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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



Antécédents

    1979 : quitte Tanger et intègre une école dirigée par les sœurs à Rabat
    1989 : décroche son bac et part à l’étranger pour des études de cinéma
    2003 : participe à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes
    2004 : sortie nationale de son premier long-métrage Les yeux secs

Smyet Bak ?
El Wafi Nejjar

Smyet mok ?
Noufissa Sbai.

Nimirou d’la carte ?

Attendez de voir si je m’en rappelle. A 75 36 00.

Quelle profession ?
Réalisatrice.

Bien. La sortie nationale de votre premier long-métrage Les yeux secs est prévue pour le 24 mars prochain dans "certaines salles" du royaume, c’est bien ça ?
Oui, malheureusement. J’ai été contactée par le Mégarama qui ont été très corrects au début avec moi, en me proposant des choses très sympathiques. Mais il a fallu que je les informe que le film sortait également au Dawliz pour qu’ils affichent un refus systématique, me signifiant qu’il fallait que je choisisse entre les deux salles.

Et plutôt qu’un cinéma de riches, vous avez fini par choisir un cinéma de pauvres ?
Non mais je suis enragée à l’idée d’avoir eu à choisir. Moi aussi je voulais assurer la plus large audience à mon film qui, je le rappelle, n’est pas spécialement destiné à telle ou telle autre couche sociale. Mais bon, le fait est qu’aujourd’hui je n’aurai peut-être pas les gens qui exigent un certain confort et qui sont prêts à payer pour ça.

Qu’est-ce que ça vous fait ?
Ça m’emmerde et je trouve cela désolant. Je me retrouve avec deux chevaux de bataille. Déjà que je fais un cinéma militant et engagé, je trouve que ce combat est plus pernicieux et plus tordu.

C’est peut-être ça la distribution, finalement ?
Peut-être. Je fais tout pour mon film et ça aussi, ça me désole. Tous les jours je suis obligée de passer du Nord au Sud, de la réalisation à la distribution, etc. Mais je n’ai pas le choix. Contrairement à d’autre réalisateurs, je ne fais que ça et je ne bouffe que de ça.

Et on bouffe correctement avec le cinéma, au Maroc ?
Écoutez, je vous le dirai à partir de la deuxième semaine de la sortie de mon film dans les salles (rires).

Au dernier festival du film d’Oujda, lors de la remise de votre prix (meilleur scénario), vous vous étiez directement adressée au roi, en lui demandant d’œuvrer pour la création d’une école de cinéma au Maroc. Vous êtes habituée à autant de familiarité avec Sa Majesté ?
Je ne pense pas que ce soit de la familiarité. Je crois que c’est un acte citoyen. Pourquoi est-ce que la citoyenne que je suis ne peut pas s’adresser à la plus haute autorité du pays ?

Et sinon, pour l’école de cinéma ?
Ben, j’attends toujours. Je l’espère et je le souhaite de tout cœur. Vous savez que je suis membre du jury de 2M pour l’opération "15 ans, 15 talents". Je peux vous dire que le standard de la chaîne reçoit chaque jour de nombreux appels de gens qui demandent mes coordonnées. Ce sont des parents qui veulent que leurs enfants fassent du cinéma, ça leur semble aujourd’hui possible. Il y a donc une réelle demande et un réel potentiel. J’espère que ma demande a été entendue par le roi et je sais qu’il entend.

Vous traînez une sacrée réputation de "rentre-dedans". C’est une image que vous tenez à entretenir ?
Pas du tout. Je suis très sensible et perméable aux gens. C’est donc peut-être pour moi une façon de me protéger, une immunité. Mais ce n’est pas une image, c’est ma seconde peau.

Vous n’avez pas peur que ça vous cause du tort, alors que vous venez de commencer ?
C’est ma façon d’être. Disons que je ne me pose pas la question en ces termes. Je crois que plus je suis en adéquation avec moi-même, mieux ce sera pour tout le monde. Et puis tant pis pour ma réputation, parce que l’image que j’aurai en public sera toujours approximative. Je n’ai pas besoin de me montrer souvent, j’aime être en cohérence avec mes œuvres. J’aime ce pays et j’ai peur qu’il bascule dans quelque chose de mal.

N’est-ce pas déjà le cas ?
Je veux garder ma naïveté et faire des films pour engager une réflexion sur la question : dans quelle horreur voulons-nous vivre et jusqu’à quel point n’avons-nous pas peur de la liberté ?

Vous n’avez pas la grosse tête avec tous les prix que vous avez reçus pour votre première œuvre ?
Pas du tout. Je me dis que le chemin a été court pour arriver jusqu’ici et que le chemin restant est très long pour entretenir la confiance que l’on m’a faite.

Entre nous, ça ne vous fait rien de repartir sans la Khmissa ?
C’est une distinction qui récompense les femmes qui ont marqué l’année. J’ai été nominée et c’est déjà une grande fierté. Le parcours de Sofia a, il est vrai, commencé avec la Star Ac, mais elle a marqué tout le monde. Et je suis fière d’elle. Je refuse que la chanson soit le parent pauvre de l’art.

 
 
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