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Al Hoceima : Après le séisme, le Makhzen
Mémoire : Le Rif, notre mauvaise conscience
Médias : Le Maroc des correspondants
Le temps des femmes : Khmissa Academy
Reportage : Sidi Moumen, 10 mois plus tard...
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Al Hoceima : Après le séisme, le Makhzen
Mémoire : Le Rif, notre mauvaise conscience
Médias : Le Maroc des correspondants
Le temps des femmes : Khmissa Academy
Reportage : Sidi Moumen, 10 mois plus tard…

Le temps des femmes : Khmissa Academy

Najib Zerouali (oui, oui, en bas),
écrasé par les fans de Sofia
L’événement Khmissa célèbre le 8 mars en décernant une sorte d’"oscar" à la femme la plus méritante dans sa discipline - arts et culture, entreprise, droits humains, action sociale, médias et communication - lors d’une soirée qui, diront les plus exigeants, n’est pas encore à la hauteur de l’événement. Par Maria Daïf


Pour les éditions Lilas qui sont à l’origine de Khmissa, le 8 mars a toujours rimé avec fête. Qui leur en ferait le reproche ? Quoi de plus naturel que de faire la fête pour célébrer la femme et lui rendre hommage ? Cette année encore, la cérémonie de
remise des trophées - qui s’est déroulée le 6 mars - a été l’occasion de passer une soirée sympathique. Quoique… À coup sûr, les amateurs de la Star Ac ont eu une toute autre opinion, puisque plus que le reste du public, ils ont été servis : Karine de la Star Ac 1, Houcine (prononcez Oucine) de la Star Ac 2 et Sofia de la 3 étaient de la partie. A Khmissa, on se serait d’ailleurs facilement cru sur un plateau de prime time de TF1. Et tout y était : les trois ont chanté en solo, Sofia et Houcine se sont jetés dans les bras l’un de l’autre après leur duo et des fans de 7 à 10 ans ont scandé "Ouciiiiine" et "Sofiaaaa". Pas de Nikos pourtant mais un Saïd Naciri qui ne disait ni "tapez 1" ni "tapez 2", mais s’évertuait à faire de l’humour de très mauvais goût qui lui a valu une censure en bonne et due forme lors de la retransmission de la cérémonie sur la deuxième chaîne. Mais revenons à Khmissa, et à ceux qui n’aiment ni celles qui dédient des chansons à leur cheval (oui, Karine l’a fait), ni ceux qui se vantent d’être coaché par Phil Collins et qui ne sont pas Phil Collins (Oucine encore une fois). Ceux-là ont eu droit à Mami, en play back dans une salle dramatiquement sonorisée. Et à la plus belle voix du raï de passer inaperçue et au petit bonhomme de devenir invisible, les yeux de tous étant rivés vers les danseuses honteusement bien faites et à moitié habillées qui l’accompagnaient. Il y a eu aussi Dany Brillant. Un peu dépassé. Les blagues de Saïd Naciri. Qui ne font rire que ceux qui aiment les blagues de Saïd Naciri. Et pas un seul artiste marocain. Si quand même, le petit jeune qui fait partie du contrat de Mami, que celui-ci place là où il se produit et qui est encore un fruit qui demande à mûrir. Et à ceux qui ont suivi la soirée de se demander : pourquoi n’y a-t-il pas d’artiste marocain ? Et la soirée, qui a beau être "sympathique" manquera du petit quelque chose qui aurait pu en faire une belle soirée : un cachet local, une diversité qui lui manquait également l’année dernière. Ouah, même pas de Daqqa L’marrakchia (folklore typique) ! Ah mais n'oublions pas Sofia (comment pourrait-on ?). Star à en rendre jaloux un Oualalou snobé par les photographes qui n’avaient de zoom que pour elle et un… Najib Zerouali, écrasé sur son fauteuil rouge par les fans de la diva en caftan noir.
Mais, là n’est pas la raison d’être de Khmissa, disputée cette année par 25 femmes et même si pour les organisateurs : "Khmissa n’est pas une compétition", les langues ont commencé à se délier dès le samedi matin : "Tout est calculé d’avance, c’est une histoire de médiatisation et de communication. On sait d’avance qui va gagner", chuchoteront quelques unes parmi les nominées. Mais bon. Ne jouons pas aux rabat-joie, Khmissa est une belle idée, dont à l’origine fut d’abord un magazine qui, étonnamment, ne sera pas cité cette année. Le féminin Citadine ne sera pas mis en avant lors de la cérémonie et ne figurera nulle part sur le catalogue officiel, sur lequel apparaît en gros caractères le nom d’une marque d’huile de table, sponsor officiel de l’événement. Trop facile pour les chercheurs de petite bête : "Quelle bonne idée de rendre hommage à la femme moderne… et de la renvoyer à sa cuisine". Et aux autres de leur répondre : "Taisez-vous, Khmissa, c’est quand même une belle idée".


And the winner is…

Assia El Ouadie
Un jury et des votes par SMS et sur Internet ont décerné 5 Khmissa à 5 femmes sur 25. Portraits de 5 femmes de cœur et de tête et un "continuez" pour les autres.


Droits humains
La mamma des prisons


Il est des personnes pour lesquelles le militantisme colle comme une seconde peau. Une sorte de suite logique à leur naissance, à leur vécu, et à celui de leur famille. C’est le cas d'Assia El Ouadie. Fille de Mohamed El Ouadie Assafi, et de
Touria Seqqat, Assia El Ouadie aurait-elle pu échapper à sa destinée, celle de perpétuer l’entreprise familiale ? Est-ce un hasard si elle a choisi des études de droit. Certainement pas. De 1971 à 1980, Assia occupera ensuite le poste de magistrat au Tribunal de première instance de Casablanca. Un stage à l’École nationale de la magistrature à Paris la mènera à siéger au barreau de Settat puis à celui de Casablanca. Voilà ce qu’il en est de sa carrière professionnelle, qui lui permettra, au fil des années, d’être parfaitement au fait de la justice de son pays. En parallèle, Assia s’engage dans la société civile et, dans un premier temps, fait de la cause féminine son dada. Elle est alors membre du centre d’écoute et d’orientation pour femmes battues. Pour cette militante-née, cela ne suffit pas. Elle est aussi membre de l’AMDH et commence à s’intéresser de très près à la condition des détenus. Là aussi, c’est loin d’être un hasard : "Le chantier de la cause féminine était occupé par plusieurs associations et beaucoup de femmes et d’hommes y étaient impliqués. J'allais être plus utile ailleurs, sur des chantiers vides. La condition des détenus, j’avais commencé à m’y pencher très tôt. La situation dans laquelle vivaient ces gens, auxquels on avait ôté la liberté, m’était insoutenable. Situation que je connaissais bien, puisque je rendais visite à mon père en prison et que plus tard, dans le cadre de mon travail, je recevais des lettres de détenus", confie cette "mamma" des prisons. C’est alors qu’elle rejoint l’Observatoire marocain des prisons dont elle sera secrétaire général adjoint. Aujourd’hui membre de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, elle a participé, l’année dernière, à la création des Amis des centres de réforme. Quand on l’entend parler de sa cause - et sommer, pendant la cérémonie de Khmissa, le ministre des Finances à se pencher sur la question -, on se rend compte vite que son cri, vient bel et bien du cœur.


Béatrice Beloubad
Action sociale et développement
Les enfants d’abord


Béatrice Beloubad est plus Marocaine que beaucoup de Marocaines. De par son amour pour les enfants de ce pays, son action sociale et son dévouement à la cause des orphelins. C’est en 1985 qu’elle arrive au Maroc, un diplôme de psychologie "tout neuf" en poche : "J’avais le choix entre deux possibilités, ouvrir mon propre cabinet ou m’engager dans une activité humanitaire et utile". Béatrice choisira la deuxième option et rejoindra alors une association pour enfants handicapés. Son travail auprès d’une équipe lui permettra alors
de connaître le pays et de comprendre des mœurs qui lui étaient jusque-là étrangères. En 1995, elle est nommée directrice nationale des centres SOS Village d’enfants. Une institution, dont la réputation de sérieux n’est plus à faire. L’idée, celle de Hermann Gmeiner : donner un foyer aux enfants abandonnés et leur permettre d’avoir une enfance et une scolarité normales a donné ses fruits. En effet, aujourd’hui, SOS, c’est trois villages d’enfants, quatre foyers de jeunes, trois jardins d’enfants, deux écoles et un centre de formation professionnelle, le tout essaimé dans tout le Maroc : "Nous accompagnons l’enfant qui nous vient de l’orphelinat, âgé de 0 à 6 ans, jusqu’à son premier emploi", explique Béatrice Beloubad. Le SOS Village devient en somme le tuteur de celui ou celle abandonné par ses parents. Les difficultés contre lesquelles Béatrice se bat, ce sont les démarches administratives : "Il y a des enfants de 7 ou 8 ans qui n’ont même pas de nom. C’est difficile dans ce cas-là de leur constituer des dossiers. Comment voulez-vous que ces enfants aiment leur pays ?". Pour Béatrice, la nouvelle Moudawana est un pas en avant, "puisqu’elle ouvre une brèche dans la reconnaissance de paternité. Mais il reste encore à faire. Prenez le cas de la kafala. Des enfants sont remis à des familles, et personne ne s’occupe du suivi. Par ailleurs, la kafala ne règle pas le problème et il est peut-être temps de penser à de nouvelles lois permettant l’adoption en bonne et due forme". Aujourd’hui, Béatrice Beloubad est mère de famille. Elle a une fille de 17 ans… et quelques 500 autres enfants.


Khalida Azbane
Entreprise
Un nom, une marque


Khalida est née une cuillère en or dans la bouche. Son avenir, tout tracé par son père, allait la mener à occuper un haut poste dans l’entreprise qu’il a créé : Azbane, marque marocaine de parfumerie, cosmétique et produits d’accueil en hôtellerie. Et Khalida sera à la hauteur du rêve paternel, comme le seront d’ailleurs ses trois frères, qui eux aussi, font aujourd’hui partie de l’entreprise familiale. Dès l’âge de sept ans, la petite fille qu’elle était passe ses week-ends dans l’usine : "J’étais la fille
du patron, mais je mettais la main à la pâte, aux côtés des ouvrières". Par la suite, Khalida suivra des études de chimie et deviendra ce qu’on appelle "un nez" : "C’était un choix personnel, mais mon père nous a toujours poussés sur cette voie, celle de le rejoindre pour gérer notre entreprise". C’est ainsi que son diplôme fraîchement en poche, elle devient responsable du laboratoire et œuvrera pour développer la marque, dont 50% vont à l’export. Pour se perfectionner, Khalida multiplie les stages en France et au Japon "pays dont je suis amoureuse", et acquiert les méthodes de management moderne. C’est alors naturellement qu’elle sera promue directrice générale de Azbane, et deviendra "le bras droit du hajj", en référence à son père, ce Soussi fils de Taroudant et self made man : "Lui est le président d’Azbane, mais est beaucoup plus à Paris où il s’occupe de notre bureau aux Champs-Élysées". À Casablanca, Khalida gère, elle, les affaires familiales d’une main de maître, développant la marque et faisant face à une rude concurrence : celle de la contrebande. Comment ? En créant des cosmétiques à la portée de la bourse marocaine, en lançant des produits phares et en s’ouvrant à de nouveaux marchés internationaux… dont le Japon qui viendra s’ajouter à la France, l’Italie et la Belgique. Elle suit en parallèle et de très près le fonctionnement de l’usine et s’enorgueillit de ses petites mains : 70% de femmes, "parce qu’elles sont plus minutieuses, plus dynamiques". Aujourd’hui, Khalida Azbane fait partie de ces rares privilégiées dans le monde : celles dont le nom est une marque de parfum et de produits de beauté.


Fatiha Ahbabaz
Médias et communication
La passion du petit écran


Le moins que l’on puisse dire est que la Khmissa médias et communication a été la plus controversée par les journalistes présents à la cérémonie de remise des prix. La lauréate ? Fatiha Ahbabaz, journaliste à 2M, dont personne ne discutait le mérite, mais qui tout au long de l’année 2003 a été absente du petit écran. Pourquoi elle ? C’est clairement la question que se posait tout le monde : "À votre avis ?", a répondu la concernée quand on lui a posé la question. L’hypothèse qui semblait la
plus plausible est celle que la magie du petit écran - puisqu'il y a eu vote du public par SMS - l’a emporté sur l’actualité houleuse d’une Narjiss Rerhaye et sur les performances journalistiques d’une Fadoua Massat. Ce à quoi Fatiha répond : "Le problème n’est pas là. Je ne mérite pas cette Khmissa, parce que je fais partie des femmes privilégiées, celles qui ont eu la chance de faire des études et d’avoir une carrière professionnelle. C’est aux milliers de Marocaines qui sont analphabètes, qui vivent dans la misère et qui se battent tous les jours qu’on doit rendre hommage". Toujours est-il que Fatiha Ahbabaz, journaliste et présentatrice du journal télévisé arabophone a raflé la Khmissa à quatre autres nominées. Son absence du petit écran, c’est ainsi qu’elle l’explique : "Après mon accouchement, j’ai préféré rester derrière la caméra, être là tous les jours et diriger le journal télévisé. Par ailleurs, je prépare une nouvelle émission de télévision, pour laquelle je n’ai pas encore la date de diffusion. Ce sera une série de mini-reportages, regroupés dans une émission mensuelle". Fatiha Ahbabaz, auparavant, a animé haut la main Daïf khass, l’une des émissions phares de la 2e chaîne au cours de laquelle elle reçu des personnalités comme Taha Yassine Ramadane, ancien vice-président irakien, Fqih Basri, Rafiq Hariri ou encore Zouleikha Nasri. Elle a également été en 1998 l’auteur d’un reportage sur l’Irak sous embargo, reportage qui a participé à faire d’elle l’un des visages les plus connus et les plus appréciés de la 2e chaîne.


Sofia Essaïdi
Arts et culture
La star


Sofia Essaïdi fait partie de ceux et de celles que les médias français taxent régulièrement d’artistes prêts à la consommation et de purs produits de la télé réalité. Soit. Mais Sofia est Marocaine et ses fans marocains, toutes ces considérations, ils s’en moquent et l’accueillent comme une véritable star dès qu’elle met le pied sur le sol marocain. Et puis, Sofia, sans hésitation, a du talent. Une voix sans faille, une silhouette de danseuse étoile, elle a en plus l’assurance et
le maintien d’une diva comme l’ambition qu’il faut pour aller très loin. C’est ce qu’elle compte faire d’ailleurs, puisqu’en pleine tournée avec ses petits camarades de la Star Ac, elle réfléchit à son premier album : "Je vais prendre tout le temps qu’il faut pour choisir mes textes, mes musiques", dit cette Casablancaise d’origine, qui n’en revient toujours pas de l’émeute qu’elle a suscitée lorsque, il y a quelques mois, elle rentrait au Maroc… À la rencontre de ses fans -dont l’âge varie entre 7 et 77 ans, même si les plus âgés préfèrent se faire discrets - scotchés devant TF1 tous les samedis soirs pour suivre les performances de leur idole nationale : "Les 10. 000 personnes qui ont participé au vote de Khmissa, c’était à coup sûr pour Sofia", dira ce jeune homme présent à la remise des prix et encore tout retourné du sourire ravageur que lui a adressé la Marocaine de Star Academy 3. C’est donc sans surprise que celle qui a chanté, entre autres, aux côtés de Sting a remporté la Khmissa arts et culture, suscitant par là même quelques plaisanteries du genre : "Ils se sont trompés de catégorie, elle aurait dû figurer dans la liste médias et communication". Et c’est là où celle qui apparaissait à l’écran comme une fille à papa gâtée et arrogante étonne et lance, son trophée à la main et un brin d’émotion dans la voix : "Je n’ai aucun mérite face à ces femmes qui ont beaucoup fait pour ce pays. C’est à elles que je dédie ce trophée. Moi, je n’ai encore rien fait". Pro de l’image ou sincère, la petite Sofia ? Dans les deux cas, sans conteste, elle a été la star de Khmissa.

 
 
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