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N° 119
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Mémoires d’Abdellah Laroui : Le Sahara, la politique et le reste

Rebelote. Après ses premières mémoires et méditations, retraçant une période où il était à cheval entre le Maroc et les États-Unis, l’historien et penseur Abdellah Laroui récidive et publie la suite (1974-1981), où il était rentré au bercail et se montrait très sensible aux moindres secousses de la scène politique. Nous apprenant, au passage, sans même relater les détails de l’aventure, qu’il s’était engagé dans la marche verte, l’auteur égrène, d’une décision à l’autre, d’une altercation à l’autre, les entêtements de l’Algérie, les incohérences du Maroc, les premières animosités de l’Espagne, la position biaisée de Waldheim (représentant de l’ONU, qui était tenu en laisse par l’URSS). Lecteur assidu des journaux nationaux, auditeur matinal des radios étrangères (la BBC surtout) et rationaliste imperturbable, Laroui pointe dans ces éphémérides des pistes d’analyse (quel poids pouvait avoir à l’ONU la thèse de souveraineté historique face à celle de l’autodétermination ?), mais aussi des paradoxes saisissants (la demande de l’appui américain au moment où la blessure vietnamienne est encore béante…). Au gré des événements, il change de registre. La mise à l’écart des partis en amont du conflit avec l’Algérie, puis
leur remise en selle par le consensus de la Marche verte, ou encore leur ballottage à l’occasion des communales de 1977, puis la mise en place de faussaires lors des législatives, tout cela Laroui le suivait à double titre : en tant qu'observateur et acteur, pas encore désillusionné, de l’USFP. Dans ces mémoires, beaucoup moins que dans les précédents, il s’autorise à faire des intermèdes littéraires, pour parler de Daisy Miller, par exemple. Mais l’activité politique est dense durant ces années là. Selon le butin médiatique du jour, il expose les déboires du Shah d’Iran, le raidissement algérien, après la mort de Boumédiène ou encore la démystification de la grève de 1981 par la presse étrangère. À chaque fois, il s’attèle à éclairer logiquement des faits historiques instantanés. Il ne cherche pas forcément à rassurer le lecteur. Ses doutes du moment transparaissent suffisamment, mais son sens élaboré du récit donne à ces fragments datés une grande lisibilité. Il en résulte une chaîne de chroniques qui résiste au temps.

Khawatir Assabah, Mémoires (1974-1981), Abdellah Laroui ; Éd. Centre culturel arabe



Maladresse : Jamaï out !

Les éditeurs de la place étaient invités, ce mois-ci, par l'ambassade de France à remettre le nom de l'auteur qu'ils souhaitent convier au Salon du livre de Paris, inauguré le 14 mars. Khalid Jamaï, auteur de 1973, présumés coupables, a été proposé par Tarik Éditions. Le journaliste était tenté de décliner l’offre, mais il a fini par accepter de jouer le jeu du marketing littéraire. La directrice du Bureau du livre, Marie Redonnet, a ficelé la liste des partants et remis le dossier au conseiller culturel. "Une semaine plus tard, elle m’appelle pour me faire savoir qu'à sa grande surprise, mon nom a été rayé de la liste", raconte Jamaï. Aucune explication officielle. Mais, aussi bien l’auteur que l’éditeur l’ont pris pour "une sanction du livre qui traite des années de plomb". Le conseiller adjoint à la culture, Jacques Lemlé, à l’origine de cette déconvenue, reconnaît l'avoir écarté "parce qu’il y en avait un de trop". Et pourquoi lui précisément ? "M. Jamai, dont j’apprécie les chroniques, est victime de conflits internes entre Mme Redonnet et moi-même", ajoute-t-il. Le geste de Lemlé n’ayant pas été apprécié en interne, il a voulu corriger cet impair, en promettant aux concernés un billet de consolation. Ce fut vain. "Je ne pouvais accepter ce manque de considération", estime Bichr Bennani. "Le mal est fait. En plus, je n’étais même pas demandeur", commente Jamai, pour clore l’affaire. Regrettable !


Parution : Jebbar, tendre ours

Amadeus n’est pas un ours, un autre nouveau-né des contes pour enfants made in Morocco. C’est l’histoire de Mehdi qui s’éprend de l’ours Amadeus, dit Jebbar, avec lequel il dialogue à chaque fois qu’il visite le zoo du quartier. Il en est tellement proche qu’il ne voit pas l’ours en lui. Juste l’incarnation mythologique de la bête amie. Mais Jebbar a fini par s’avérer être un agresseur. Il a été abattu, au grand dam de son petit ami. C’est l’histoire d’un enchantement et d’une désillusion. Bien ficelée.

Amadeus n’est pas un ours, Mehdi de Gaincourt ; Éd. Yomad (50 DH)

 
 
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