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Identité recomposée : Je ne suis pas Arabe...
Dire que ce qui sest passé à Tunis est une mascarade me semble naïf. Cela fait des lustres que jai perdu toute illusion dune quelconque symbiose entre Arabes. Cette polémique stérile entre Tunisiens et Égyptiens, sur le lieu du sommet de remplacement, me donne plutôt envie de rire. En fait, tout cela mindiffère, Parce que je ne me sens pas Arabe.
La justice avant lidentité. Je les vois dici, tous les idéologues et les dogmatiques. Ils men voudront de faire un tel désaveu public de ma "large appartenance", au moment où les Américains réduisent les Irakiens à leur infime entité clanique et tribale. Je les rassure tout de suite. La vérité est têtue. En Irak, il a suffi que le couvercle dictatorial saute pour que la diversité culturelle, longtemps escamotée, remonte violemment à la surface. Alors, quoi ? Ils tiennent à ce que je reste Arabe, par dépit ? Merci, je trouve cela trop triste et factice. Non que je ne sois pas solidaire des fils de Mésopotamie, mais je le suis autant des Amérindiens décimés par les cowboys. Et puis je trouve cela plus sain de men prendre à lagresseur au nom de la justice, que de mapitoyer sur la victime parce quon a un bout didentité en commun. Alors, sur ce chapitre, je préfère être résolument anti-américain que mollement Arabe.
La stratégie payante. On voudrait me faire croire que lidée arabe nest pas uniquement motivée par lhistoire commune et lidentité transversale, mais par le besoin impérieux de se regrouper pour éviter de périr (lire le débat, page 22). À la bonne heure. Mais quest-ce qui moblige à me regrouper de manière horizontale (les pays arabes sont alignés) ? La langue ? Jen ai dautres. La proximité ? Nous sommes dans une ère de réseaux, de toiles et de connections virtuelles et extra-territoriales. Le Coran ? Cest une affaire personnelle. Les liens économiques ? Pure chimère. Alors, pourquoi sentêter ? Parce quon na pas le choix, disent les dogmatiques. Je ne partage pas leur avis. Lespace méditerranéen, où léchange économique est une réalité concrète, où les principes de bon voisinage sont en gestation (lire en page 34), où le défi interculturel est à relever, me semble bien plus mûr et moins sclérosé. Sur ce chapitre aussi, ma religion est faite. Je préfère être Méditerranéen par nécessité quArabe par principe.
La diversité vitale. En France, lune des premières conséquences de la polémique sur le voile est quon ne parle plus de Maghrébins mais de musulmans. Aux États-Unis, lune des répercussions du 11 septembre est quon ne sintéresse plus à la nationalité des gens mais à leur religion. En Europe, le qualificatif dArabe ne passe plus inaperçu. On se demande toujours sil ny a pas une bombe cachée derrière. Face à ces grosses étiquettes, sans nuance, je sens que ma richesse intérieure est effacée, aplanie. Le samedi soir, jai été happé par le spectacle des jeunes talents, diffusé sur 2M (lire en page 36). Dune langue à lautre, dun rythme à lautre, la force du spectacle a été le passage, sans filets ni transition, de lEurope qui nous attire à lAfrique qui nous habite, de lamazigh qui nous incite à nous trémousser, au rire populaire qui nous bouscule. Où est lArabe dans tout cela ? Dans des moments de solennité et de poésie. Une part de nous même. Et certainement pas un indicateur de ce que nous sommes. Doù mon credo : je ne suis pas Arabe seulement. Je suis Arabe, aussi, mais je suis surtout Marocain. C'est plus riche, plus libre et moins sclérosé. |