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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Metoo Kasawanka

Ces mauvais lutteurs de sumo
de Slimani & Lâafoura ! (Photo AFP)
Les Japonais, c’est le dernier peuple que je ne connais pas. Jusqu’à présent, je n’ai rencontré que des appareils photo avec des Chinoua au bout. Dans l’imaginaire marocain, les Japonais sont rangés dans la catégorie "Chinoua". Comme les Vietnamiens. T’as les yeux bridés ? Chinoua. Mais comment voit-on ces Chinoua, chez nous ? Ils vivent en colonies super-organisées, rien qui dépasse. Chez nous, y a que dans les défilés militaires qu’y a rien qui dépasse. Autrement, tout dépasse. Les Chinoua vivent comme des fourmis, ils sont interchangeables parce qu’ils ont tous la même trombine, ils triment sans arrêt, c’est des stakhanovistes spartiates. Tu leur donnes un bol de riz, ils te creusent un tunnel de métro. Heureusement qu’ils dorment de temps en temps, autrement ils auraient tellement creusé qu’ils auraient provoqué l’effondrement du Japon dans le Pacifique. Quand tu demandes un passeport au Japon, il arrive 37 secondes plus tard. Ici, quand tu voyages, ton passeport tout neuf expire entre le parking de l’aéroport et ton siège dans l’avion.
Moi, j’ai compris comment les Occidentaux nous voyaient quand
je suis allé en Mauritanie. Les Mauritaniens, c’est l’un des peuples les plus planants que j’aie rencontré. Chez eux, c’est "ça va un peu, on va y aller, c’est comme si c’était fait, mieux vaut partir à point".
Alors, si les Européens c’est les Mauritaniens des Japonais, qu’est-ce qu’on est, nous ?
Des gens prudents. B’chouïa âalik a khouya, malna, harbanin ? (vas-y doucement, mon frère, on n'est pas poursuivis) ? Vous allez voir, les Japonais vont se planter. La fourmilière sécrète son propre poison. Un jour, ils viendront prendre des cours de savoir attendre chez nous. Parce que nous, on agit. Agir, c’est laisser venir en attendant de voir. Personne n’a jamais été enfermé pour avoir attendu, alors n’attendez pas d’être enfermé pour laisser venir.
Quand tu vois un mec répondre à son courrier, au téléphone, faxer un bon de commande et préparer la réunion du comité d’entreprise, pendant la pause déjeuner, c’est un Japonais. Quand tu vois un mec faire ses 8 heures de pause déjeuner, il est de Khouribga. Pourtant, les Japonais ont un problème un peu con. Ils vont tous au même endroit. Tu demandes à un gars de Tokyo où il va, il te dit "au boulot". Pareil à Yokohama, Hiroshima et à Los Alamos. Ici, quand tu demandes à un mec où il va, à n’importe quel moment de la journée, il te répond infailliblement, "je sors du boulot". Quand le Japon pètera un fusible, toutes les Bourses du monde vont faire la cabriole. "Tu vas au boulot ? Non, je vais à la Bourse du travail pour réclamer une réduction de salaire".
Alors je suis circonspect. Dès qu’une discussion commence entre Japonais, ils prennent des têtes d’enragés congelés à deux doigts d’exploser. On se demande quand ils vont commencer à sortir les sabres, puis les querelles s’éteignent comme par enchantement.
J’ai entendu parler d’un Japonais qui avait reçu une augmentation, à l’usine. Il a hurlé en japonais classique "Hashawa hatchi ?" (C'est quoi ça ?), avant de se faire hara-kiri en laissant une lettre à son patron : "Très estimé Excellence et Chef, j’ai toujours mis l’intérêt de l’entreprise au-dessus des intérêts de mes enfants depuis 40 ans, vous venez, par le rajout d’une mention sur mon bulletin de paie, de me signifier que mon sacrifice était inutile. Vous avez même tenté, en modifiant unilatéralement ma fiche de salaire, de me couper des autres travailleurs, et cela s’appelle de la ségrégation".
Les Japonais que j’ai vus à la télé sont encore plus nazes. Ils crient tout le temps. Quand on annonce à quelqu’un que son entreprise a remporté un marché, il oublie de respirer, rougit jusqu’à la congestion, prend un air offensé et hurle, en soufflant par les naseaux : "Ya metoo Kasawanka !". C’est-à-dire : "On va creuser un métro avec ces mauvais lutteurs de sumo de Slimani & Lâafoura".
Les Japonais sont effectivement venus à la wilaya avec leur tenue de sumo qui met en valeur la générosité et la spontanéité de leur arrière-train. Par égard pour leurs hôtes, Slimani & Lâafoura les ont reçus dans la même tenue. Mais un tel spectacle était intolérable pour les Japonais qui menacèrent de se plaindre à leur ambassade, à la Fédération internationale de sumo et à l’Union internationale des transporteurs souterrains. Mais, il faut les comprendre : un derrière congru, fripé et triste, un postérieur à plis, flasque et peu athlétique. Ya pa metoo Kasawanka.

 
 
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