Télévision : 2M fait son show
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Fatine Youssoufi, talent de l'humour
Photo 2M
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Que vous ayez aimé ou détesté, vous (ou votre entourage) avez de faibles chances davoir raté la finale du programme "15 ans, 15 talents". Driss Bennani y était. Coulisses.
"Ah, non ! Vous ne pouvez pas voir les candidats. Désolée, ils sont en concentration". La chargée de production est catégorique, mais reste aimable. Comme beaucoup de ses collègues, elle est évidemment pressée. Nous sommes samedi 27 mars, 21 heures passées. Le direct est dans quelques minutes et depuis plus dune demi heure, dans le hall central de la deuxième chaîne, cest leffervescence. Dans une petite pièce attenante au studio El Baz, les 17 candidats sélectionnés pour les phases finales du programme "15 ans, 15 talents" ne montrent pas de signes particuliers dinquiétude. Depuis la semaine dernière, 10 sont déjà hors jeu. Sept ont été sélectionnés par un jury pour participer à la phase finale (ce soir), sanctionnée par un vote du public. En répétition depuis 14 heures, il saccordent un dernier moment de répit avant de faire le premier "direct" de leur vie. |
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"Cest un direct très compliqué qui devra durer plus de quatre heures", explique Mostapha Benali, le directeur général de la chaîne. "À part les téléthons, nous avons rarement tenté une pareille expérience", renchérit Driss Anouar, directeur adjoint et bras droit de Benali. Pour la nouvelle équipe dirigeante, cest le coup de lannée. Cela se comprend ou presque. "On fête rarement ses quinze ans. Cest plutôt à partir de 25 ans mais pour la nouvelle équipe, avec toute la polémique qui a accompagnée son installation, tous les prétextes sont bons pour marquer un véritable démarrage, réussir un événement", note un journaliste.
On sinstalle
Le studio El Baz nest pas spécialement grand. Cest tout juste sil contient le décor prévu pour la soirée. Une scène, des bancs pour les invités, les candidats, le jury et le public. Dans les coulisses, les équipes de production restent à létroit. Pas moyen de faire tenir plus de six à sept personnes derrières le rideau. À moins de 10 minutes du direct, on ne relève pas de tension particulière. Tout est apparemment bien rodé, les équipes techniques répètent depuis plus de quatre jours. Aux commandes, presque à parts égales, des techniciens de 2M et de Prod TV, les producteurs français de Facila. Une véritable fourmilière. "Il n'y a pas de secret. Cest une équipe qui a lhabitude de travailler sur un plateau, une machine où tout le travail est organisé", commentera un cameraman de la chaîne.
Première étape avant dentamer le direct : placer le public. Cest lélément le moins contrôlable de la soirée. Les gens viennent pour assister, et ne savent pratiquement rien du programme. Ils ne reçoivent pas de consignes particulières, sinon celle, stricte, de rester en place pendant toute la durée du direct. Quatre heures, au moins. Pour le reste, deux jeunes filles soccupent dinitier les applaudissements et les danses lors des séquences musicales. Le plateau se remplit petit à petit. Nous sommes à quelques minutes du départ. Lapparition de chaque animateur ou dun membre du jury est accompagnée par des applaudissements et des commentaires plus ou moins désobligeantes, comme dans les stades de foot. Imad Ntifi et Fatine Rayane, les deux animateurs de la soirée, font connaissance avec le public, question de mettre de lambiance. "De déstresser aussi", confiera Ntifi.
Pour cette soirée de finale, 2M compte améliorer (pulvériser ?) ses taux daudience. Pour la deuxième soirée déjà, la direction de la chaîne avance 57% daudimat sur laxe Rabat-Casablanca. Deux points de plus que la finale de la CAN. Ce soir, on sattend à beaucoup plus. En tous cas, les annonceurs ont tous suivi. "Tous les écrans publicitaires, même au-delà de minuit ont été achetés, et au prix fort. De nombreux clients, prêts à payer plus cher, nous ont contacté pour passer à la dernière minute, ce nétait plus possible", assure une chargée de clientèle dans une agence de publicité casablancaise. Pour loccasion, 2M na pas lésiné sur les moyens non plus. Le conducteur, qui fait cinq pages, comporte de grands noms de la chanson et de lhumour. Des cachets entre 2000 et 3000 euros, des stars venues dEurope et beaucoup de paillettes. La soirée promet.
Ça tourne !
Elle commence à lheure. Cest déjà bon signe. Les deux dernières soirées ont nécessité plus de 10 heures de tournage pour deux heures et demi de plateau diffusées. Ce soir, aucune faute nest permise. On tourne sans filet. "Les premières minutes sont les plus dures à tenir", explique un technicien éclairagiste. Quelques minutes de présentation, le jury fait son entrée, puis les candidats. Premier reportage. Loccasion pour tout le monde de souffler. À la régie, le réalisateur rassure les troupes. "On est bons les gars, on est bons", répète-t-il. En fond sonore, une petite voix féminine fait la traduction de tout ce qui se dit en arabe sur le plateau. 50% de leffectif est Français, il ne comprend donc rien de ce qui se dit et ne peut, par conséquent, pas suivre.
Alors que les premières séquences musicales sont lancées, les couloirs saniment. Du beau monde qui discute et qui se renvoie les gentillesses dusage. Le tout sous le regard, mi-amusé, mi-écuré des hôtesses daccueil. Houcine de la Star Ac 2 dit à quel point il a été content "de donner un peu de bonheur aux gens dAl Hoceima" (impossible malheureusement de transcrire laccent). "Les Models", grande curiosité des couloirs (entre autres à cause des tenues extravagantes quelles portent), tentent de trouver un bon plan pour sortir le soir. Naturellement, Smaïn propose sa compagnie et en profite pour faire la connaissance dun groupe marocain venu de Suisse. Belkhayat, Chamfort ou Raissa Tabaâmrant napparaîtront, eux, quune fois leur séquence arrivée et disparaîtront aussitôt. Dans le studio, lambiance est surchauffée, les candidats se succèdent. Le niveau est globalement bon. Les cinq candidats animateurs ont eux-même préparé leurs interviews. Ils parlent aisément, assurent chacun (pour la première fois) six minutes de direct et se permettent une liberté de ton qui, bien des fois, a semblé agacer Imad Ntifi. Que ce soit dans lanimation ou dans lhumour (Mostapha, le Parisien, a même imité un homosexuel nommé William, une première à la télé), les candidats se sont lâchés. Pendant quelques minutes, ils ne passaient plus sur 2M, mais à la télé. Universelle comme ils en consomment chaque jour. Ils nont, par conséquent, fait que peu de cas des obligations de réserve sur une télévision publique marocaine. "Jespère quils garderont la même liberté de ton une fois embauchés par la chaîne", laisse échapper un journaliste de la rédaction. Hassan El Fad aura dailleurs raison daffirmer "que cette génération carbure au kérosène, alors que la nôtre en est restée au diesel".
"Fin" de laventure
23 heures, deux heures se sont déjà écoulées. Le rythme est bon. Chaque pause est une bonne occasion pour Hassan et Ramzi de fumer quelques taffes, à Mouna Fettou de prendre des nouvelles de son fils, aux candidats de demander à leurs parents sils les ont vus à lécran. Le public, lui, est obligé de rester sur place. Interdit de sortir, de quitter sa place. Au fur et à mesure de lavancement de la soirée, les candidats se crispent. Puis les résultats tombent. Fatine, étudiante en classe préparatoire, pour lhumour et Hicham, instituteur à Essaouira, pour lanimation. Si le premier choix fait presque lunanimité, ce nest pas le cas du deuxième. Hicham est jugé trop conventionnel par de nombreux téléspectateurs. Dailleurs, lécart dans la séquence animation nest pas aussi grand que dans lhumour. Benali fait plaisir à tout le monde et offre des sommes dargent aux sept candidats, avec une promesse dembauche dès que possible. "Cest un potentiel extraordinaire pour la chaîne. Ces jeunes auront la priorité pour les prochains recrutements", expliquera le DG adjoint.
Pour clore la soirée, quoi de mieux quune bonne séquence de chaâbi. Daoudi, une star de la chanson populaire, met le feu à un public qui, depuis plus de cinq heures, carbure à leau minérale. 1 heure 35, cest le télé achat sur les écrans dans les couloirs. La soirée est finie. Dans le studio, embrassades, accolades et félicitations. Techniquement, la soirée a été une petite réussite. Najlae, brillante candidate en animation est en larmes. "Pourquoi ces larmes ?", lui demande Mostapha Benali. Souriante, elle relève la tête, sessuie les joues et lance, intelligente : "Cest quune belle aventure est finie. Cest tout". |
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