France : Cours d'islam à Nantes
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Séance de prêche à la mosquée
d'Evry-Courcouronnes (Photo AFP)
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LAssociation islamique de lOuest de la France (AIOF) est lune des associations communautaires les plus en vue à Nantes. Dabord parce quelle gère deux des sept lieux de culte de la ville. Ensuite - et surtout - parce quelle représente cet islam radical dont la France a peur. Parmi ses activités : des cours de religion. Maria Daïf a assisté à l'un d'eux.
ÀNantes, personne na pu répondre à la question suivante : quel est le nombre des musulmans de la ville ? Dans toutes les associations contactées, au CID, Centre interculturel de |
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documentation (institution qui centralise toutes les informations sur les différentes communautés migrantes de Nantes), la réponse a été la même : "Cest très difficile davoir ce genre dinformation. On ne sait même pas si ce chiffre existe, pour la simple raison que les statistiques ne prennent pas en considération la religion des citoyens". Pourtant, ce que lon sait à Nantes, cest que lun des quartiers où est concentrée la communauté musulmane est le quartier Malakoff, lun des points les plus "chauds de la ville" : "Rien de comparable pourtant avec les cités de villes beaucoup plus grandes comme Paris. Les incidents avec les jeunes sont moins violents et moins réguliers quailleurs". Cest aussi à Malakoff que lAssociation islamique de lOuest de la France a choisi de sinstaller depuis 1980.
Nantes, Malakoff, heure de la prière d' al maghrib à lintérieur de la mosquée Al Forqane, gérée par lAIOF. Du côté des femmes, bien entendu. Une dizaine de jeunes filles écoutent le prêche de l'imam, un drap blanc les séparant des regards des hommes. Toutes sont voilées et toutes nont pas plus de dix huit ans. Lune delles, la plus jeune, semble intriguée par la présence dune femme non voilée dans lenceinte de la mosquée : "Nous navons pas le droit de parler ici, venez, on va sortir". À lextérieur, elle explique pourquoi, elle, porte le voile : "En islam, les femmes sont obligées de porter le voile. Cest Morad Saïl, notre professeur de religion qui nous la dit, mais cest moi qui ai choisi de le porter. Je ne le mets pas à lécole, parce que je sais que ça ne plaît pas à certains profs. À la sortie des classes, je le remets. On est plusieurs filles à faire la même chose. Je ne sais pas si je vais porter le voile tout le temps. Jai envie de pousser mes études, de réussir une carrière professionnelle, ce qui nest pas évident ici quand une femme porte le voile".
La jeune fille doit maintenant aller au cours de religion, écouter le fameux Morad. Un coup dil à lentrée de lassociation suffit pour se rendre compte dune chose : si toutes les filles sont voilées, la plupart des jeunes hommes portent une barbe longue et un qamiss (chemise longue), et baissent les yeux au passage des femmes. Autre fait marquant, la plupart nont rien de jeunes immigrés : ce sont les convertis dont lAIOF est fier : "Ils sont la preuve que lislam séduit de plus en plus de citoyens français".
Dans la salle de cours, les hommes et les femmes ne se mélangent pas. Les premiers sinstallent devant Morad, les secondes derrière eux, adossées au mur. Tous sont assis à même le sol, sur une natte. Morad, lui, est sur une chaise. Morad est jeune, et a le même âge que ceux qui lécoutent religieusement. Pourtant, son rôle de maître ès islam, il le prend très au sérieux. Dailleurs, cest en français quil explique à quel point la France a peur de lislam, et à quel point la loi Stasi (la loi interdisant le port du voile à lécole) est anti-islam. Tous les propos de Morad convergent vers une seule idée, celle que les sociétés occidentales mènent une guerre contre lislam : "Le monde occidental est lennemi de Dieu. Les sociétés, aujourdhui, font tout pour chasser Dieu de notre cur. Toutes veulent imposer une nouvelle religion, lathéisme". Ces "maux", même certaines sociétés musulmanes en sont coupables : "Certains pays musulmans instaurent cette nouvelle religion". Face aux jeunes fidèles, fascinés, Morad insiste : "Les médias aussi défigurent limage de lislam. Cest pour cela quils invitent sur leurs plateaux ces "laïcards" qui se disent musulmans et qui sont invités pour insulter lislam. Et bien entendu, ce sont eux quon présente comme étant les bons musulmans". Mieux encore, si les ennemis de lislam accusent cette religion de faire de la femme un être inférieur et soumis, cest par méconnaissance de ses bases et de son histoire : "Prenez lexemple de la lapidation. Dans toute lhistoire de lislam, la lapidation a été appliquée une seule fois, sous lère du prophète. Cest une femme qui a trompé son mari et qui est venue trois fois demander au prophète de la purifier. Cest elle qui a insisté. Cest alors que le prophète a ordonné quelle soit lapidée". (sic). Les fidèles présents dans la salle hochent la tête. Personne nose poser de questions au maître : cest lui qui sait. Et dailleurs, son savoir théologique, Morad létale à coups de versets coraniques - en arabe et en français - et ne le dit-il pas lui-même : "Je suis le représentant de lislam officiel dans la région". Un islam qui, dans le quartier, fait peur. Cette jeune femme passant devant la mosquée Al Forqane témoigne : "Cest vrai, ils nont jamais fait de mal à personne ici. Ceci dit, quand je sors le matin pour emmener ma fille à lécole, je croise ces hommes barbus et ces femmes voilées. Comment voulez-vous ne pas avoir peur dhommes qui ont le même look que Ben Laden ? Et à Malakoff, je ne suis pas la seule à vivre mal la présence de ces personnes et de leur association". À ceci, Mimoune Abdelhamid, secrétaire administratif de lAIOF répond : "Nous en sommes conscients. Cest pour cela quune fois par an, nous organisons des journées portes ouvertes pour dire qui nous sommes". Morad Saïl va plus loin : "Nous sommes mal vus parce quon nous prend pour des extrémistes et ce, uniquement parce quon veut appliquer la religion à la lettre". Le voile ? Cest une prescription de lislam "mais aucune femme ny est forcée". La barbe ? Le prophète en avait une et la garder longue, cest sidentifier à lui. Le cours de religion terminé, on apprendra que M. Saïl est aussi président du Conseil régional du culte musulman et secrétaire général de lAIOF (doù "le représentant de lislam officiel"). On apprendra aussi que lAIOF est affiliée - et en est fière - à lUnion des organisations islamiques de France (section de lUnion des organisations islamiques en Europe, basée en Allemagne et proche des frères musulmans). Là, on comprend mieux. On comprend que finalement, les habitants de Malakoff ont, peut-être, toutes les raisons davoir peur. |
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Nantes bis : Lautre islam
Avec lAIOF, une autre association fait du travail de terrain à Nantes : lAssociation culturelle musulmane Nantes Nord. Si la première est jugée être celle des "plus durs", la seconde a pu gagner la confiance des Nantais, musulmans ou pas. En effet, créée par un groupe dimmigrés de première génération, son but a été avant tout de soccuper dun lieu de culte de quartier. Cest par la suite que ses activités se sont diversifiées, allant des cours de soutien scolaire à la médiation entre les autorités et la communauté musulmane. Spécificité de lassociation : elle offre ses services à tous, sans distinction de religion. Dailleurs, en matière de soutien scolaire et dorientation, elle travaille en partenariat avec le collège de Nantes Nord : "En faisant cela, nous ne faisons quappliquer les préceptes de lislam, puisque nous venons en aide à lautre, quel quil soit. Nous tenons par ailleurs à garder lappellation dassociation musulmane, même si cest un frein pour nous et nous en sommes conscients, parce quainsi, nous tenons à montrer une autre image de lislam et des musulmans"
Nous sommes bien loin de lAIOF. |
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