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Je ne suis pas Marocain
En ne me référant quà mon bon vouloir, ça ne marrange pas non plus dêtre Marocain. Au meilleur des cas, je me sens comme une personne plus ou moins intégrée, par lécole et le travail, à un espace géographique appelé le Maroc. Et si cela ne tenait quà moi, le coup du sort qui ma collé cette étiquette, de plus en plus difficile à porter, serait rectifié à la première bonne occasion et sans le moindre remord. En attendant cest cette qualité de citoyen du monde, du reste accessible seulement sous sa forme virtuelle, que je continue à nourrir et à revendiquer.
En fait, les critères sur lesquels on se basait pour sattribuer une identité : sang, sol, religion, langue, etc., sont bien archaïques et engendrent souvent lintolérance, le communautarisme et la crispation identitaire ethnique. Dans le contexte actuel, cest la résultante positive de lexpérience humaine, aujourdhui disponible pour tout le monde, qui doit constituer, avec le substrat culturel local, la base de toute reconstruction identitaire tournée vers lavenir.
Au Maroc, hélas, linformel et larbitraire dans le système de gouvernance naident pas à produire une vision claire et un projet mobilisateur à même dasseoir cette matrice identitaire basée sur les notions de citoyenneté, de civisme, de responsabilité, d'éthique et génératrice dans lavenir de ce quon peut appeler "le génie marocain". À défaut, on se contente de perpétuer certaines notions et agissements : tantôt foot, tantôt harira, tantôt Sahara qui relèvent du bricolage identitaire.
Mamoun
Interdire lhomosexualité, à quoi ça sert ?
C'est vraiment un grand risque que vous avez pris en traitant le sujet de l'homosexualité au Maroc(TelQuel n°120), alors, chapeau ! C'est très difficile de réclamer des droits pour les homos dans une société où l'homosexualité est un délit puni par la loi et où même la femme ne bénéficie pas de tous ses droits. Je dirais même que cest quasi-impossible, parce qu'il faut d'abord changer toute une mentalité pour au moins accepter l'autre tel qu'il est, sans le juger. Il faut savoir que ce n'est pas en refusant les homos que ceux-ci vont se volatiliser en un clin d'il. Au contraire, ils persistent et vivent leurs vies clandestinement. Donc, mieux vaut permettre l'homosexualité et la réglementer, que de l'interdire et d'accentuer ainsi tous les problèmes qui s'ensuivent, comme les maladies sexuellement transmissibles. Rien n'est exclu sauf lexclusion !
Samah Konia, 15 ans
Bravo !
Bravo pour votre dossier sur l'homosexualité. Non seulement il est bien écrit, mais surtout il pose avec beaucoup de sensibilité la difficulté pour un homosexuel de s'assumer comme tel au Maroc.
Joe, jeune gay parisien
Arrêtez de rêver !
En réponse à un courrier sur les homosexuels dans les pays démocratiques (TelQuel n°121), je voudrais dire "Arrêtez de rêver". Je suis Marocain, je vis dans une des villes considérée parmi les plus libérales aux USA et, actuellement, il y des grandes manifestations contre les homosexuels, c'est pour dire ! Même si les États-Unis sont une démocratie, c'est aussi une société homophobe Il y a plein d'homosexuels ici qui vivent en cachette, les homosexuels sont attaqués dans les talkshows, les news Il ne faut pas se faire trop d'illusions sur les pays occidentaux. J'ai été récemment choqué lorsque, passant devant une boutique de cassettes et de magazines pornos, j'ai trouvé un groupe d'hommes avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Jésus vous regarde, vous les pervers, Jésus ou l'enfer, attention à vous, vous irez en enfer". Ici, j'ai vu plus d'églises que je n'ai vu de mosquées dans ma vie, des croix partout.
Anonyme
Réaction
La lecture de votre article "Quand les Européens nous draguent", paru dans lédition du 3 avril dernier, appelle des commentaires de ma part sur un point qui me paraît essentiel pour la bonne compréhension de la politique européenne vis-à-vis du Maroc.
En effet, il me semble erroné, et peu utile pour le Maroc, de présenter la nouvelle "politique de voisinage" européenne comme impliquant un ensemble de réformes "demandées" par lUE au Maroc et quelques autres pays voisins les plus avancés. Et il serait encore plus erroné dy voir un simple marché : réformes accrues en échange dune augmentation des financements européens.
Or, cette politique nest pas une exigence, mais au contraire une invitation adressée au Maroc de définir et de réaliser progressivement sa propre ambition, que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a lui-même exprimée, dun "statut spécial" et privilégié vis-à-vis de lEurope. Le but nest pas du tout dimposer des réformes pré-confectionnées, mais au contraire de soutenir des réformes que, pour quelles soient efficaces, le Maroc lui-même décidera, en utilisant le partenariat européen pour mieux identifier les domaines et les actions prioritaires et pour les réaliser, en profitant de lexpérience et du soutien européens.
La leçon essentielle de 50 ans de construction européenne et le message fondamental de la "politique de voisinage" est que, cest à travers lassainissement et louverture maîtrisée de léconomie, la démocratisation du pays, la stabilité politique, la modernisation et la dynamisation des secteurs public et privé - et donc leffort conjoint et crédible de tous les acteurs marocains, institutionnels et autres, dans ce processus, certes, complexe - que les pays avancent et se développent.
Responsabilité et appropriation locale sont les pièces maîtresses. Laide extérieure nest quun appui et encore moins une baguette magique. Bien sûr, un soutien financier extérieur peut aider et ce nest pas par hasard si lUE est de loin le premier bailleur de fonds du Maroc. Mais, ce nest certainement pas quelques dizaines de millions deuros de plus ou de moins, de fonds MEDA ou bilatéraux européens, qui feront la différence dans le contexte daujourdhui. Ce serait vraiment dommage, et une occasion manquée pour le Maroc, de se cacher derrière le faux "alibi" de dépendance extérieure et une interprétation défensive et infertile de cette nouvelle ouverture européenne.
Sean DOYLE, ambassadeur, chef de la Délégation de la Commission européenne au Maroc