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Au-delà du massacre : Les leçons de Madrid
1- Les terroristes se perfectionnent. Jusqu'à présent, ils portaient presque toujours le linceul du martyre et le détonateur qui va avec pour les propulser au paradis. Ce qui rendait les attentats très difficiles, voire impossibles à anticiper, par les services de sécurité. Que faire contre des hommes décidés à mourir ? Mais depuis ce jeudi 11 mars à Madrid, on sait qu'ils sont capables de commettre des carnages à distance, à détonations multiples et spontanées. Non seulement la "guerre contre le terrorisme" n'est pas venue à bout de ces fils spirituels de Ben Laden, mais plus le temps passe, plus les attentats deviennent fréquents, sophistiqués et audacieux. Certes, le recours aux technologies de pointe (explosions à distance télécommandées par des téléphones portables, une première !) semble réservé aux cibles prestigieuses : New York et Madrid. Les bricolages, plutôt amateurs, restent toujours l'apanage des cibles de troisième zone : Jerba, Casablanca, Karachi, etc. Manière de montrer que les terroristes s'adaptent parfaitement à leur environnement. Comme le dit Paul Virilio, cette guerre pourrait bien être sans fin.
2- La politique s'invite. Les terroristes ont toujours été aveugles dans le massacre des victimes innocentes, le choix des lieux et des dates. Plus maintenant. À Madrid, ils sont su tirer un avantage maximum de la conjoncture politique. Programmer leur carnage au cur de la capitale, à trois jours d'élections législatives de nature à changer totalement l'équation du pouvoir, a eu pour effet de faire basculer l'Espagne d'un camp politique vers un autre. Craignant de payer pour son engagement impopulaire en Irak, le gouvernement Aznar a tout fait pour accréditer la piste ETA. Mal lui en a pris : il a été sanctionné par les urnes. Chez le digne peuple d'Espagne, lexigence éthique de la vérité a pris le dessus sur le désir aveugle de vengeance. C'est le contraire qui s'était passé en Amérique après le 11 septembre 2001, avec les conséquences mondiales que l'on sait. LEspagne pro-américaine, belliqueuse et belliciste dAznar, a donc passé le témoin à l'Espagne moins impulsive, européenne et pacifiste de Zapatero. Certains ont déploré que le vote ait changé de camp sous la pression de la terreur (avant les attentats, la droite était donné gagnante par tous les sondages, avec une marge confortable). Dautres ont perçu la volonté du nouveau Premier ministre de retirer ses troupes d'Irak comme une capitulation devant Al Qaïda. Au fond, la différence entre Bush le messianique et Zapatero le socialiste, c'est que le premier a refusé de penser aux raisons de lattaque des Twin Towers et a foncé tête baissée dans une expédition barbare, en Afghanistan et en Irak. Alors que le second, en démocrate cohérent, a pensé, conséquemment, que si elle n'avait pas de justification, la pire des barbaries pouvait avoir au moins une explication. Par ailleurs, il a tout simplement respecté une promesse de campagne, conforme au vu de 90% des Espagnols qui étaient contre l'engagement d'Aznar en Irak.
3- Les services s'ouvrent. L'équipe Aznar a tenté de dissimuler la réalité des informations que lui transmettaient ses services secrets, dans les heures suivant l'attentat. Les conséquences ayant été le renversement de cette équipe, on a vite recommandé aux services d'être aussi transparents que possible. Fait sans précédent, les autorités espagnoles ont décidé de déclassifier les rapports de renseignements relatifs aux attentats. L'opinion publique accède donc aux informations (sauf, probablement, une partie qui doit rester secrète pour ne pas saborder l'enquête en cours) en temps réel. Ce qui crée une situation inédite : des informations provenant des services secrets marocains, étroitement associés à l'enquête vu la nationalité d'une grande majorité des suspects, vont être livrées de manière transparente à la presse
et pas vraiment parce que leurs émetteurs l'ont voulu ! Les voies de l'information sont presque aussi impénétrables que celles de Dieu. |