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Al Hoceima : Après le séisme, le Makhzen
Mémoire : Le Rif, notre mauvaise conscience
Médias : Le Maroc des correspondants
Le temps des femmes : Khmissa Academy
Reportage : Sidi Moumen, 10 mois plus tard...
Manar l'Anar
Économie
Problématique économique
N° 118
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Al Hoceima : Après le séisme, le Makhzen
Mémoire : Le Rif, notre mauvaise conscience
Médias : Le Maroc des correspondants
Le temps des femmes : Khmissa Academy
Reportage : Sidi Moumen, 10 mois plus tard…

Médias : Le Maroc des correspondants

Ils vivent ici, et travailent pour des médias étrangers. "L'image internationale" du Maroc, hantise de nos officiels, est entre leurs mains. Driss Bennani leur a demandé ce qu'ils en pensent.


Lignes rouges

Marocains et étrangers confondus, le Maroc compte une petite centaine de correspondants de médias étrangers. Chacun d’eux véhicule une certaine image, forcément différente, du Maroc. Chacun selon son référent ou son public. Mais toujours dans la discrétion. Tous parlent, avec une certaine gêne, de ce sentiment d’être regardé, surveillé. Obligés de jongler chaque jour entre les lignes rouges marocaines, locales (celles de leurs pays) et les impératifs de rentabilité du journal, ils ont fini par ériger la prudence en règle de conduite. Sans que cela n’ait d’influence sur leur travail, affirment les uns. Ou alors juste un peu, reconnaissent les autres.


Presse anglo-saxonne : Maroc, 1er de la classe… arabe

Correspondant de la prestigieuse BBC au Maroc, Hassan Alaoui a dû, lors du séisme d’Al Hoceima, "faire des papiers" pour le compte de nombreux médias britanniques, américains et même australiens. L’ampleur du drame explique, il est vrai, à elle seule, l’engouement des médias pour couvrir l’événement. Mais ce n’est pas tout. Hassan Alaoui affirme que "le Maroc reste un pays qui intéresse de plus en plus les rédactions anglo-saxonnes". Pourquoi, alors que comme l’affirment les rares correspondants anglophones à Rabat, de nombreux lecteurs anglais ou australiens arrivent à peine à situer le pays géographiquement ?
Premier élément de réponse : l’intérêt croissant en Occident pour le monde arabe et islamique en général, depuis le 11 septembre. Le Maroc fait donc partie d’un tout qui intéresse et intrigue de plus en plus. Le dernier travail commandé à Hassan Alaoui est, par exemple, celui de sonder la réaction de la rue marocaine après la décision de l’interdiction du voile en France.
En plus, depuis le 16 mai, le pays a fréquemment fait l’actualité. Principal centre d’intérêt des Anglo-saxons, la démocratisation du monde arabe. Et dans ce sac, ils mettent à peu près tout. À savoir la condition de la femme, les droits de l’homme, la liberté de la presse, etc. "Jusqu’à la dernière mesure de grâce, explique ce correspondant, de nombreux lecteurs croyaient qu’un journaliste marocain allait en prison pour n’importe quoi, un peu comme dans tous les pays arabes". Pareil pour la femme. Il a fallu que le roi annonce la réforme de la Moudawana pour que les plus grands médias britanniques commencent à citer l’expérience marocaine en exemple, et que plusieurs lecteurs et téléspectateurs revoient l’image, stéréotypée, qu’ils se sont toujours faite de la femme arabe voilée et séquestrée.
Grossièrement, le Maroc est, pour la presse britannique par exemple, un lointain pays qui semble mieux s’en sortir que ses compères arabes. Autre élément relevé par ce correspondant, la sympathie qu’ont les anglais pour Mohammed VI. "Ils n’ont pas l’habitude des jeunes monarques. Les nouveaux leaders arabes et leurs épouses sont une véritable curiosité au Royaume-Uni".


Presse française : Correspondants… À distance

Malgré une présence timide de correspondants permanents, les médias français accordent généralement de larges couvertures aux événements marocains. Proximité historique et linguistique oblige, mais pas seulement. Plusieurs de ces titres sont vendus au Maroc et rencontrent un réel succès auprès des lecteurs locaux. Certaines publications (comme Paris-Match) se sont même fait une spécialité de sortir des éditions "spécial Maroc" ou Maghreb. Car, même s’ils ne disposent pas de correspondants installés, plusieurs publications françaises ont ce qu’on pourrait appeler "des envoyés spéciaux au Maroc". Des journalistes installés en France mais qui n’hésitent pas à faire le déplacement à chaque fois qu’un événement survient.
Sur place, seuls deux institutions gardent une représentation permanente. RFI et l’AFP, l’agence de presse française qui, bien des fois, passe pour une véritable agence locale et dame le pion à l’agence officielle MAP. Reprise aussi bien au Maroc que dans le monde par de nombreuses publications (pour son fil de photos aussi), elle semble couvrir tous les grands événements. "Comme toutes les agences partout dans le monde, notre mission se résume à ce que le reste du monde soit au courant de l’actualité du pays, de manière à comprendre ou à percevoir son évolution", explique Dominique Petit, directeur du bureau de l’AFP à Rabat.
La vie politique intérieure intéresse généralement la presse française, tout autant que des faits de société comme la montée de l’islamisme, l’analphabétisme ou l’émancipation de la femme.
Question alors : pourquoi si peu de correspondants français sur place ? Deux éléments de réponse, qui se rejoignent finalement. La première évidente et la plus vraisemblable : un correspondant permanent coûte cher et plutôt que Rabat, de nombreuses publications aiment avoir des bureaux à Londres ou à Washington. Deuxième élément qui explique un peu le premier, c’est que sorti des tremblements de terre, des attentats ou de la réforme de la Moudawana, le Maroc est un pays peu excitant. Un pays où les décideurs ne prennent la parole que pour crier à l’unanimité nationale, où il n y a presque pas de débat politique ou de société. Ce qui reste, ne l’oublions pas, une grande spécialité française.


Presse espagnole : Les voisins

C'est la plus grande communauté de journalistes étrangers accrédités au Maroc. En tout, ils sont une petite quinzaine de journalistes et techniciens de télévisions espagnoles à vivre dans le pays. Les plus grands journaux y sont représentés par des correspondants permanents, qui rendent compte régulièrement de l’actualité marocaine.
Selon ce journaliste espagnol, deux distinctions sont à faire d’emblée : d’abord, le fait que les journalistes espagnols constituent un groupe très hétérogène qui se fréquente à peine.
La deuxième : que deux cultures de presse sont présentes au Maroc. D’un côté, la presse madrilène, frontale et agressive (El pais, El mundo, ABC, La razon). De l’autre, la presse catalane, dite aussi de Barcelone, plus molle et modérée (Avanguardia, El periodico, Avui).
La presse espagnole reste très politique. On y trouve très peu de culture, de sujets de société, d’art ou de cinéma. Selon différents témoignages, "il n'y a que la politique qui intéresse les rédactions centrales espagnoles".
Souvent taxés de négativisme, d’hostilité ou de propagande pour le gouvernement espagnol (certains sont même allés jusqu’à parler d’agents secrets), les journalistes ibériques laissent rarement indifférents. À plusieurs reprises, une véritable guerre a éclaté entre les deux voisins par presse interposée. Ce qu’un journaliste explique par "la fragilité des relations institutionnelles". Car, poursuit-il, "s’il y avait une base solide, les règlements de compte se passeraient autrement".
S’ils rejettent catégoriquement toute accusation de nuisance préméditée, de nombreux journalistes espagnols revendiquent vivement le droit à la critique libre. "Très souvent, on commet l’erreur d’avoir une vision superficielle, c’est vrai. On mélange opinion et émotions mais c’est rarement malhonnête", affirme ce journaliste catalan.
Les collègues ibériques ne mâchent pas leurs mots pour fustiger certains agissements de la presse marocaine non plus. "Quand la presse marocaine parle de l’Espagne, je souris. Ce n’est même pas de la médiocrité mais de la bêtise. Nous au moins, nous faisons l’effort de vivre ici. Où sont les correspondants marocains en Espagne ?", se demande l’un d’eux.
Le problème au Maroc, avance cet autre journaliste, "c’est que tu ne sais pas à qui tu as affaire, c’est le chaos, il n'y a pas de vrais responsables politiques. On ne sait pas qui prend certaines décisions, souvent contradictoires d’ailleurs". En fait, expliquent-ils, il ne faut pas confondre entre parler des misères du Maroc et parler en mal du Maroc.
Mais finalement, un journaliste ne fait-il pas partie d’une société ? Et historiquement, la tension des relations entre les deux pays voisins est-elle encore à démontrer ? "La société espagnole a un regard négatif et stéréotypé sur le Maroc. Parfois, la critique est tout aussi stéréotypée", reconnaît un correspondant. "Du fait de la proximité, poursuit-il, on investit beaucoup d’émotion et peut-être pas assez de raison".
En fait, c’est d’une presse installée, qui vit au Maroc qu’il s’agit. Une presse d’un pays voisin de surcroît. Connaissant l’influence et le pouvoir qu’a la presse espagnole sur les cercles de décision et sur la société, toute l’information en provenance du Maroc est forcément intéressante.
En plus, s’ils accordent autant d’intérêt au Maroc, c’est que les deux sociétés se ressemblent beaucoup. "Nous avons vécu l’équivalent de la spécificité marocaine en Espagne. Ça a été un prétexte idéologique pour couvrir la misère. En Espagne, avant l’Espagne démocratique et européenne, on vendait l’Espagne différente", témoigne un journaliste.
Les grandes thématiques traitées sont bien évidemment d’ordre politique. En tête, l’épineuse question de l’émigration. Les Espagnols et les Européens, en général, y voient une véritable agression. À la limite, ça les intéresse plus que le Sahara.
Il y a aussi la transition démocratique, les élections, les droits de l’homme ou le Sahara où les médias espagnols, reconnaissent certains journalistes, ont une vision unilatérale de la question. Proches du Polisario sans écouter les raisons marocaines.
Tout cela intéresse-t-il vraiment les lecteurs espagnols ? Vu le nombre de médias présents sur place, certains journalistes espagnols commencent à se poser sérieusement la question.


Monde Arabe : La logique des frères

À côté des désormais incontournables Al Jazeera, Al Arabia et Al Manar, de nouvelles chaînes arabes ont depuis peu des correspondants permanents au Maroc. C’est le cas des chaînes nationales du Koweit ou de l’Arabie saoudite, par exemple. Pas de secret à cela, ce sont des institutions financièrement à l’aise, qui fournissent du matériel à des journalistes locaux, souvent pigistes. Puis il y a la presse. Deux grands journaux arabes, à savoir Al Qods et Asharq Al Awssat, disposent d’un bureau et de correspondants permanents à Rabat. De nombreux autres titres, surtout spécialisés, ont tissé un réseau assez important de collaborateurs un peu partout dans le pays.
Du fait de leur large audience, les chaînes satellitaires arabes sont difficilement tolérées. Le cas d’Iqbal Ilhami est encore dans les mémoires. La correspondante d’Al Jazeera avait refusé de passer un démenti officiel après le 16 mai. Un responsable gouvernemental affirmera alors publiquement qu’il fera "tout son possible pour obtenir son éviction". Plus tard, la journaliste répondra qu’elle a été contactée par le même responsable pour "penser ensemble à la meilleure manière de servir les intérêts du pays". Bref, elle a effectivement été suspendue et cette année, elle a du attendre longtemps avant de se voir attribuer son accréditation de nouveau.
En temps normal, la presse arabophone indépendante se contente en fait de suivre les grands débats de l’heure, de préférence communs à l’ensemble de la zone arabe. Islamisme, démocratie, presse, élections, etc. "L’information doit avoir une dimension internationale ou régionale. Ou alors faut-il qu’elle soit révélatrice d’un grand changement stratégique dans le pays".
À travers ces médias, le Maroc est classé parmi les pays qui gèrent au mieux leurs contradictions. En partie grâce aux bonnes relations que le royaume entretient avec les "puissances médiatiques arabes". A-t-on oublié l’acharnement d’Al Jazeera après le différent avec l’émir du Qatar, par exemple ?
Selon ce correspondant d’une grande chaîne, "il faut rester prudent. Essayer de faire un équilibre, d’être professionnel. C’est la meilleure manière de se mettre à l’abri".
 
 
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