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Manar l'Anar
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Politique : L’homme qui a rêvé d’un Polisario marocain (avant d'en prendre pour 10 ans)

Mohamed Alouah : "L’Algérie a créé le Polisario pour nous déstabiliser, pourquoi ne pas créer notre Polisario
à nous pour la déstabiliser ?"
L'histoire surréaliste de Mohamed Alouah, président d'un parti inconnu, qui a déclenché une crise d’État entre le Maroc et l’Algérie. Par Karim Boukhari


L a nouvelle est tombée comme un couperet. Le vendredi 13 février, la chambre criminelle de la Cour d’appel de Rabat condamne Mohamed Alouah, en vertu de la loi anti-terroriste, à dix ans de prison ferme pour "constitution d'une bande criminelle et publication de fausses informations". Tous les présents sont surpris, tant par la lourdeur du verdict que par la teneur de l’audience. "Êtes-vous un homme sain d’esprit ?", demande la cour. "Oui", répond Mohamed Alouah. L’accusé explique les raisons qui l’ont poussé à créer le Front de libération de l’Algérie marocaine, ou F.L.A.M (lire encadré) :
"900.000 km2 du territoire algérien reviennent historiquement au Maroc. Cette étendue est peuplée de 11 millions de personnes, dont 4 millions sont d’origine marocaine. Le Front n’existe pas sur le terrain, ce n’est qu’une idée que j’ai lancée pour appeler au retour de ces Marocains à leur patrie-mère. En attendant la réaction des autorités marocaines, j’ai lancé l’idée d’une Marche blanche pour libérer Tindouf. Je ne suis pas un fou, mais un patriote. L’Algérie a créé le Polisario pour nous déstabiliser, pourquoi ne pas créer notre Polisario à nous pour déstabiliser l’Algérie ? Je revendique des actions armées en Algérie, mais c’est juste pour donner l’exemple. Je ne suis pas un terroriste". De tels propos conduiraient le citoyen lambda à l’asile plutôt qu’en prison. La défense a d’ailleurs tenté de jouer la carte du "désordre psychique" pour alléger la sentence qui pendait au nez de l’accusé. Mais Alouah n’est pas un citoyen lambda. Cet ingénieur-physicien de 62 ans, qui se présente aussi comme économiste, est théoriquement un chef de parti. Comme il l’expliquera devant la cour, le PLR a été créé en 2001 autour d’une quinzaine de personnes. Il figure parmi les nombreux partis créés à la veille des élections législatives de septembre 2002 et qui provenaient, pour l’essentiel, de scissions au sein des partis libéraux existants. Alouah, avant de faire cavalier seul, a été parmi les membres fondateurs du PML (Parti marocain libéral, créé en 2000 autour de Mohamed Ziane), qu’il a quitté avant même sa naissance officielle ! Le PLR, comme d’autres partis à l’existence plutôt virtuelle, n’a jamais obtenu son autorisation légale. Parce que, nous explique-t-on de source officielle, "les demandes pour la création de nouveaux partis poussent comme des champignons et, en attendant d’y voir plus clair, les récépissés ont été suspendus jusqu’à la promulgation de la nouvelle loi sur les partis".
Quand, en septembre 2003, Mohamed Alouah a eu l’illumination de créer le F.L.A.M, il n’imaginait certainement pas que cela lui vaudrait, quelques mois plus tard, un séjour prolongé dans les bras de Zaki (la prison civile de Salé). À l’époque, on sen souvient, le Maroc se réveillait difficilement de l’électrochoc causé par le dernier Plan Baker pour le Sahara. "Il faut faire quelque chose, répétait alors Alouah autour de lui, le Sahara risque de nous échapper". Ceux qui suivent toute l’actualité marocaine savent aussi que, quelques semaines auparavant, le même Alouah avait appelé, dans un communiqué officiel, l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri, à rejoindre les rangs de son parti ! "Je lui accorde déjà le titre de vice-président du PLR", ajoutait-il pour mieux étayer son offre. De même qu’il avait choisi la statue de la liberté de New York comme sigle illustrant le libéralisme de son "parti". Répondant à la règle de "jamais deux sans trois", Alouah tente alors une troisième folie. Armé du communiqué annonçant la création du F.L.A.M, il va jusqu’à lancer, pour la commémoration du 28e anniversaire de la Marche verte le 6 novembre 2003, la tenue d’une conférence nationale pour officialiser la Marche blanche vers Tindouf ! Curieusement, les délires d’Alouah passent inaperçus au Maroc. Il en est allé autrement en Algérie où le gouvernement de Bouteflika ira jusqu’à convoquer l’ambassadeur du Maroc à Alger, invité à s’expliquer sur la sortie d’Alouah. La tragi-comédie est relayée et montée en épingle par la presse algérienne qui y voit "la main de Mohammed VI revendiquant le territoire algérien, en souvenir de la guerre des sables de 1963". Le pauvre Alouah, lui, est dépeint comme un "leader politique à la solde des services marocains". Dans la foulée, un incident survenu près des frontières marocaines et qui aurait, selon des sources judiciaires marocaines, provoqué la mort de soldats algériens, coïncide avec une nouvelle déclaration du même Alouah appelant "à la constitution de milices combattantes pour mener des actions à l’intérieur du territoire algérien". Cet énième coup de bluff fera mal, très mal. Pour désamorcer la crise diplomatique avec le voisin de l’Est, les autorités marocaines ordonnent enfin, le 10 novembre, l’ouverture d’une enquête judiciaire sur Mohamed Alouah. Les interrogatoires réserveront leur lot de surprises. Loin de se démonter, le trublion ira, d’après des sources proches du dossier, jusqu’à demander 30 millions de dollars pour financer ce qu’il appelle le "Polisario marocain" ! Dérive ultra patriotique ou folie pure et simple ? Alouah plaide la bonne foi. Après tout, il y a bien eu, par le passé, un "front marocain pour libérer l’Andalousie musulmane" et, dans la foulée de la naissance du Polisario (le vrai !), un front, cette fois-ci espagnol, "pour libérer les îles Canaries"...
Avant le verdict du 13 février condamnant Mohamed Alouah, présenté en état d’arrestation, à 10 ans de prison ferme, les autorités judiciaires ont longtemps hésité sur la procédure à suivre. Initialement déféré devant le tribunal de première instance, l’accusé sera "refilé", comme une patate chaude, à la Cour d’appel spécialisée dans les grands dossiers du terrorisme. Son procès s’est d’ailleurs déroulé entre deux audiences réservées à deux nouveaux groupes accusés de terrorisme !



à l'origine… : Le communiqué coupable

C’est le 3 octobre 2003 que Mohamed Alouah a lancé, au nom du PLR, le communiqué suivant :


"Depuis 1975, les gouvernements qui se sont succédés au Maroc ont été incapables de résoudre, de façon radicale, le problème de nos provinces du Sud et de nos territoires actuellement occupés par l’Algérie. Ils ont tous cédé à la facilité, en croyant que le temps finira par régler tout seul, comme par enchantement, tous nos problèmes au lieu de chercher à créer les meilleures circonstances pour imposer notre droit aux yeux de nos détracteurs : nos voisins algériens, qui occupent impunément près de 900.000 km2 de nos terres (soit 38% des territoires actuellement administrés par l’Algérie) et aux yeux de la communauté internationale. Avec un pouvoir algérien criminel, totalitaire et hégémonique, formé d’anciens mercenaires de l’ère coloniale et de l’ère ottomane, la diplomatie marocaine est mal armée pour réussir là où il fallait utiliser d’autres procédés peu académiques. Il faut toujours combattre ses ennemis avec les mêmes armes mais avec d’autres techniques de combat. Devant cette situation, le président du Parti libéral réformateur (PLR), conscient des énormes sacrifices qu’il nous faut faire et des défis qu’il nous faut relever, annonce la création du Front de libération de l’Algérie marocaine, le F.L.A.M. Concernant nos 15.000 Sahraouis marocains séquestrés à Tindouf au camp Lahmada et nos 950 militaires emprisonnés depuis 28 ans à Tindouf, le F.L.A.M compte organiser, avec l’accord des autorités marocaines, une Marche blanche pacifique pour aller chercher nos frères et les ramener au terroir et ce, dans les prochaines semaines. Le F.L.A.M saura faire valoir nos droits sur tous nos territoires par tous les moyens dont il dispose, y compris par la force. Vive le Royaume du Maroc, vive le F.L.A.M !"

Signé Mohamed Alouah, Président du PLR, porte-parole officiel du F.L.A.M. (P.S : le Maroc vient d’entamer des négociations directes avec l’Algérie. Le F.L.A.M. pourrait peser sur ces accusations)

 
 
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