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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

La campagne des élections algériennes est ouverte : Bouteflika défie l’armée

Bouteflika, candidat de l’armée ?
Un secret de Polichinelle !
(Photo AFP)
La campagne pour l’élection présidentielle algérienne du 8 avril s’est ouverte le 18 mars. Mais seuls Ali Benflis et Abdelaziz Bouteflika ne font pas figure de candidats symboliques. L’enjeu est lourd. Dans un pays où l’institution militaire fait et défait les présidents, il semble bien qu’elle ait un problème avec un candidat qu’elle a choisi en 1999 et qui la défie ouvertement, aujourd’hui.
Longtemps cantonné dans un mutisme qui a pu sembler bienveillant aux citoyens, le général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée, est sorti de sa réserve et a proclamé à deux reprises, la semaine dernière, que l’armée ne tolèrerait pas que l’administration et la justice soient utilisées pour favoriser l’un ou l’autre candidat. Entendez la réélection du président-candidat.
En décembre 1991, déjà, entre les deux tours des législatives qui promettaient une déferlante islamiste, l’armée avait invité la presse francophone à "un échange de vues" sur la situation. En fait, les généraux voulaient savoir jusqu’à quel point la presse tenait au respect des urnes à la veille d’un deuxième tour qui
annonçait l’avènement d’un État islamiste.
La presse moderniste ne tenait pas tant que cela à l’"iranisation" de l’Algérie. Elle fut plus qu’alléchée par cette option inespérée d’un deuxième tour escamoté.
Étrange convergence. Après 12 ans de guerre civile, l’histoire se répétera-t-elle en avril 2004 ? Le président Bouteflika se pose certainement la question lui-même puisqu’il a déclaré, lors de son passage à la télévision publique algérienne, le 15 mars dernier, qu’"il n'y aurait pas d'arrêt du processus électoral".
La presse algérienne y a vu une réaction directe aux avertissements de Mohamed Lamari, dans les colonnes du journal de l’armée, El Djeich. Mais pour bien montrer qui était le maître et comment il tenait ses obligés galonnés le président a déclaré dans sa prestation télévisée qu'il avait évité "à l'institution militaire un procès devant le Tribunal pénal international". Il a même poursuivi que "malgré les pressions, (il a) pu ouvrir le dossier des disparus à Genève… (Les généraux) ont dit 4000 disparus, moi j'ai dit 7000".
Le bras de fer est engagé entre un président qui menace son armée d’un procès pour crimes contre l’humanité et une armée qui recueille plus de sympathie que ce président. On peut comprendre que la presse puisse converger avec les militaires pour faire front contre celui qui a blanchi des milliers de terroristes et qui a reçu ouvertement le soutien de l’Armée islamique du salut, mais ces généraux sont-ils oui ou non passibles du TPI ?
Et ont-ils un défenseur potentiel en lice ? Comment faire pour que cesse de nuire celui qui a absout les "assassins" par la "concorde civile", réintroduit les islamistes sur la scène politique comme en 1991, et leur a permis de réinvestir la mosquée, la rue et l’économie ?
Il faut avoir un candidat capable de vaincre Bouteflika. De détrôner ce président qui a rompu le pacte de 1999, quand l’armée l’avait appelé parce qu’il était "le moins mauvais" des candidats.
Lors de la même émission télévisée, le président algérien s’est attaqué aux civils aussi. À l’adresse de ceux qui demandaient l’ouverture du paysage audiovisuel, il a répondu par un méprisant :"Un seul discours doit être transmis par la télévision… Ana linekhalas ounta targuasse (moi qui paye et toi tu danses )".
Aux Kabyles en révolte permanente, qu’il avait déjà traités de nains politiques, il a déclaré que l'officialisation de la langue amazighe était une atteinte à l'unité nationale. Il a parlé aussi de modifier la Constitution algérienne dans un sens plus "présidentiel". La presse hurle à l’absolutisme qui menace mais c’est surtout au général Mohamed Lamari que cela s’adresse, car le candidat Bouteflika ne peut certainement pas avoir oublié que le général Lamari avait déclaré il y a quelques mois, que "celui qui toucherait à la Constitution trouverait l’armée sur son chemin".
Dans une vingtaine de jours les Algériens connaîtront l’issue de ce combat à mort. L’armée se conformera-t-elle au verdict d’urnes qu’elle juge faussé d’avance ? Va-t-elle se contenter de lancer tout son poids dans la bataille en soutenant Ali Benflis dont Mohamed Benchicou, auteur de Bouteflika, une imposture algérienne, a dit qu’il était le candidat de l’armée, et que c’était un secret de Polichinelle ? Alger vit des jours incertains, cesseront-ils après la proclamation des résultats ?

 
 
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