Chronique dune fille enracinée : Dar-al Baïda, terre refuge
| Mouna Hachim en est à son premier essai littéraire. Bien transformé, du reste. En abordant le texte, Les enfants de la Chaouia, lavertissement en avant-propos nous désillusionne dentrée de jeu. Ce ne sera ni une plongée anthropologique dans la région, encore moins une pérégrination topographique, mais la chronique dun bout de vie, mené à Casablanca, entre attirance de lailleurs et attachement aux racines : "Ces plaines infinies qui ont séduit et sédentarisé jusquaux hommes les plus épris de liberté : les cavaliers voilés du désert, les chameliers des profonds confins, les chevaliers de la foi et les tribus bédouines venues dOrient". Séduite par Chaouia, le creuset, et Dar-al-Baïda, la terre refuge, Hiba, la protagoniste-narratrice, nous invite à humer le plaisir dêtre tiraillée et enracinée à la fois. Cette culture-racine est distillée à travers les interstices de la tradition, des funérailles, des espaces visités, du sens dappartenance vivace et diffus, du rapport mère-fille, du devoir dautonomie inculquée aux filles, de la capacité à être légère et constante à la fois, de la sensation charnelle et érotique qui traverse le corps à chaque aïta (chant) et trémoussement de chikhate, etc. |
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Tous ces ingrédients de la culture du terroir ne sont pas greffés au parcours de cette jeune étudiante, âroubia (campagnarde) et bourgeoise, hautaine et généreuse, qui sassume, qui aime la vie, qui vogue au rythme de sa passion, dune sensation à lautre. Comme par enchantement, lauteur papillonne aussi dun fragment de la vie à lautre, dans lespace casablancais, de la villa à Derb Soltane, du passé au présent. Avec cet inconnu quelle préfère ne jamais prédire, pour ne pas perdre le plaisir de la découverte : lavenir. Cest la chronique dune fille enracinée qui ne se laisse jamais engloutir.
Les enfants de la Chaouia, Mouna Hachim
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Vulgarisation : La Moudawana en darija
| La publication dirigée par Élena Printice, Khbar Bladna, vient de publier une série de fascicules de poche en darija. Dans le lot, il y a à boire et à manger. On retrouve dabord des manuels de base, dalphabétisation. Deuxième catégorie, des contes populaires, dits hkayat, qui retranscrivent des versions jusque-là confinées dans loralité. Dernière catégorie, des livrets au contenu pratique, allant du culinaire à lécologique, en passant par le sanitaire. Mais le livret-événement de la série porte sur la nouvelle Moudawana. Les 11 points, initialement pointés par le roi, y ont été traduits en darija. Contrairement à dautres textes, écrits dans une langue marocaine méconnaissable, celui-ci est particulièrement soigné et lisible. Cest, en plus, utile et incontournable. Même des concepts comme la co-responsabilité, la fin de la tutelle, la réciprocité du divorce y sont bien expliqués. |
Parution : Les saints et la sainteté au Maroc
Historienne reconnue mais fort discrète, Halima Ferhat sort un essai majeur, académique certes, mais tellement précis quil paraît incontournable. Le soufisme et les zaouyas au Maghreb part dune tentative de définition : Quest-ce que la sainteté ? À travers les sources historiques qui permettent den retracer lorigine, mais aussi les thématiques qui aident à en esquisser les contours, le terme est cerné. Suivent alors des itinéraires, des profils, des rêves et des conflits de pouvoir, qui permettent daborder le soufisme comme un attachement personnel. Lhistorienne sest intéressée ensuite aux mobilités, réseaux, saints, villes et lieux où lidentité soufie sest consolidée. Cela permet grandement didentifier doù viennent nos saints, quelle place ils acquièrent dune ville à lautre. Et puis, une fois toute la carte dressée, comment le soufisme rural aux allures païennes sest mis en conflit avec le mysticisme savant, plutôt livresque. Un beau parcours. Et un beau mélange dinformations historiques et danalyse épistémologique.
Le soufisme et les zaouyas au Maghreb, Halima Ferhat ; Éd. Toubkal (96 DH)
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Clin dil : Achoura écolo
| Achoura. En voilà une fête mi-païenne, mi-religieuse, qui regagne en actualité et sur laquelle il y a très peu décrits. Les dialogues illustrés de Sonia Ouajjou ne viennent pas remplir ce vide. Loin de là. Le feu de bois dAchoura tente par le texte, les allusions mythologiques, les dessins, à renvoyer aux enfants une image féerique, joyeuse, mais aussi écologique dune fête qui tourne parfois au drame. Certes, limage des enfants qui balayent la plage avant dy allumer un feu de camp, ou qui bâillonnent les canons après avoir tiré des boulets de feu, a un côté niais et didactique. Mais le rêve aidant, la leçon passe. |
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Le feu de bois dAchoura, Sonia Ouajjou ; Éd. La croisée des chemins (48 DH)
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