fabrique des stars servant limage du pays à létranger ? Au lendemain de la formidable aventure africaine des Lions, les grandes questions ressurgissent
comme en 1986. Par Driss Bennani
"L e sport est lopium du peuple". Adaptée au contexte daujourdhui, la formule ne ferait peut-être pas se retourner Marx dans sa tombe. Pendant plus dun mois (et ça continue), |
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le pays tout entier a vécu au rythme des exploits de sa jeune équipe lors de la CAN 2004. "Nous comprenons aujourdhui pourquoi lÉtat sest tant battu pour les droits de retransmission télévisée. Pendant un mois, il a eu la paix. Et avec le joli parcours de la sélection nationale, le pays baignera encore longtemps dans leuphorie et lenthousiasme dune Coupe dAfrique époustouflante", analyse un journaliste sportif marocain.
Les scènes de joie et de liesse populaire (spontanées) ont étonné plus dun, staff et équipe compris. À tel point que Jawad Zairi a semblé avoir raison en lançant à sa montée davion à Agadir (où léquipe venait dêtre décorée par le roi) : "Comment, on a perdu une finale ?". Sur ce point, les analystes sont unanimes : "La rue avait besoin dexprimer sa joie après une série de déceptions et un marasme ambiant à tous les niveaux".
Pour une fois, la classe politique a suivi. Le PJD voulait dépêcher une délégation officielle pour assister à la finale (Finalement, seul Ramid trouvera une place grâce à "ses interventions"). LUSFP et dautres partis consacreront des paragraphes entiers dans leurs communiqués hebdomadaires pour saluer lexploit de léquipe nationale. Et certains ministres se feront gentiment filmer en train de sursauter devant des écrans de télévision au Maroc ou à létranger, où ils étaient en mission. Existe-t-il une cause qui mobiliserait spontanément autant de gens ? "Cest difficile, répond ce sociologue. Partout dans le monde, le foot a une capacité fédératrice inégalée. Au Maroc, il est encore plus dur de trouver une cause qui enthousiasmerait autant".
Question : lÉtat est-il conscient de ce pouvoir du foot ? Oui et non. Oui, parce que les rênes du ballon rond (et de quelques autres disciplines) ont toujours été tenues par de hauts dignitaires du régime. Aussi, (ce nest quun exemple) parce que lun des premiers projets qui a vu le jour à Sidi Moumen, au lendemain des attentats, a été laménagement dun centre sportif et daires de jeux. Non, parce que, sur le terrain, rien ou presque nest fait pour le développement dun sport de masse, vecteur de bien-être social.
Cherche stratégie désespérément
Pire, le milieu sportif est encore régi par une loi obsolète votée en 1987 (au lendemain de lexploit de lautre grande équipe nationale à Mexico 86) et encore inappliquée. Et en attendant la nomination dun haut commissaire, le département des sports au sein du ministère de la Jeunesse est directement rattaché à la Primature. Ce qui nest pas sans créer, au passage, des frictions entres les différents intervenants. Dans ce contexte, le sport est géré par un système dîlots que sont les clubs et les fédérations, chacune selon ses moyens, son pouvoir et sa propre vision. Même pas la peine dévoquer le manque, et souvent linexistence, dinfrastructures sportives, tellement le constat est flagrant. Les clubs, qui déclarent forfait quand le déplacement coûte cher ou qui vivent de la vente de joueurs (les plus brillants), sont légion.
"En fait, résume ce responsable du Raja de Casablanca, il existe un réel problème de politique sportive dans le pays". On patauge sans savoir vers quel modèle on se dirige. Quel sport veut-on ? Un sport de masse où lon recherche le bien-être dune population, et si possible des performances ? Ou, à contrario, un sport délite où on fabrique des stars qui servent limage du pays à létranger ? Lidéal serait bien évidemment quil y ait des passerelles entre les deux modèles. Le prétendre, dans un contexte comme le nôtre, relèverait de lindécence.
Depuis quelque temps en fait, la campagne pour Maroc 2010 semble bien être la seule stratégie "sportive" (et, au passage, économique) que le pays ait élaboré. Dailleurs, dans les couloirs des fédérations influentes du pays (foot et athlétisme), on chuchote que la nomination du haut commissaire aux sports dépendra (en grande partie) du résultat du vote de létat-major de la FIFA, en mai prochain. Idem pour les installations sportives, les cycles de formation et les programmes de restructuration des organigrammes des instances dirigeantes. Tout attendra.
La formation qui fait défaut
Parler de stratégie sportive dans nimporte quel modèle (délite ou de masse) commence forcément par la formation. Aujourdhui, à part quelques rares expériences, il nexiste pratiquement pas de formule sport-études. Difficile de lavancer sans se faire taxer de trouble-fête, mais force est de constater que lécrasante majorité des joueurs qui ont disputé la CAN 2004 évoluent, et ont été formés à létranger. Tant mieux pour eux, et heureusement pour le pays quils gardent encore des attaches avec leur terre dorigine. Mais cela revient à faire constatation plutôt embarrassante. Seuls quatre joueurs (dont deux gardiens de but), sur les dizaines de milliers de licenciés que compte ce pays, ont pu convaincre Badou Zaki. Cest quentre le niveau de léquipe nationale et celui du championnat local, il n'y a pratiquement pas photo. Selon ce responsable du Raja, "la formation coûte beaucoup dargent. Il faut des encadreurs professionnels, des terrains. Cest un investissement de longue haleine que beaucoup de clubs conçoivent encore comme un luxe". Limités financièrement, de nombreux clubs se contentent de récupérer et encadrer de jeunes surdoués quils repèrent ci et là. Depuis la disparition du sport-école, les équipes nationales ont été privées dun important vivier de potentialités.
À ce niveau, une seule discipline sen sort honorablement : lathlétisme. Cest la discipline la plus primée dans le pays. Au classement mondial, le Maroc est sixième. Cest également la première discipline en terme de finalistes. Pas de miracle derrière ce succès, mais une stratégie claire et un processus presque industriel. Un processus qui commence par le repérage et la détection de jeunes partout dans le pays. Les plus performants intègrent ensuite lInstitut national dathlétisme, sentraînent avec les plus grands champions, sont pris en charge par de grands professionnels et concourent dans les pistes du monde entier. Si leurs exploits ne sont pas visibles ,comparés à ceux des El Guerrouj, Bidouane ou Boulami, cest quils jouent souvent les seconds rôles sur les pistes. Lessentiel étant, selon ce connaisseur, dêtre systématiquement en finale des grandes courses.
Si lathlétisme va aussi bien, cest aussi parce que la fédération met souvent la main à la poche. Une question de gros sous, finalement. Dans une récente interview, Mohamed Maâzaoui, responsable à lInstitut national dathlétisme, déclarait que "si la fédération a les moyens de sa stratégie aujourdhui. Cest en grande partie grâce aux interventions de Haj Mediouri du temps où il en était responsable. Cest lui qui a ramené les sponsors pour la première fois. Depuis, un travail a été fait pour les garder".
Sport et pouvoir
Et cest là le titre dun autre chapitre dans lépopée du sport dans ce pays. Depuis toujours, les victoires sportives ont été exploitées au plus haut niveau. Idem pour les dirigeants de clubs, souvent appartenant à la classe politique ou à la garde rapprochée du roi. Pour ce dirigeant sportif, "pendant longtemps, les équipes ont été financées par les offices publics grâce aux interventions de leurs dirigeants". La Comanav, qui parrainait le KACM de Marrakech (le comble pour une ville intérieure), club de lex-chef de la sécurité de Hassan II. La renaissance de Settat sponsorisée par la RAM, grâce au célebrissime Driss Basri. Et le nom moins prestigieux club du Raja, qui, à lépoque de Mohamed Semlali, avait contracté un parrainage avec lODEP. Aujourdhui, cette époque est presque révolue. Le célèbre club rajaoui ne vit dailleurs plus, à croire lun de ses dirigeants, que de la vente de ses joueurs talentueux. Et la publicité, le sponsoring ? Le Raja et le WAC ont bien cette chance de passer à la télévision un week-end sur deux et que cela intéresse, en termes dimpact et de public, les investisseurs qui les accompagnent. Sinon, pour les autres clubs, cest le flou total. Très peu de structures se permettent dinvestir au sein de clubs constitués en associations (cest le cas de tous les clubs), où les joueurs et les entraîneurs sont payés au noir et qui nattirent que très peu de supporters et dadhérents. La solution ? Deux visions plutôt complémentaires se dégagent. Dune part, (surtout du côté des grands clubs) on demande le retrait de lÉtat au profit du privé. Que le rôle de lÉtat se limite à voter un code des investissements, par exemple, à encourager lémulation dun véritable marché du sport. La ferveur qui a suivi la victoire des Lions a de quoi rassurer ces investisseurs. Mais avant, répondent les plus petits, il faut mettre à niveau les infrastructures de base, réinstaller le sport-école et intégrer le sport parmi les priorités nationales. Ce qui ne fait pas vraiment avancer le débat. La balle est sur la touche. |
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