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Manar l'Anar
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N° 123
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Je ne suis pas Marocain

En ne me référant qu’à mon bon vouloir, ça ne m’arrange pas non plus d’être Marocain. Au meilleur des cas, je me sens comme une personne plus ou moins intégrée, par l’école et le travail, à un espace géographique appelé le Maroc. Et si cela ne tenait qu’à moi, le coup du sort qui m’a collé cette étiquette, de plus en plus difficile à porter, serait rectifié à la première bonne occasion et sans le moindre remord. En attendant c’est cette qualité de citoyen du monde, du reste accessible seulement sous sa forme virtuelle, que je continue à nourrir et à revendiquer.
En fait, les critères sur lesquels on se basait pour s’attribuer une identité : sang, sol, religion, langue, etc., sont bien archaïques et engendrent souvent l’intolérance, le communautarisme et la crispation identitaire ethnique. Dans le contexte actuel, c’est la résultante positive de l’expérience humaine, aujourd’hui disponible pour tout le monde, qui doit constituer, avec le substrat culturel local, la base de toute reconstruction identitaire tournée vers l’avenir.
Au Maroc, hélas, l’informel et l’arbitraire dans le système de gouvernance n’aident pas à produire une vision claire et un projet mobilisateur à même d’asseoir cette matrice identitaire basée sur les notions de citoyenneté, de civisme, de responsabilité, d'éthique et génératrice dans l’avenir de ce qu’on peut appeler "le génie marocain". À défaut, on se contente de perpétuer certaines notions et agissements : tantôt foot, tantôt harira, tantôt Sahara… qui relèvent du bricolage identitaire.

Mamoun



Interdire l’homosexualité, à quoi ça sert ?

C'est vraiment un grand risque que vous avez pris en traitant le sujet de l'homosexualité au Maroc(TelQuel n°120), alors, chapeau ! C'est très difficile de réclamer des droits pour les homos dans une société où l'homosexualité est un délit puni par la loi et où même la femme ne bénéficie pas de tous ses droits. Je dirais même que c’est quasi-impossible, parce qu'il faut d'abord changer toute une mentalité pour au moins accepter l'autre tel qu'il est, sans le juger. Il faut savoir que ce n'est pas en refusant les homos que ceux-ci vont se volatiliser en un clin d'œil. Au contraire, ils persistent et vivent leurs vies clandestinement. Donc, mieux vaut permettre l'homosexualité et la réglementer, que de l'interdire et d'accentuer ainsi tous les problèmes qui s'ensuivent, comme les maladies sexuellement transmissibles. Rien n'est exclu sauf l’exclusion !
Samah Konia, 15 ans

Bravo !

Bravo pour votre dossier sur l'homosexualité. Non seulement il est bien écrit, mais surtout il pose avec beaucoup de sensibilité la difficulté pour un homosexuel de s'assumer comme tel au Maroc.

Joe, jeune gay parisien

Arrêtez de rêver !

En réponse à un courrier sur les homosexuels dans les pays démocratiques (TelQuel n°121), je voudrais dire "Arrêtez de rêver". Je suis Marocain, je vis dans une des villes considérée parmi les plus libérales aux USA et, actuellement, il y des grandes manifestations contre les homosexuels, c'est pour dire ! Même si les États-Unis sont une démocratie, c'est aussi une société homophobe… Il y a plein d'homosexuels ici qui vivent en cachette, les homosexuels sont attaqués dans les talkshows, les news… Il ne faut pas se faire trop d'illusions sur les pays occidentaux. J'ai été récemment choqué lorsque, passant devant une boutique de cassettes et de magazines pornos, j'ai trouvé un groupe d'hommes avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Jésus vous regarde, vous les pervers, Jésus ou l'enfer, attention à vous, vous irez en enfer". Ici, j'ai vu plus d'églises que je n'ai vu de mosquées dans ma vie, des croix partout.

Anonyme




Réaction

La lecture de votre article "Quand les Européens nous draguent", paru dans l’édition du 3 avril dernier, appelle des commentaires de ma part sur un point qui me paraît essentiel pour la bonne compréhension de la politique européenne vis-à-vis du Maroc.
En effet, il me semble erroné, et peu utile pour le Maroc, de présenter la nouvelle "politique de voisinage" européenne comme impliquant un ensemble de réformes "demandées" par l’UE au Maroc et quelques autres pays voisins les plus avancés. Et il serait encore plus erroné d’y voir un simple marché : réformes accrues en échange d’une augmentation des financements européens.
Or, cette politique n’est pas une exigence, mais au contraire une invitation adressée au Maroc de définir et de réaliser progressivement sa propre ambition, que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a lui-même exprimée, d’un "statut spécial" et privilégié vis-à-vis de l’Europe. Le but n’est pas du tout d’imposer des réformes pré-confectionnées, mais au contraire de soutenir des réformes que, pour qu’elles soient efficaces, le Maroc lui-même décidera, en utilisant le partenariat européen pour mieux identifier les domaines et les actions prioritaires et pour les réaliser, en profitant de l’expérience et du soutien européens.
La leçon essentielle de 50 ans de construction européenne et le message fondamental de la "politique de voisinage" est que, c’est à travers l’assainissement et l’ouverture maîtrisée de l’économie, la démocratisation du pays, la stabilité politique, la modernisation et la dynamisation des secteurs public et privé - et donc l’effort conjoint et crédible de tous les acteurs marocains, institutionnels et autres, dans ce processus, certes, complexe - que les pays avancent et se développent.
Responsabilité et appropriation locale sont les pièces maîtresses. L’aide extérieure n’est qu’un appui et encore moins une baguette magique. Bien sûr, un soutien financier extérieur peut aider et ce n’est pas par hasard si l’UE est de loin le premier bailleur de fonds du Maroc. Mais, ce n’est certainement pas quelques dizaines de millions d’euros de plus ou de moins, de fonds MEDA ou bilatéraux européens, qui feront la différence dans le contexte d’aujourd’hui. Ce serait vraiment dommage, et une occasion manquée pour le Maroc, de se cacher derrière le faux "alibi" de dépendance extérieure et une interprétation défensive et infertile de cette nouvelle ouverture européenne.

Sean DOYLE, ambassadeur, chef de la Délégation de la Commission européenne au Maroc

 
 
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