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Libre-échange maroc-USA : Et en plus, c'est un cadeau !
"En signant un accord de libre-échange avec les États-Unis, le Maroc s'est placé en situation de faiblesse, dans une optique bilatérale", voilà ce que pensent les gens raisonnables. Ils sont trop gentils. La vérité, c'est que nous sommes bien naïfs (ou présomptueux) de penser qu'il puisse y avoir quoi que ce soit de bilatéral entre la première puissance mondiale et notre brave petit royaume. Pour l'administration Bush, le Maroc ne représente que la côte Ouest du "Grand Moyen-Orient" (la côte Est étant le Pakistan, appréciez la différence d'échelle !). Tout ce qui est décidé concernant le Maroc, à Washington, l'est à cette aune-là. Leur plan d'ensemble ? Rendre les dirigeants arabes démocrates malgré eux, donc s'assurer de leur soutien pour éradiquer le terrorisme (parce que c'est ça, en gros, le GMO). Comment comptent-ils s'y prendre ? Ils ne le disent pas. À peine sait-on que l'exemple est censé venir d'Irak, future terre de paix, de démocratie et de prospérité sous la bannière étoilée - un peu comme le Japon, période Mac Arthur. Ne vous gaussez pas, chers lecteurs. Que le grand dessein du GMO vous paraisse absurde et vaniteux n'y changera rien : tant que les maîtres du monde resteront persuadés de sa faisabilité, il faudra le prendre au sérieux. Parce que, au gré des lubies américaines (que Dieu nous préserve d'un second mandat de Mr Bush), un nombre incontrôlé de ses avatars peuvent nous tomber sur la tête
comme un certain accord de libre-échange.
Savez-vous comment il faut lire cet accord, si on l'examine sous l'angle "GMO" ? Comme une récompense pour notre enthousiasme antiterroriste. Une récompense, c'est un comble ! Pour nous être bien comportés, nous avons le droit de nous laisser submerger par la formidable machine économique américaine. Et notre brave production nationale ? "Elle va s'adapter, elle n'a pas le choix", prédisent, optimistes, les plus libéraux parmi nous (lire le débat, page 42). Elle n'a pas le choix, c'est sûr. Elle va s'adapter, ça l'est moins. Si le marché marocain s'avère un débouché intéressant pour les produits US, ce sera la déferlante ! Tant mieux pour l'offre, quand il n'y aura pas de produits de substitution. Mais malheur aux courageux producteurs nationaux qui devront affronter des rivaux américains puissants, les reins suffisamment solides pour faire du dumping s'il le faut
et exonérés de droits de douane !
Voilà pour les importations. Quand aux exportations, le marché américain est maintenant accessible, nous dit-on, à 98% de nos produits. Encore faudrait-il qu'ils soient compétitifs (c'est possible, si la main d'uvre est leur intrant principal) et surtout, qu'ils déjouent les nombreuses barrières non tarifaires qui se dresseront sur leur route. Le prix Nobel Joseph Stiglitz, de passage au Maroc le mois dernier, racontait comment des légumes mexicains étaient restés bloqués aux douanes américaines des mois durant, sous prétexte qu'on y aurait décelé une certaine "mouche", dont personne n'avait jamais entendu parler auparavant. Et pourtant, il y a un accord de libre-échange entre le Mexique et les États-Unis, et pourtant, le Mexique a une capacité de négociation bien supérieure à la nôtre
Heureusement, pour nous rassurer, que nous avons les "libéraux". "Nous avons le temps de nous adapter, l'application de l'accord sera progressive", disent-ils. Et puis le Maroc est en marche ! N'oublions pas qu'en 2010, si tout va comme prévu, c'est la fin de l'Histoire. Non, sérieusement, on peut rire de nos fables entre nous. Mais quand l'empire américain - pour lequel nous ne sommes, au mieux, qu'un pion sympathique sur l'échiquier du GMO - nous prend au mot
la moindre des sagesses serait de freiner un peu. Hélas, nous n'avons pas la moindre des sagesses. |