| Quatorze Marocains arrêtés en Espagne, 1500 au Maroc, dautres non identifiés à Guantanamo
Tous ne sont pas des terroristes avérés, mais limplication de la plupart d'entre eux est déjà confirmée. Du 11 septembre au 11 mars, en passant par le 16 mai, le Maroc saffiche de plus en plus comme un producteur - pis encore - un exportateur de terroristes. La responsabilité de lÉtat, de ses services de sécurité et de sa politique sociale et éducative, fluctue selon le lieu où agissent les auteurs des attentats. Certes, ces derniers sont, en règle générale, des exécutants, conditionnés, financés et orientés par des réseaux multinationaux, se référant vaguement à la base, Al Qaïda. |
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| Cela absout-il lÉtat marocain de toute responsabilité ? Au niveau sécuritaire, et plus précisément du renseignement, il est clair que des anachronismes dans le mode de fonctionnement posent un sérieux problème. Mais si des Marocains en sont arrivés à devenir de simples relais inconditionnels dun dogmatisme criminel, la responsabilité de lÉtat se situe au niveau de linexistence dune politique dintégration sociale et de la faiblesse du système éducatif, qui ne les a pas dotés desprit critique. Face à la multitude daccusations possibles, que les médias et les politiciens marocains nosent pas exprimer et dont les observateurs étrangers nhésitent pas à nous affubler, les avis divergent. Le parlementaire Driss Lachgar choisit de minimiser les faits et de sen prendre au contexte mondial, frustrant, qui a la prééminence sur les facteurs nationaux. Quant au militant associatif, Abderrahim Berrada, il préfère sen prendre au laxisme des services de sécurité de lÉtat, qui ont permis à un islamisme violent de prendre racine dans la réalité. |

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Militant des droits humains
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"Il a été laxiste envers lislamisme et a toujours livré les jeunes à eux-mêmes"
Les exécutants des attentats du 16 mai et une partie de ceux de Madrid sont des Marocains du Maroc. Mais le réseau de leurs commanditaires dépasse les frontières. Faut-il accuser Al Qaïda, la défaillance des services de sécurité ou léchec du système dintégration sociale au Maroc ?
Jaccuse, pour ces attentats, autant les réseaux étrangers (Al Qaïda ou autre) que les États. Juridiquement, le commanditaire (le réseau étranger) et lexécutant sont tous deux responsables, même si devant le tribunal, la responsabilité de lun peut savérer plus lourde que celle de lautre. Politiquement, la responsabilité des deux États, le Maroc et lEspagne, me paraît, sur le principe, évidente au
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niveau de la défaillance de leurs services de sécurité, mais le degré de responsabilité dépend des efforts faits - ou pas - par chacun et la performance des renseignements permettant - ou pas - de prévenir les attentats. Quoique le "risque zéro" nexiste nulle part. Chaque État, étant souverain, a la responsabilité de ses services pour les attentats commis sur son territoire. Quant aux Marocains, partis dici pour agir à Madrid, le Maroc et lEspagne en partagent la responsabilité, puisque leur action devait être surveillée par les services des deux États. Quant au rôle assumé par le Maroc dans "léchec du système dintégration", la question ne se pose même pas. Parce quil ny a jamais eu de politique dintégration et que les jeunes Marocains ont toujours été livrés à eux-mêmes.
Le fait que lÉtat marocain ait longtemps toléré la filière afghane et les wahhabites pour contrecarrer les islamistes locaux le rend-il coupable de laxisme ?
Je refuse dentrer dans ces détails de filières car lessentiel pour moi est le laxisme de lÉtat par rapport à lislamisme, qui prône la violence pour imposer son ordre. Oui, le laxisme de lÉtat marocain est établi et criminel, car ce danger existait depuis de longues années, le pouvoir a lui-même installé les premiers intégristes criminels (assassinat de Omar Benjelloun en 1975), tout le monde sait quels ravages ces fascistes ont fait depuis une bonne vingtaine dannées dans les campus universitaires, quune centaine dactes criminels ont été commis avec le silence coupable, sinon complice, des appareils de sécurité. Tout le monde sait que dans de nombreuses mosquées, des prédicateurs appelaient, chaque vendredi, au meurtre du juif, du chrétien et des gens de gauche, réputés athées, sans quils aient jamais été inquiétés. Cela participait de la politique irresponsable de notre État : Driss Basri répétait que ceux qui dénonçaient ces actes racontaient des histoires, que ses services contrôlaient parfaitement le terrain et, donc, que le Maroc ne courait aucun danger terroriste. La fameuse "exception marocaine".
Il est aujourdhui avéré que la pauvreté nest pas plus responsable du terrorisme que labsence desprit critique. Le Maroc cumule-t-il des tares rédhibitoires ?
La misère matérielle et la misère intellectuelle constituent un mélange explosif dont lÉtat marocain est responsable. Il est banal de dire que la misère matérielle ne produit en général que le désespoir, dont le paroxysme réside dans le fait que ce qui devrait constituer la valeur suprême de lhomme - la vie - devient une non-valeur. Alors, on peut tuer son prochain et se faire sauter sans état dâme. Quant à la misère intellectuelle, qui réside dans labsence totale de lesprit critique - du fait de lignorance aggravée par le bourrage de crâne provenant des doctrinaires fanatiques alentour -, elle ne peut évidemment que faciliter le passage à lacte criminel. Il se trouve que ceux qui ont exécuté les attentats du 16 mai ont été victimes de ces deux formes de misère, effectivement cumulées. |

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"Cest un phénomène mondial qui profite dun terrain socialement prédisposé"
Au lendemain du 11 mars, les personnes poursuivies, interpellées ou jugées, sont essentiellement de nationalité marocaine. Mais la plupart résident depuis longtemps ou sont nées à létranger. Le Maroc est-il responsable de ces beurs qui se radicalisent ?
Je ne pense pas quil en porte la responsabilité. Le terrorisme, aujourdhui, est, de lavis de tous, un phénomène mondial et les Marocains nont eu jusque-là que des rôles dexécutants. Il est clair que la conception, lorientation et lencadrement sont luvre détrangers. Ceci dit, la nationalité na plus au 21e siècle la même importance quelle avait au siècle précédent, où lassassinat dun prince yougoslave pouvait entraîner une guerre mondiale. Dans le
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monde daujourdhui, les frontières sannulent et les possibilités de communication se multiplient. Dans certains dossiers, il a été avéré que certaines personnes impliquées portaient dautres nationalités. Difficile dans ce cas de faire porter aux États la responsabilité dactes provenant dindividus autonomes.
Les exécutants de lattentat du 16 mai et une partie de ceux de Madrid sont des Marocains locaux. Mais le réseau de leurs commanditaires dépasse les frontières. Faut-il accuser Al Qaïda, la défaillance des services de sécurité ou léchec du système dintégration sociale au Maroc ?
Même si les enquêtes sont en cours et des secrets dÉtat persistent, il est permis de croire, presque une année après le 16 mai, que les cerveaux étrangers trouvent un terrain socialement prédisposé au Maroc. Le sécuritaire à lui seul ne peut pas venir à bout du terrorisme. Même lAmérique, avec tout son arsenal de guerre et de renseignements, en est incapable. Car les raisons sont profondes. Tant quil y aura des zones de tension comme la Palestine et lIrak et que les leaders de lOccident soutiennent des régimes totalitaires, il ne peut en résulter que de lextrémisme, qui alimente le terrorisme. Et tant que les pauvres et les chômeurs du sud de la Méditerranée voient la prospérité sur lautre rive et en sont privés par des murs infranchissables, il nest pas exclu quils deviennent à la merci de terroristes étrangers qui les recrutent, les financent ou les orientent.
Le fait que lÉtat marocain ait longtemps toléré la filière afghane et les wahhabites pour contrecarrer les islamistes locaux le rend-il coupable de laxisme ?
LÉtat marocain a fait partie pendant longtemps dun système international, dirigé par les États-Unis et relayé, au niveau arabe, par des régimes totalitaires qui utilisent ces mouvements islamistes pour contrecarrer toute revendication démocratique. Cest dans ce cadre que le Maroc a toléré le départ de jeunes auprès des Moujahidines, qui combattaient les Soviétiques, avec un soutien explicite aux portes des mosquées et sur les journaux. Mais ce sont les défenseurs de la démocratie et de la modernité qui en ont pâti.
Il est aujourdhui avéré que la pauvreté nest pas plus responsable du terrorisme que labsence desprit critique. Le Maroc cumule-t-il des tares rédhibitoires ?
Certes, la plupart des hommes poursuivis ne sont pas indigents. Les dirigeants sont même très aisés. Mais la conjonction des facteurs de pauvreté et dignorance, qui entravent la démocratisation et le respect de lautre, peut mener, dans nimporte quelle société à la même situation. Au Maroc, ces organisations ont profité, en plus de cela, de la marge de démocratie qui a été mise en place. Des mosquées sont ainsi devenues des lieux de propagande dactes violents, sous couvert de Jihad menant au paradis. Cest pour cela que le Maroc doit réaménager lespace religieux. |