Politique : Le PJD prépare laprèsKhatib
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Les membres du PJD au Parlement, Mustapha Ramid au premier plan
(Photo AFP)
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A la veille de son 5e congrès, en avril prochain, le PJD fait sa toilette intime et redessine ses contours autour du Dr Abdelkrim Khatib. Le tout sur fond de luttes intestines réglées à "lamiable". Par Karim Boukhari
L'actualité du PJD tourne, depuis de longs mois, autour du domicile de son fondateur, le docteur Abdelkrim Khatib. Loctogénaire est sollicité de toutes parts pour redessiner les contours du parti. Dans son entourage, pourtant, on assure que "le docteur naspire quà une chose : prendre sa retraite". Khatib |
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ne battra pas en retraite. Parce que ses poulains dans la direction du PJD et, plus encore, ses interlocuteurs officieux, ne veulent plus le lâcher : "Nous voulons quil reste, nous assure un cadre influent dans le parti, Lahcen Daoudi. Khatib est un personnage à dimension nationale, nous lui devons lexistence même du PJD". Le PJD a ainsi procédé, à quelques semaines du congrès, à une modification de ses statuts. Une surprise. Khatib a été affublé du titre de "président fondateur, et président de toutes les instances du parti". Un tel chamboulement, comme nous lexplique une source proche de la direction du parti, ne relève pas dun subit besoin de reconnaissance envers le "père" du PJD. Cest une décision politique mûrement réfléchie. "Le changement des statuts concerne aussi le profil et les attributions du secrétaire général. Il est désormais acquis que Khatib, président fondateur, ne peut pas être en même temps S.G". Khatib président fondateur, dans les faits président à vie, ne sera donc pas candidat à sa propre succession en tant que S.G. De quoi sera fait, demain, son pouvoir de décision ? "Concrètement, nous explique le chercheur Mohamed Darif, Khatib hérite dun titre purement honorifique qui fait de lui, tant quil sera en vie, un rempart contre toute déviation incontrôlée dans la ligne du parti. Cest une solution pour maintenir les grands équilibres qui régissent le PJD. Mais le problème se posera quand Khatib ne sera plus là
".
Pour ses détracteurs, y compris au sein du parti, le maintien de Khatib, certes sans pouvoir de décision réel, est aussi un gage de sécurité adressé aux autorités marocaines, qui suivent de très près lévolution interne du PJD. Des émissaires du Palais auraient suggéré à Khatib de reprendre du service depuis les événements du 16 mai. "Ces arguments ne tiennent pas la route, proteste Lahcen Daoudi. Le PJD na pas à rassurer et, dans tous les cas, ce nest pas avec une personne quil le fera". Au final, le docteur Khatib continuera dassumer jusquau bout son rôle de nettoyeur au sein du parti : cest lui qui avait "vidé" Raïssouni coupable dun dérapage verbal au nom du MUR (Mouvement unification et renouveau, association qui sert de base-arrière au PJD), cest lui qui avait "convaincu" Ramid de se mettre à lécart au lendemain du 16 mai. Cest lui, demain, de par ses fonctions, qui sera appelé à vider dautres perturbateurs éventuels parmi les leaders du PJD.
Le docteur aura du pain sur la planche. Dans limmédiat, il a à gérer le cas de Mohamed Khalidi, le responsable des médias du parti. Khalidi est décrit, à lintérieur du PJD, comme "une brebis égarée, sans maître et sans troupeau pour lui tenir compagnie". Ce jugement sévère décrit le malaise dans lequel se trouve Khalidi. Ancien compagnon de Khatib au sein du fantomatique MPDC, lancêtre du PJD, Mohamed Khalidi a cru que son heure de gloire avait sonnée quand il a monté, en 2003, une association (Al-yaqada wal fadila) pour contrecarrer le MUR, dont il était lun des plus farouches adversaires. À ses amis, il expliquait que "le MUR était en train dopérer une OPA sur le PJD" et que cétait "contraire à lesprit et aux soucis déquilibre dans lequel Khatib avait fondé le parti". Khalidi a donc fondé sa propre association mais, un mois plus tard, il y a eu les attentats du 16 mai. Le coup darrêt a été dautant plus brutal que ses adversaires laccusent davoir essayé denrôler, au tout début, un personnage comme Hassan Kettani, arrêté plus tard dans le cadre de la loi antiterroriste. "Lassociation de Khalidi regroupe des gens proches des réseaux chiites ou salafistes, clament les nombreux adversaires de Khalidi. Non seulement il ne contre-balance pas linfluence du MUR, mais il risque de porter lestocade à limage du PJD". Khalidi sen défend, évidemment. Et même si son association est devenue une coquille vide, il na pas renoncé à toutes ses ambitions dans lorganigramme du parti, ni à sa volonté dinstaurer une politique de quotas (par rapport aux cadres issus du MUR) pour la détermination des postes de responsabilité dans la direction du PJD. Il compte sur lappui éventuel du "compagnon" Khatib. Et cela dérange, notamment parmi les représentants du MUR, majoritaires dans le PJD. "Khalidi gère la presse du parti (Al-Asr), nous dit lun dentre eux, et ce nest pas une réussite. Son association sest dégonflée comme une baudruche. Il ne lui reste que Khatib pour maintenir lespoir dun retour en grâce".
Autre épine dans le pied du PJD, le cas de Benabdellah El Ougouti. Résistant de la première heure, El Ougouti a rejoint Khatib dès sa période "harakie", où il incarnait lopposition à Mahjoubi Aherdane. Fidèle parmi les fidèles, il a participé à la fondation du MPDC dès 1967 et, trois décennies plus tard, aux négociations qui allaient aboutir à la formation du PJD, après laccord passé avec les affluents dAl Islah Wat-tajdid. Éternel homme de lombre, El Ougouti réclamait son dû. Le remaniement des statuts du PJD, sous les directives de Khatib, vient de le lui accorder. Il est dores et déjà reconduit président du conseil national. Comme son précieux mentor, lui aussi se retrouve, dans les faits, président à vie. Ce qui est une manière de le récompenser. Mais cest aussi, comme le rappellent ses détracteurs, un moyen de lempêcher de postuler au poste de S.G.
En dehors de Khalidi, le PJD a donc choisi de désigner ses "gages de bonne conduite", le tandem Khatib - El Ougouti, aux postes symboliques de présidents, respectivement, du parti et du conseil national. Placés en éclaireurs, les deux hommes, du fait de leur long vécu, présentent lavantage dêtre à lécoute des tendances chez les officiels du régime. En les nommant, le PJD sachète un nouveau crédit de bonne conduite "là-haut", comme le précise ce militant du parti et il les écarte du même coup du tunnel vers le poste très convoité de secrétaire général. Pour éviter une résistance éventuelle de la base, cette double décision dune extrême importance a été glissée avant le congrès et débattue, seulement, au niveau de la classe dirigeante, dont le conseil national, qui se réunit ce week-end même à Bouznika.
Le PJD, qui a retenu les leçons politiciennes du 16 mai, continue de faire son nettoyage interne. Ramid, auquel on reproche à demi-mot de prétendus liens avec Driss Basri, a été évincé du groupe parlementaire, dont la présidence revient désormais à Abdellah Bakkali, et pourrait perdre jusquà son siège de député sur décision du conseil constitutionnel (lire encadré ci-contre). Raïssouni a été mis au placard au profit de Mohamed Hamdaoui, connu pour sa retenue verbale, qui hérite de lassociation du MUR, véritable artère nourricière du parti. La chabiba du parti, toujours conduite par le discret Abdelaziz Rebbah, a été recentrée sur Casablanca, première pépinière du parti. Quant aux nombreux imams qui avaient rejoint, par vagues successives, le PJD au lendemain de sa naissance, ils ont été, sur demande expresse des autorités, proprement chassés du parti.
Avant même la tenue de son 5e congrès, les clignotants, comme on pouvait le penser dans les suites du 16 mai, ne sont plus au rouge chez le PJD. Les parts du gâteau ont été délicatement distribuées, de façon à préserver les grands équilibres au sein du parti. Tout est prêt pour attendre le feu vert du pouvoir pour entrer, éventuellement, au gouvernement. La question, même si elle nest pas officiellement à lordre du jour, est discutée en interne. "Au PJD, nous rappelle un militant qui a requis lanonymat, on na pas oublié la proposition de Youssoufi de participer à lun des gouvernements de lalternance (NDLR : Abdelilah Benkriane a été lun des promoteurs de lidée). Cette fois, si la proposition nous est renouvelée, il est clair que lon pourrait y aller". |
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Opposition : Le PJD nentrera pas au gouvernement
Le PJD a multiplié, depuis des semaines, les rencontres avec les représentants de la mouvance populaire (les MP, MNP, UD, etc.), eux-mêmes très en contact avec Ahmed Osman du RNI, pour être inclus dans un éventuel remaniement ministériel. Cela signifie-t-il que le parti de Khatib sapprête à effectuer son entrée au gouvernement ? Réponse de Lahcen Daoudi, lun des dirigeants du parti : "Ces rencontres concernaient des questions parlementaires, notamment sur le code de la famille, sans plus. Nous navons reçu aucune proposition pour intégrer le gouvernement. Mais nous sommes disposés à recevoir et à étudier toutes les offres. Pour linstant, il ny en a pas". Le même Daoudi met une nuance à ses propos en ajoutant que "le PJD ne fait pas de lopposition une fin en soi et, comme tous les partis, il pourrait siéger au gouvernement sil reçoit une offre intéressante en ce sens". Il semble acquis que le parti de Khatib ne sera pas inclus dans un remaniement ministériel que lon dit très proche. "Il faudra voir, nous explique une source extérieure au parti, comment le PJD évoluera sans Khatib et sans référentiel direct à lislam". |
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Secrétariat général : Othmani, sauf surprise...
La course au poste de secrétaire général concerne trois candidats : Abdelilah Benkriane, Saâdeddine Othmani et Mustapha Ramid, chacun représentant une tendance à lui seul au sein du parti. Avant les attentats du 16 mai 2003, les trois candidats partaient à armes égales. Aujourdhui, la donne a changé et seul Othmani maintient le cap alors que Benkirane, et surtout Ramid, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse.
Benkirane, selon des sources internes au PJD, reste le "favori du Palais". Monarchiste convaincu, il représente la jonction parfaite entre modernité et traditions, des valeurs qui plaisent bien dans le Maroc daujourdhui. Il doit |
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aussi sa "solvabilité" au rôle historique quil a joué dans lémergence dun mouvement islamiste au Maroc, dûment encadré et détaché des partis politiques existants. Mais lhomme a un sérieux handicap. Il passe, à lintérieur du parti, pour un mauvais communicateur. Pour ses détracteurs, "Benkirane est un leader brillant, mais qui ne soigne pas ses relations publiques". On lui reproche son manque dassiduité et ses sautes dhumeur, qui lui font perdre de précieux appuis internes. Cétait pourtant lui le favori au leadership, dès 1999. Aujourdhui, seul un miracle lui permettrait de succéder à Khatib.
Aux antipodes de Benkirane, on retrouve Ramid. Populiste mais bosseur, il est dautant mieux apprécié par les bases quil passe pour le contestataire du parti. Techniquement, il a construit sa notoriété autour du groupe parlementaire du PJD quil a présidé, de longues années durant, passant sans heurts de 9 à 14, et finalement à 42 députés parfaitement encadrés. Depuis les attentats du 16 mai, Ramid accuse sérieusement le coup. Mal-aimé en haut lieu, cet homme de terrain a fait les frais des accords secrets passés entre la direction du PJD et les autorités. Le moins contrôlable des leaders naturels du parti a été démis de sa fonction de chef de groupe parlementaire. Il risque même de perdre son siège de député à El-Fida puisque le conseil constitutionnel, daprès des sources sûres, serait en train dinvalider son élection. Ramid na aucune chance de briguer le mandat de S.G, mais il tentera de forcer le coup pour maintenir le soutien des bases du parti.
Reste Saâdeddine Othmani, déjà S.G adjoint sous Khatib. Sauf accident, cest lui le futur S.G du parti. Homme de tous les consensus, excellent gestionnaire, Othmani plaît tant à droite quà gauche, aux autorités comme aux militants du parti. "Avec lui, au moins, on est sûr quil ny aura pas de surprise", dit de lui une source interne. Il correspond parfaitement au profil recherché par Khatib et les autorités dune part, et par laile la plus politisée du parti : celui dun homme capable de tenir la maison PJD dans le contexte si difficile du terrorisme intégriste. |
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