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Sahara : 30 ans de dissimulation
Les Casablancais connaissent l'avenue Bir Anzarane, ainsi que la place Zellaqa. Mais combien parmi eux savent que Bir Anzarane est le théâtre d'une terrible bataille qui opposa les Forces armées royales au front Polisario en août 1979 ? Qui sait que Zellaqa est le nom d'une colonne blindée marocaine qui s'est couverte de gloire ? Quasiment personne. C'est incroyable, quand on y pense : le Maroc a été en guerre pendant 16 ans et les Marocains ne savent presque rien à ce sujet. Même si la liberté de parole est clairement plus étendue aujourd'hui qu'elle ne l'était hier, la soupe officielle reste la même : "Le Sahara marocain a été libéré par la Glorieuse Marche Verte". Franchement, que gagne-t-on à continuer à entretenir cette fable ?
Ce n'est évidemment pas la Marche verte, coup médiatique pour l'Histoire, qui a fait entrer l'ex- Sahara espagnol dans le giron national. Les 350.000 marcheurs pacifiques n'ont "libéré" que 15 petits kilomètres entre Tarfaya et l'ancien poste-frontière de Tah. Pendant que les caméras se focalisaient sur eux, à plus de 100 kilomètres de là, les Forces armées royales (vraiment glorieuses pour le coup) entamaient une percée d'au moins 1000 kilomètres, longue et dangereuse, dans un territoire qu'elles découvraient au fur et à mesure de leur avancée. Au-delà du verdict de La Haye et des gesticulations internationales, le roi défunt avait compris une chose, capitale : le Sahara serait à qui s'y installerait en premier. Prendre pied d'abord, discuter ensuite. Il fallait le faire, Hassan II l'a fait. De cela, l'Histoire lui rend déjà grâce. Dommage qu'il ait cru nécessaire de nous imposer l'unique scénario de la Marche. La vraie histoire aurait été tout aussi belle à raconter.
Comme toute armée, les FAR ont connu des revers. Entre 1976 et 1980, les forces algériennes et celles du Polisario étaient en nette supériorité. Ces années-là ont été cauchemardesques, pour nos soldats continuellement harcelés, piégés chaque jour par des embuscades meurtrières
C'est en janvier 1979 que l'humiliation a atteint un pic, avec l'éphémère occupation de Tan Tan par le Polisario. Moins d'une journée, certes, mais en plein territoire marocain incontesté, au nord de la ligne de démarcation de l'ONU ! C'est peu après que l'idée d'un mur de protection, soufflée par le Mossad israélien, a commencé à grandir au Palais royal. Au fur et à mesure de l'érection de ce mur, la physionomie du conflit a basculé. Prémunies contre l'effet de surprise, nos forces ont progressivement pris le contrôle de la situation. Si on mesure la victoire par le contrôle du territoire, alors on peut l'affirmer : grâce au mur, le Maroc a gagné cette guerre.
Deux petites vérités à affirmer, encore. D'abord, tout ce qui est compris entre le mur et la frontière avec l'Algérie est théoriquement marocain, mais pratiquement sous le contrôle (même itinérant et épisodique) de nos ennemis. Aujourd'hui encore. Le Polisario appelle cette zone "territoires libérés", il faut le savoir. Enfin, Lagouira. Limite sud du Maroc ? Théoriquement, oui. Mais concrètement, cette ville-fantôme est toujours sous le contrôle de la Mauritanie, depuis qu'elle l'a arrachée (laborieusement) au Polisario, le 19 décembre 1975. Le mur, frontière physique, passe 55 km plus au nord, par le lieu-dit Guergarat (TelQuel n° 25).
La passionnante enquête de Karim Boukhari et Amale Samie (pp. 20 à 27) est truffée de révélations inédites pour le grand public. Mais il reste encore beaucoup à dire et à vérifier, si seulement l'État ne nous considérait plus comme des enfants, incapables de comprendre qu'une épopée militaire ne se fait jamais sans douleur.
Aujourd'hui, alors que le dossier n'en finit plus de s'enliser politiquent, les officiels réclament à cor et à cri "l'union nationale". Mais elle restera bien précaire, si elle continue à être bâtie sur la dissimulation et le mensonge. Pour que l'union soit solide et sincère, nous devons savoir la vérité, toute la vérité, sur la guerre du Sahara. Alors qu'on ouvre les archives, qu'on laisse parler les officiers. 30 ans plus tard, on peut considérer qu'il y a prescription
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