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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Réflexions de Felipe Gonzalez : Dans le souk Okad marocain

Felipe Gonzalez
La caravane organisée annuellement par Synergie civique a un air de souk Okad marocain, ce vendredi 9 avril. Entre l’éditeur de la capitale, qui fait étalage de ses nouveautés littéraires, l’artisan de Zagora en gandoura bleue qui discute de ses œuvres, le militant et homme d’affaires qui fait la promotion de sa halqa, il y a une transmission de micro-cultures qui cohabitent et s’ignorent par ailleurs. Et puisque le thème, très inspiré de la rencontre, s’intitule "Les tisseurs du dialogue", la parole est donnée à l’un de ses défenseurs les plus inspirés, Felipe Gonzalez. Le maître de séance invite, cloche à la main, tous les visiteurs du Okad à un échange avec l’ancien Premier
ministre espagnol, venu parler de tourisme, de culture et de politique. Il estime qu’au moment où les instruments de communication se sont globalisés, que l’offre touristique est très supérieure à la demande, la beauté des plages et la sophistication des hôtels ne suffisent plus pour devenir un pôle d’attrait. Citant, par ricochet, l’exemple de la chaîne Al Jazeera, il préconise que "chaque pays doit savoir évaluer l’attrait de l’offre qu’il fait aux autres (touristes ou téléspectateurs), non seulement en fonction de leurs attentes, mais également à l’aune de son point de vue à lui. Quand sa vision du monde, alternative, est bien mise en valeur, il suscite un besoin qui n’existait pas auparavant". Voilà pour ce qui est de l’authenticité. Maintenant, le tourisme impliquant forcément une relativisation de sa propre culture par l’ouverture, il n’y a pas de mal à en faire une priorité nationale, comme l’a fait l’Espagne. Comment s’en convaincre ? "Sachant que l’on ne fait pas des autoroutes pour les touristes uniquement, que l’on n’améliore pas les services de santé, pour les visiteurs exclusivement, que l’on n’accorde pas un intérêt grandissant pour l’art juste pour divertir les étrangers, que l’on ne se dote pas d’institutions fiables juste pour la façade, si l’on fait du tourisme une locomotive de développement, tout le monde y gagne". En tenant cet argumentaire, Gonzalez ne se voile pas la face. Il est conscient que ces temps de guerre, de tension et de conflits compliquent énormément la tâche. D’où son plaidoyer pour une conception civique de la politique, comme "l’art de gouverner l’espace public que nous partageons, avec tout ce que cela implique comme gestion d’idées différentes, d’identités, de cultures et d’intérêts différents. Il ne s’agit pas de supprimer les confrontations, mais de les transformer en énergie positive". C’était le discours d’un sage qui est sorti indemne de la politique et qui aime venir au Maroc, mais certainement pas pour son soleil.


Parution : Du 11 septembre au 16 mai

Omar Mounir n’est pas un adepte du prêt à penser. Dans son dernier essai, il propose une lecture, à la fois synthétique et singulière, du terrorisme qui a frappé Washington et Casablanca. Reprenant à son compte la thèse de Thierry Meyssan, il considère le 11 septembre plus comme l’œuvre complice d’une Amérique fasciste à la recherche d’un renouveau de son hégémonie militaire. Il s’agit moins d’impressions mises côte à côte que d’arguments irréfutables. Partant de là, l’auteur minimise la portée du réseau Ben Laden et estime que les attentats du 16 mai ont plus une portée locale, amateuriste, se déroulant dans un pays que l’on veut transformer en une "école coranique" et qui agit, par effet de mimétisme, comme l’Amérique l’a fait, avec une loi qui s’inspire du Patriot act, une diabolisation des islamistes, etc. À partir de données et d’opinions accumulées, Mounir ose une analyse géopolitique, selon laquelle le monde est otage d’une "civilisation de guerre", où le droit du plus fort réduit à néant l’avis de la majorité.

Éd. Marsam, 80 DH (2004)



Journal : Bagdad sous les balles

Jean-Paul Mari est grand reporter au Nouvel Observateur. Resté à Bagdad pendant presque six mois, en 2003, il a tenu un journal nocturne, où il a tout consigné : ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait, ce qu’il pensait de ce qu’il lisait, ce qu’il endurait. Les bouts de texte qu’il en a tirés au début étaient chaotiques. Mais, il a fini par y mettre de l’ordre. Pour nous aider à faire le tri entre ce qui était de l’ordre de la propagande, du trompe-l’œil, du pur mensonge (l’histoire des journalistes de l’hôtel Palestine abattus par les Américains) et ce qui, aujourd’hui, une année plus tard, s’avère toujours être une grosse imposture. Pas forcément pacifiste, mais convaincu que cette guerre n’était ni juste ni justifiée, Mari ne s’efforce pas de nous persuader de son point de vue. Il nous propose une lecture étayée de faits et d’impressions recueillis au jour le jour.

Carnets de Bagdad ; Éd. Grasset

 
 
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