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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

H. Bourquia et Abou El Haki : Le traducteur enfin récompensé

De gauche à droite, Edmond Amran
El maleh, H. Bourquia
Lorsque Edmond Amran El Maleh a su que j’avais lu son roman initiatique, Mille ans un jour, dans sa version arabe, il m’a dit, avec sa pudeur habituelle, qu’il fallait absolument que je découvre le texte originel (en français). Loin de lui l’idée que son écrit, poétique et allégorique à souhait, serait intraduisible. Mais, visiblement, l’auteur n’avait pas beaucoup apprécié le rendu du traducteur Ahmed Sabri. À la lecture, en effet, toute la valeur métaphorique, la syntaxe bigarrée, le lexique bilingue, le flou sémantique magistralement menés par l’auteur avaient été gommés ou réduits à néant par des formules simplistes ou très peu nuancées. Échaudé, El Maleh a confié la traduction du
Retour d’Abou El Haki, qui constitue quasiment le pendant de Mille ans un jour, à son fidèle ami de Beni Mellal, rompu à cet exercice de go-between, à travers des textes philosophiques (Le gai savoir de Nietzsche en 1994 ou encore Du texte à l’action de Paul Ricoeur) et de plus en plus tenté par le romanesque (Abner Abounour d’El Maleh également en 1996 et actuellement penché sur Le Fond de la jarre d’Abdellatif Laabi). Aujourd’hui, ce travail discret, mené avec amour par ce professeur de littérature passionné d’El Maleh et surtout partageant avec lui la même générosité d’âme, obtient le Prix grand Atlas de la traduction. Outre le fait que cela permet à des lecteurs arabophones de découvrir l’univers judéo-marocain d’El Maleh, englouti par les exodes et l’oubli, cela valorise cet effort de transfert dont s’acquittent les traducteurs en s’effaçant derrière l’auteur et en rendant tribut à son texte. Le comble, c’est que le prix de ce transfert, si défaillant au Maroc, comme dans tout le monde arabe (lire le dernier rapport du PNUD) est récompensé par l’ambassade de France. Diplomate, Frédéric Grasset (ambassadeur au Maroc) déplore que l’équilibre culturel entre livres traduits du français et vers le français ne soit pas encore atteint. Est-ce une invitation à l’adresse du ministère de la Culture marocain pour le décharger, un tant soit peu, du lot d’auteurs marocains francophones traduits vers l’arabe ? Ce n’est pas exclu. Mais le ministère a la tête ailleurs…


Poésie : La parole à Nissabouri et Sanbar

Un printemps de la poésie au programme. Les instituts français de Fès et de Meknès l’accueillent du vendredi 5 au mardi 9 mars. Au menu, deux cartes blanches. La première est accordée à Elias Sanbar. L’auteur palestinien vient non pas lire ses textes, mais discourir de ceux de Mahmoud Darwich, qu’il a traduits. Il évoquera dans une première conférence cet exercice de passeur, auquel il se livre depuis des années, avant de répondre dans une seconde à la question rhétorique, inévitable : Darwich est-il un poète engagé ? La deuxième carte blanche sera accordée à un autre grand poète, Mustapha Nissabouri, engagé à sa manière pour une langue déconstruite, pour faire entendre les voix discordantes qui nous emboîtent le pas, quotidiennement. Lui sera sur scène pour dire ses vers. Le programme comporte d’autres joyeusetés, comme un récital arabo-berbère de poètes moins confirmés et un concert de jazz inspiré du recueil, Onze astres, de Darwich. Bon spectacle.


Parution : Nos villes disséquées

Khalid Mikou vient de réaliser une première : un livre sur l’architecture marocaine écrit par un architecte marocain. En partant de son background émotionnel à Fès, et de sa conscience historique de l’apport et de la déchirure créés par l’architecture coloniale, l’auteur propose dans cet ouvrage, Riad, modulor et tatami, un état des lieux et une cause à défendre. L’état des lieux, au-delà de l’esthétisme béat pour l’architecture de début de siècle et le dénigrement systématique de ce qui a suivi, permet essentiellement de percevoir la ségrégation sociale que la stratification des espaces a créée. Nostalgique, mais sans excès, Mikou défend une éthique qui permet de conserver l’esprit du temps passé, d’embellir la ville sans la défigurer, et de concevoir un habitat social qui ne ghettoïse pas les nouveaux prolétaires et les exclus. Le débat est ouvert et les architectes invités à sortir leurs plumes pour aller au-delà du dessin.

Riad, modulor et tatami, Khalid Mikou ; Éd. Archimedia



Décès : La boîte à merveilles se referme

Le mercredi 25 février 2004, Ahmed Sefrioui, doyen des écrivains marocains, né à Fès en 1915, s’est éteint. Il savait conjuguer tous les verbes au passé simple sans cafouiller, ça impressionnait même la maîtresse, quand on était au CE2. Mais surtout, il savait raconter des histoires au rythme des contes. Depuis sa Boîte à merveilles, ce pionnier du roman marocain n'a pas cessé de nous enchanter. On y reviendra.

 
 
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