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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Tondez les œufs

(Photo AFP)
Les Mexicains, je les connais bien mieux que les Japonais. C’est des tire-au-flanc qui passent leur temps à boire de la tequila en essayant de traverser la frontière des USA. En plus de boire, ils mangent des champignons hallucinogènes, jouent de la guitare sous le balcon de leur chérie, avant de lui infliger 8 gosses. À 35 ans, elle pèse un quintal et ne sort plus de l'église du village. Chez nous, si tu vas jouer Choufi ghirou de Najat Aâtabou, avec ton outar, sous le balcon de la fille des voisins, son frère descend, te redessine le portrait avant de te chasser à coups de pied au fondement pour "tapage nocturne touchant à l’honneur de la famille". Sa mère te balance un seau d’eau
bouillante et son père descend avec yedd el mehraz (pilon) pour te rectifier les asymétries. Voilà comment le concert finit dans un panier à salade avec le même bergadi (brigadier) - il est tout le temps de service celui-là ?- qui te hurle : "Ah parce que tu trouves qu’on a des raisons de chanter, toi ? Kat ghenni ya oueld el…, hana ghadi neddi babak fine ttglassa".
Au Mexique, la guérilla, elle est tellement barge que son chef, le sous-commandant Marcos, se prend pour un escargot. Le reste du temps, les Mexicains font partie du Tiers-monde, la moitié des gens vivent au-dessous du minimum vital à Don Mumeno, le bidonville le plus crade de la capitale. Heureusement que c’est pas nos voisins, ça aurait été une concurrence sans pitié pour les pateras de nos transporteurs réunis dans la Confédération des transporteurs marocains (CTM) à qui l’on doit la prouesse d’avoir provoqué l’écroulement de leur façade côté Derb Ghallef, en voulant démolir leur dépôt côté boulevard Brahim Roudani.
Pour en revenir à nos cousins mexicains, ce qui nous intéresse, chez eux, c'est la révolution "médiatique" que connaît leur pays.
Figurez-vous que ces Mauritaniens d'Amérique latine ont décidé de lever le secret criminel en filmant les moindres faits et gestes des hommes publics, qui ont un attachement sentimental appuyé pour l'argent. C’est la télévision realidad sordida.
Ils ont des "caméras cachées" qui fixent les politiciens corrompus en flagrant délit de réception d’épaisses liasses. C'est comme ça qu'on peut voir des hauts responsables de partis empocher des kilos de billets en liquide. Ça passe en boucle à la télé. Nous ne sommes évidemment pas concernés par cette innovation révolutionnaire : ici, il faudrait encore graisser la patte au cameraman pour qu'il ne revende pas des copies du film à la concurrence, ensuite, il faut l'incarcérer, l'entourer d'un champ de mines, de radars et de chevaux de frise pour empêcher toute divulgation inopinée d'info sur le film croquant Bouâzza Bouzguendel en train de palper les dirhams.
Jorge Emilio Gonzalez, play-boy de 32 ans, qui dirige le parti des écolos, a été filmé en train de demander à un entrepreneur : "Combien pour nous ?". L'homme d'affaires lève deux doigts en réponse : "Deux millions de dollars". L'argent devait être remis à la rencontre suivante, mais un Japonais déguisé en cameraman mauritanien a fait foirer l'affaire. Et qu'a dit Jorge Emilio, toujours en poste, à ce sujet ? Il affirme, sans broncher, qu’il avait juste voulu "tester" l'homme d'affaires, sans intention de se laisser corrompre. Pfiiiiiuuuuuuu. Il est Marocain ?
Chez nous, on teste pas on consomme. Mais pour qu’il y ait film, il faut qu’il y ait corruption et caméras au même endroit et au même moment. Comment les Mexicains accomplissent-ils cette prouesse de synchronisation ? Est-on sûr d’avoir des caméras, sans vouloir jouer au rabat-joie ?
- Quelles caméras, chef ?
- Comment ça, quelle caméras, chef ?!? On a bien acheté 14 caméras le mois dernier, non ?
- Oui chef, mais comme elles étaient restées dans leurs cartons, on les a prêtées… enfin données… Y en a plus, chef. À moins de motiver les agents de sécurité qui pourraient peut-être arroser les gens des services techniques, qui retrouvent toutes les caméras qu'on donne aux orphelins de la joutia.
- Motivez, motivez.
Je ne sais pas si les Mexicains ont envisagé les effets pervers de cette nouvelle activité artistique. En tout cas, si jamais ça arrivait chez nous, ce serait un défi à tous les combinards qui pourraient parier à qui recevra le plus généreux pot-de-vin sans être filmé. En une semaine de cinéma, le Maroc serait ruiné une deuxième fois. On sait jamais, vous savez, on a tellement de spécificités ici, qu'on peut tondre un œuf 10 fois de suite.

 
 
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