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Remaniement grammatical ministériel
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Comme il faut bien nous distraire,
on a inventé "le remaniement
ministériel"
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| Les inventeurs les plus géniaux sont ceux qui inventent de sanglantes et vaines polémiques au fond d'un marécage où rien ne se passe jamais, où le temps s'englue, où tout se confond et où on nous a foutus sans nous demander notre avis. Si vous avez jamais eu quelque chose à dire sur la confection du Maroc nouveau, dites-le. Tout ce qu'on vous a demandé, c'est d'aller voter et vous y êtes allés. Autrement, les choses se passent sans vous, dans une chambre noire d'où rien ne perce, mais comme il faut bien vous distraire, on a inventé "le remaniement ministériel". Comme s'il y avait des ministres. C'est un pays qui roule sans gouvernement depuis le dernier gouvernement de Abdallah Ibrahim, si on veut rester raisonnable et reconnaître tout de même que nous avons été indépendants de 1956 à 1961. Mais ce que j'en pense, moi, et plein de vieux qui étaient |
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jeunes à cette époque, c'est qu'il n'y a jamais eu de gouvernement ni même d'indépendance. La nationalité du colonisateur a changé, c'est tout.
Par contre, les non-événements, aujourdhui ils savent y faire. Le premier arriviste venu, on lui souffle de lancer la rumeur d'un remaniement ministériel et il est fou de joie. Ça part comme une traînée de poudre, ça s'émeut dans les QG, ça gronde dans les cagibis, les dirigeants alités pour fatigue diplomatique se relèvent, les handicapés jettent leurs béquilles, se lèvent et marchent, Elyazghi s'énerve, El Khatib regrette d'avoir camouflé sa mise au placard en départ volontaire à la retraite, Aherdane croit retrouver ses 20 ans, Ismaïl Alaoui en perd sa distinction patricienne, Ouardighi retrouve un air plus franc, ça grouille, ça conciliabule, ça évalue les chances de X et de Y, y a autant d'avis péremptoires que d'analyses torturées. Total, y a pas plus de remaniement que de lendemains qui chantent.
Tous les gouvernements passés étaient impotents, mais ceux qui se succèdent depuis quelques temps sont carrément handicapés. Alors remaniement ou pas, gardez votre libre-arbitre, ça ne vous concerne pas. Ils nous ont endormis, en nous laissant avec cette dernière promesse : "Quand il se passera quelque chose, on vous réveillera".
En attendant, admirez comment on a fait d'un non-remaniement ministériel un sujet de polémique entre journalistes.
Comment la boucle a été bouclée, comment le non-événement en est devenu un. Grâce à la presse. Un non-sujet a fini par provoquer un début de crêpage de chignons entre deux journaux vachement engagés, Al Bayane et Le Matin. On creuse déjà des tranchées, Le Matin dispose de plus d'artillerie lourde et son aviation est maîtresse du ciel, mais Al Bayane a l'avantage du terrain et des unités extrêmement mobiles, comme celles qui montent régulièrement à la rescousse de NBA, notre ministre de la Com et porte-bavardages du gouvernement.
Al Bayane, lançant une offensive surprise, écrivait, mercredi passé : "Mais aucun journal n'a été capable, jusqu'à présent, de déterminer où a commencé cette 'histoire' de remaniement (ministériel). Ni pourquoi".
Holà, l'ami, c'est bien vrai tout ça, mais est-ce une raison de se fâcher ? Pourrait-on rêver d'une meilleure occasion pour NBA de devenir Premier ministre ?
Selon l'organe des camarades : "Et, au fond, l'impression générale qui se dégage de cette situation (la rumeur sur les remaniements)
est que nous avons besoin, et d'urgence, d'une révolution culturelle dans le domaine politique".
Nari nari nari. C'est pas moi qui l'ai dit a khouya, j'habite même pas ici. En fait, tu m'as jamais vu, je suis une illusion d'optique. Comment ? Il a dit révolution dans notre vie politique ? Révolution jusquà quel point, tovaritch ? Mais rassurons-nous, "cette révolution peut être résumée dans une seule phrase : la rupture totale et définitive avec cette 'culture de la passivité'"
Surtout que l'arabe
est la seule langue où les grammairiens distinguent deux sortes de phrases : "al joumla assahiha" et "al joumla al moufida". (phrase grammaticalement correcte et proposition logique).
Et les joumlate de NBA dont on n'en a rien à cirer, tu les oubliés, camarade ? |
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