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Terrorisme : Al Qaïda au Sahara ?

En mai 2003, 32 touristes allemands
et suisses étaient enlevés dans le
désert algérien
Depuis maintenant deux ans, on évoque la migration de bandes terroristes de toutes origines vers le Sahara et les pays du Sahel. On parle aussi des moyens mis en œuvre par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France pour neutraliser ces terroristes. Mais comment Al Qaïda est-elle arrivée à nos frontières sud-est ? Par Amale Samie


Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), créé au milieu des années 90 en Algérie et dirigé par "l’émir" Hassan Hattab, a fait allégeance à Al Qaïda il y a près d’un an.
Bien sûr, les services algériens ne viennent pas de découvrir les rapports entre Al Qaïda et le GSPC. Quelques semaines après les attentats du 11 septembre déjà, ils avaient repéré des émissaires du GSPC qui prenaient régulièrement contact avec des islamistes radicaux, proches de la nébuleuse Al Qaïda et basés à Londres.
Pour les réseaux d’Oussama Ben Laden, l’Afrique du Nord-Ouest, et surtout le Sahel, sont une base idéale pour essaimer vers l’Afrique noire et instaurer une zone qui échappe à toute autorité, exactement comme les "zones tribales" aux confins de l’Afghanistan et du Pakistan.
De là, lancer des raids contre l’Europe ou les bases américaines, à deux brasses du Maghreb, se replier sur le Sahara et se fondre dans le désert qui va de Nouakchott à la Mer Rouge présente tous les avantages et entre parfaitement dans la stratégie d’Al Qaïda qui a manifesté son intérêt pour cette "émigration" partielle des "maquisards" afghans et arabes vers le Sahara depuis près de 10 ans.
Pour y parvenir, il suffisait aux réseaux de Ben Laden de convaincre Hassan Hattab et surtout Mokhtar Benmokhtar et Amari Saïfi, dit Abderrazak le Para, ses lieutenants en rébellion, qu’ils étaient devenus incoutournables dans la lutte contre les "les impies" et "les croisés". C’était, en effet, une "promotion", car cela rapporte des fonds et surtout une aide technique et militaire donnée par des experts en guérilla et en engins explosifs.
Mokhtar Benmokhtar s'active dans l’extrême Sud algérien et au Sahel depuis 1992. Quant à "Abderrazak le Para", il opère des incursions rapides dans la région.
Avec l’allégeance de Hassan Hattab à Oussama Ben Laden, la nébuleuse a trouvé un relais parfait, car le GSPC est une organisation sanguinaire, structurée, aguerrie et surtout bien implantée, parce qu’elle est issue de la région même.
Mais qu’est-ce qui pousse la nébuleuse Al Qaïda à changer de réduit stratégique ou du moins à en créer un second ?
C’est en 1996 que Ben Laden est contraint de quitter le Soudan. Le chef d’Al Qaïda aurait envisagé, dès cette fuite, de faire du Sahel un Afghanistan "de rechange". Après la défaite des Talibans et la dispersion de ses têtes pensantes, ce réduit de la "deuxième option" serait-il devenu un abri que les terroristes aux abois cherchent à rejoindre au plus vite ?
Cette éventualité est évoquée de manière récurrente depuis la prise en otage, par "Abderrazak le Para", de 32 touristes allemands et suisses dans le désert algérien en mai 2003 et leur libération au début de l’année contre une rançon. Une chose est sûre, c’est que l’armée algérienne a bel et bien intercepté un convoi terroriste venant du Mali et transportant des armes sophistiquées à destination des maquis du nord-ouest de l’Algérie.
Des militaires ont laissé entendre, toutefois, que d’autres convois n’avaient pas été interceptés. Ce qui signifie en clair qu’il se promène d’étranges maquisards dans tout le Sahara ; ils sont armés comme des sous-marins, ils circulent tranquillement dans une région où les frontières n’ont pas de sens.
La question est assez grave pour que le Mali s’en inquiète. Selon Roland Jacquard, directeur de l'Observatoire international sur le terrorisme, cette thèse d'un "arc intégriste" traversant le Sahara et les pays du Sahel justifie pour Washington la surveillance étroite de la région et la conduite de nombreuses opérations de coopération sécuritaire avec les autorités des États concernés, dont le Mali et le Niger.
En effet, l’armée malienne, assistée par des unités spéciales françaises et américaines, traque ces islamistes en rupture de ban sans relâche. Parmi eux, "Abderrazak le Para" qui se serait réfugié, selon El Watan, aux confins algéro-marocains.
L’Amérique observe ce mouvement à la loupe, ses itinéraires ont été repérés. Selon le colonel Victor Nelson, responsable de l’Initiative Pan Sahel (PSI) au Pentagone, ce programme de formation militaire entre les États-Unis, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie "a permis de développer la coopération sahélo-maghrébine en matière de lutte contre le terrorisme… Nous disons depuis longtemps que si la pression devient trop dure pour les terroristes en Afghanistan et ailleurs, ils trouveront de nouveaux pays où s'activer. Les régions du Sahel et du Maghreb font partie de ces endroits".
À ce sujet, le colonel Nelson a constaté que "l’un des résultats de cette coopération avait été la récente participation de forces, qui ont suivi un entraînement offert dans le cadre du PSI, à une opération couronnée de succès contre le GSPC, qui est une organisation islamiste liée à Al Qaïda".
Le PSI utilise des membres des forces spéciales américaines basées en Allemagne pour former et renforcer le professionnalisme des forces de sécurité du Mali, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie.
De quelle opération couronnée de succès contre le GSPC le général parle-t-il ? De l’assaut donné par l’armée tchadienne contre les islamistes du GSPC retranchés dans le Nord du pays, le 11 mars 2004. Ce groupe terroriste était parti du nord du Mali et avait été traqué sans relâche par 3 armées, sur plusieurs milliers de kilomètres, avant d'être anéanti dans la région du Tibesti, dans le Nord tchadien. Parmi le groupe figurait "Abderrezak le Para", qui a réussi à prendre la fuite. Une opération réussie regonfle le moral, mais selon l'armée tchadienne, seuls neuf des 43 islamistes tués au Tibesti et un prisonnier sur cinq sont Algériens, les autres sont Nigérians, Nigériens et Maliens. C’est une première, l’Afrique est atteinte par l’épidémie.
Parallèlement à cette coopération dans le cadre du PSI, il faut rappeler la rumeur persistante de l’établissement d’une base américaine en Algérie. Les démentis ne calment pas les esprits et les observateurs pensent que rien n’est plus exclu dans la perspective du "Grand Moyen-Orient" vu par les Américains. Selon la presse internationale, cette base pourrait être effectivement prévue dans le cadre d’un accord militaire entre les États-Unis et l’Algérie, mais les Américains sont déjà présents avec leurs conseillers, des satellites et des drones pour espionner la zone 24 heures sur 24. La France n’est pas en reste, les Bérets verts se sont installés depuis novembre 2003 à Tombouctou.
Que devient le Sahara marocain, dans cette perspective ? La sécurité et la stabilité de toute la région en dépend. Il devient de plus en plus difficile d’envisager de livrer ce territoire au terrorisme.
Le Maghreb part d’une situation de blocage. Mais dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme, l’Algérie et le Maroc seront amenés à s’entendre avant que les Américains ne viennent les mettre eux-mêmes d’accord.
La presse marocaine a fait état de contacts poussés entre les terroristes d’Al Qaïda et le Polisario, qui entretiendrait un juteux marché aux armes vendues par des combattants sahraouis "démobilisés".
L’armée marocaine participerait aux futurs assauts "pour débarrasser le Sahara marocain du côté de la frontière mauritanienne de la présence armée de quelques groupuscules disparates perdus dans l’étendue du grand désert".
À Genève, le 30 mars 2004, à l’occasion d’une conférence internationale, Aymeric Chauprade, professeur de géopolitique à la Sorbonne et directeur des études à l'École de guerre de Paris a mis en évidence la menace que constitue un Polisario en pleine crise et mutation, pour la paix, la sécurité et la démocratie, non seulement au Maghreb, mais également dans le reste du monde.
Selon l'expert, "le mouvement séparatiste se trouve actuellement en pleine mutation … avec l'arrivée dans ses rangs et parmi ses dirigeants d'une nouvelle génération de jeunes, ayant étudié à Alger plutôt qu'à Cuba et Moscou, et dont la référence idéologique se situe plus du côté de l'islamisme militant que des théories marxistes-léninistes et révolutionnaires".
La lutte contre le terrorisme ne tolère pas le flou, chaque pouce de territoire doit être contrôlé à l’avenir. Y compris les camps de Tindouf.
 
 
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