PJD : Les leçons d'un congrès
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Avant le début des travaux,
Othmani (au centre) partait déjà
favori (Photo Driss Bennani)
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Les amateurs de sensationnel sont rentrés bredouilles du cinquième congrès du PJD. Le parti islamiste a tranquillement clos ses travaux, élu démocratiquement son nouveau secrétaire général et "tenté de rassurer" lEtat quant à ses orientations "démocratiques et institutionnelles" futures. Par Driss Bennani
Que doit-on retenir du dernier congrès du PJD ? Quil a élu un nouveau secrétaire général ? Plutôt prévisible. Avant même le début des travaux de la séance inaugurale, Othmani partait |
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déjà favori pour succéder au docteur Khatib. Que tout se soit passé dans le calme, sans lombre dune contestation ? Le contraire aurait franchement étonné. Les documents soumis au débat lors des commissions en interne ont presque été validés tels quels.
Jusquaux conclusions et recommandations des congressistes, rien qui sorte de la ligne directrice de tout le congrès : donner limage dun parti modéré, uni et responsable.
La présence de tout le gotha politique lors de louverture des travaux la même rendu "fréquentable".
Pour autant, le parti islamiste a-t-il réussi à rassurer quant à ses choix et ses orientations ? Difficile de trancher. Le nouveau secrétaire général a certes tout fait pour, mais les récentes sorties médiatiques de Mostapha Ramid, lun des leaders du parti les plus en vue, sont à chaque fois venues faire de lombre au tableau dessiné par lislamiste le plus BCBG du moment, Saâd Eddine Othmani. À moins dune semaine du congrès, léternel turbulent du parti a, coup sur coup, réclamé une "réforme constitutionnelle" et contesté la sacralité du commandeur des croyants. De quoi sérieusement gêner les cadres modérés dun parti que de hautes instances de lÉtat ont menacé de dissolution au lendemain du 16 mai.
Un référentiel islamique toujours aussi présent
À lorigine de la mésaventure post-16 mai justement, le référentiel islamique du parti. Les cadres du PJD ne sen sont dailleurs jamais cachés. "Le PJD est un parti islamiste qui, comme toutes les institutions au Maroc, sinspire du référentiel islamique", explique Othmani qui poursuit : "Certains lobbies ont profité du 16 mai pour créer lamalgame, discréditer le parti pour en finir. La force politique que nous représentons désormais les gêne". Quelques mois avant lorganisation du congrès, des informations parues dans la presse arabophone faisaient état dun toilettage des textes dorientation générale du PJD. Selon ces mêmes journaux, le parti aurait rayé la référence islamique de ses textes. Faux, répond un membre du secrétariat général. "Nous ne nous sommes jamais sentis concernés par ce qui sest écrit à ce sujet". Et si le parti a omis de rectifier tout de suite, cest quil attendait le congrès pour le faire. Les premiers slogans répétés dans la salle du complexe Moulay Abdallah ont dailleurs, demblée, donné le ton. Des slogans qui refusent la laïcité, la séparation du religieux et du politique. Les premiers versets coraniques lus ne seront pas innocents non plus. Des versets qui préviennent contre lanimosité naturelle quont les juifs et les chrétiens envers les musulmans. Dans la salle, lécran géant qui retransmet en direct tous les travaux du congrès a été installé aux milieu des drapeaux marocain, palestinien et irakien. Plus que des emblèmes, le conflit palestinien et irakien ont été présents tout au long des deux jours du congrès.
La première intervention du docteur Khatib viendra enfin confirmer ce qui, jusquà présent, nétait que des signes révélateurs. "Lors de ces courtes années dexistence, nous avons pu démontrer que le PJD est un parti islamiste modéré". Le vieux docteur na pas changé depuis 1962, lorsquil a insisté pour introduire le titre de commandeur des croyants dans la constitution. "Nous restons attachés à linstitution de commanderie des croyants telle quelle est aujourdhui", a-t-il tranché. Dailleurs, il a certainement eu une pensée pour Ramid en affirmant : "Je rappelle à certains frères que toute critique de limamat nous rapproche de la laïcité".
Pour cet universitaire, il ne faut se faire dillusions : " Sans le référentiel religieux, le parti nexisterait pas, ne mobiliserait pas autant, ressemblerait à tous les autres partis et nintriguerait personne".
La touche PJD
En attendant, le PJD représente encore une exception, peut-être bien la seule, dans le champ politique marocain. Lors de son cinquième congrès, lunique formation islamiste autorisée du pays a, une fois de plus, été un exemple de discipline et de démocratie interne. Pas de voix dissonantes, les grandes discordes ont été réglées avant le congrès, au niveau sections régionales du parti. En une journée et demi (un record), lessentiel des documents préparés par le secrétariat général a été validé et toutes les instances du parti renouvelées. Une efficacité organisationnelle rare a porté Othmani à la tête du parti au bout de huit heures délections en trois tours. Des élections transparentes parce que publiques. Toutes les opérations, jusquau décompte des voix, se sont en effet déroulées dans la salle principale du congrès, au vu de toute lassistance. Selon cet observateur, la discipline des PJDistes tient en fait à deux facteurs essentiels. Dun côté, il y a cette idée, devenue une constante depuis le 16 mai, que le parti est visé par lÉtat. De lautre, une base jeune, majoritairement cultivée et consciente des enjeux du parti. Lors du cinquième congrès, les organisateurs ont dailleurs à chaque fois joué la carte du "parti visé" pour calmer les ardeurs des uns et des autres. Tout comme le parti, ses militants semblent prêts à toutes les concessions pour préserver son existence.
Fait notable de ce cinquième congrès également, lélection dun nouveau secrétariat général et le retrait de Khatib et de son compagnon, Abdellah Ouggouti. Une passation de témoin qui, en plus de constituer une exception dans les traditions partisanes marocaines, renforce les rangs du parti islamiste. Un responsable de la jeunesse du PJD a dailleurs eu raison de rappeler que "le nouveau secrétariat général est plus proche de la base, jeune pour la plupart. Cest important pour un militant de se reconnaître dans les cadres qui dirigent le parti". Et la jeunesse du PJD est un fait établi. 91 % des congressistes ont moins de 49 ans. 80 % dentre eux ont un niveau détudes universitaires.
Décalages
Sil na pas connu de grandes divergences dopinion (rien de marquant du moins), le congrès du PJD a quand même enregistré quelques petites "querelles" entre les militants et quelques cadres du parti. À lorigine, des slogans, non programmés, répétés en chur dans la salle principale du congrès ou lors des pauses déjeuners. Des slogans violents, souvent racistes ou antisémites qui appellent au Jihad et critiquent limpuissance des régimes arabes. Plusieurs fois après lallocution de lambassadeur de Palestine au Maroc, Abdellilah Benkirane semblait faire des signes de mécontentement à lassistance qui répondait par des slogans du genre "zéro les régimes arabes, zéro la Ligue arabe", à Abou Marouane qui accusait ces régimes (sans exception) davoir trahi la cause. "En réalité, note cet observateur, ce nest pas tant la faute aux militants. Que peut-on attendre dun militant de base que des orateurs extrémistes ont conditionné pendant deux jours ?". En parlant dorateurs extrémistes, notre observateur pense aux invités du congrès du PJD. Lémir de la jamaâ islamique du Pakistan, des représentants des Frères musulmans égyptiens et jordaniens, un invité de Fallouja en Irak, etc. Ceux-là se déplacent entourés dun cordon de sécurité et toute la salle est à chaque fois debout à leur passage.
Un cadre du parti venu calmer quelques militants lors de leurs pause déjeuner se verra répondre devant plusieurs journalistes, "Arrêtez de mentir aux gens. Notre base est convaincue de ce quelle répète. Si cela ne vous convient pas, allez en chercher une autre. Hadchi lli âta allah". Alors, populisme ou double discours ? Les dirigeants du parti restent très évasifs pour ne pas répondre à la question.
La stratégie de la conciliation
Car eux, ils ont déjà tranché. Le parti a fait le choix de la conciliation. "Bien avant le 16 mai", explique le secrétaire général (voir interview). Du moins, dans limage quil renvoie de lui-même. Lélection avec une écrasante majorité de Saâd Eddine Othmani va dailleurs dans ce sens. Consensuel, habile négociateur, il a fait ses armes ces dernières années aux côtés du docteur Khatib, proche du Palais et principal gage du parti dans sa relation avec lÉtat. La mise à lécart (relative, nous y reviendrons) de Mostapha Ramid, qui représente laile radicale du parti, peut également être interprété comme un signe du choix de la conciliation fait par le PJD. Tout comme le "refus" dintégrer la question de la réforme constitutionnelle, telle que présentée par Ramid, dans les points à discuter en commission lors du congrès. Le choix du secrétaire général adjoint nest pas anodin non plus. Othmani a désigné Abdallah Baha au poste de SG adjoint. Avec Benkirane, Baha a été lun des principaux architectes du PJD dans sa version actuelle. Dans les commissions, il a été particulièrement critiqué sur sa manière de négocier, jugée trop molle, avec le ministère de lIntérieur.
Mais sagit-il réellement dun choix ? Les islamistes du PJD nont-ils pas été obligés à se plier aux exigences de lÉtat ? "Ni lun ni lautre, répond Othmani. Cest cela même la stratégie du parti". Percer en douceur et sans fracas. Si en plus, cela fait laffaire de lÉtat, c'est tant mieux.
Ramid, boudé ?
Écarter Ramid de la responsabilité fait-il partie de la stratégie dans ce cas ? Pas vraiment, puisquil na pas été écarté. Lors du premier tour du vote, le leader PJDiste a spontanément pris la parole pour annoncer à lassistance quil "nétait pas concerné par son élection en tant que candidat au poste de secrétaire général". Les statuts du parti prévoyant, en effet, que le conseil national élise, au premier tour, cinq candidats au poste. Sans explications, sinon celle que "depuis que lÉtat sest opposé à mon élection à la tête du groupe parlementaire, rien na changé". Ramid na rien arrangé non plus. Avec ses sorties concernant la réforme constitutionnelle, il na fait quenfoncer le clou.
En insistant pour se retirer de la course au poste de SG, Ramid sest un peu pris à son propre jeu. De nombreux militants ont été offusqués par sa réaction. "Il na pas à refuser une décision du conseil national. Et si tous les élus se retiraient, à quoi servirait un congrès ?", lancera un militant. Les cadres sortent (encore) la carte du "parti visé" et tout le monde se calme. Le retrait de la candidature de Ramid sera même soumise au vote du même conseil national qui la présentée. La trouvaille, dapparence démocratique, nest pas prévue dans les textes du PJD.
Aujourdhui, Ramid est un simple membre du secrétariat général du parti. Selon de nombreux observateurs, il a donc les coudées franches pour continuer à incarner laile radicale du parti. Radicale, mais populaire, puisque la réforme constitutionnelle (qui nengage que Ramid, rappelle le parti) a été soulevée par de nombreux militants, qui ont appelé à ladoption dune vision commune concernant la question. Finalement, Ramid ne sen est-il pas mieux sorti ainsi ? Lintrigue continue. |
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Entretien Saâd Eddine Othmani : Priorité à la réforme politique
De nombreux responsables politiques et officiels ont répondu à votre invitation lors du congrès. Vous pensez quand même que votre parti est encore visé par lÉtat ?
Je ne sais pas. Nous avons invité tout le monde et nous avons été honorés de la présence de ces personnalités. Cela a une signification : que la page du 16 mai est, en grande partie, tournée. Maintenant, personne ne peut nier que nous avons été exclus, menacés de dissolution, etc. Il y a dans le pays des lobbies que la force politique du parti dérange.
Lors du congrès, vos militants ont souvent répété des slogans violents qui ont semblé vous agacer. Comment peut-on expliquer cela : failles dans lorganisation ou décalage entre le discours de la base et celui des cadres ?
Je ne pense que ça ait une aussi grande signification. Nous ne voulons pas un parti formaté. Nos militants sont libres de leurs opinions et de leurs initiatives, même quand ils critiquent le secrétariat général. Ce dynamisme ne me dérange donc pas.
Le docteur Khatib a toujours constitué le gage du parti dans sa relation avec lÉtat. Vous vous voyez jouer ce rôle ?
Nos orientations et nos positions sont notre principale garantie. Depuis 1996, le parti a toujours veillé à consacrer les fondements de lÉtat et à mettre lintérêt national au-dessus des intérêts du parti. Nous lavons officiellement déclaré, nous voulons y aller graduellement, rassurer pour devenir un véritable partenaire politique.
Votre parti existerait-il sans le référentiel islamique ?
Je vous renvoie la question, le Maroc existerait-il sans le référentiel islamique ? Aujourdhui, personne ne conteste ce référentiel. Tout lenjeu est maintenant davoir une lecture ouverte et moderne de la religion. De ne pas senfermer dans une conception unique.
La question de la réforme constitutionnelle a été évoquée lors des commissions. Cela vous a-t-il fait changer davis concernant cette question ?
La question est la suivante : cette réforme constitue-t-elle une priorité et, dans ce cas, que doit-on changer dans la constitution actuelle ? Les congressistes ont demandé au parti davoir une vision commune concernant cette question. Personnellement, je pense que la priorité va à la réforme politique. À la loi sur les partis, la révision des listes électorales, la préparation à temps des élections de 2007, etc.
Si vous êtes aussi conciliant aujourdhui, cest parce quon vous y a obligé ?
Le 16 mai a changé une seule chose au parti, notre vote de la loi antiterroriste. Pour ce qui est de toutes les autres "concessions", elles rentrent dans le cadre de la stratégie du parti. Réduire nos candidatures lors des élections a été notre stratégie dès le départ, avant que ce ne soit une pression de lÉtat. |
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