Le Maroc, entre rêve américain et bon voisinage européen
| Émanation de la Fondation Abderrahim Bouabid et de la Fondation Friedrich Ebert, le "Club politique" est un nouvel espace de débat et d'échanges, sous la forme d'un club fermé qui compte déjà plus de 80 membres. Une fois tous les deux mois, il organisera une rencontre dont TelQuel (pour les francophones) et Al Ahdath al Maghribiya (pour les arabophones) auront l'exclusivité de la couverture. |
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Pour y voir plus clair
Processus de Barcelone
Initié lors de la conférence de Barcelone qui a réuni, en novembre 1995, les pays riverains de la Méditerranée, ce processus entend favoriser la démocratisation et le développement des pays de la rive sud de la Méditerranée. L'objectif global du processus de Barcelone est de hisser, politiquement, économiquement et socialement, les pays de la rive sud au niveau de ceux de la rive nord. Le fonds MEDA est le principal instrument financier mis au service de cet objectif.
Accord d'association Maroc / Union européenne
Signé en 1996, il est entré en vigueur en 2000. Cet accord, qui s'inscrit dans le cadre du processus de Barcelone, comporte 3 volets majeurs. Le volet dialogue politique, censé favoriser le respect des droits de l'homme par les pouvoirs publics, le volet financier, posant les modalités de fonctionnement de la tranche "Maroc" du programme MEDA (lire plus haut) et le volet commercial, programme de démantèlement douanier, dont l'objectif final est l'instauration d'une zone de libre-échange entre le Maroc et l'Europe, à l'horizon 2012.
Grand Moyen-Orient
Clairement formulé pour la première fois en janvier 2004, le projet du GMO est en filigrane de la politique étrangère de l'administration Bush dans le monde arabe et islamique, notamment depuis le 11 septembre 2001. Idée : uvrer à la démocratisation ainsi qu'au développement économique du monde arabe et islamique, de manière à limiter les conditions objectives de l'émergence du terrorisme islamiste.
Accord de libre-échange Maroc / États-Unis
Signé le 2 mars dernier, il entrera officiellement en vigueur le 1er janvier 2005, après sa ratification par les parlements des deux pays. Même si la formule est postérieure au début de la négociation de l'accord de libre- échange avec le Maroc, cet accord prend naturellement sa place dans le grand dessein "GMO". Au contraire de l'accord d'association avec l'Europe, l'accord de libre-échange est exclusivement commercial. Hormis quelques dispositions particulières (notamment dans les domaines agricole et pharmaceutique), il ouvre les marchés marocain et américain aux produits des deux pays, sans qu'il n'y ait à acquitter des droits de douane. |
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Pour le Maroc, le "choix" (s'il y en a un à faire) entre un partenariat stratégique avec l'Union européenne et les États-Unis pourrait se résumer à un choix entre le cur et la raison.
Avec les États-Unis, il s'agit de s'aligner sur les "puissants" du moment, d'où la présence du Maroc (pas vraiment assumée) dans cette liste des "soutiens secrets" à la présence américaine en Irak. Que peut y gagner le royaume ? Des "soutiens", dont l'efficacité est loin d'être prouvée, dans des dossiers cruciaux comme le Sahara ou la Coupe du monde 2010.
Ave l'Europe, le Maroc entretient un long vécu, culturel autant |
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que politique et économique. Une relation de voisinage façonnée par l'Histoire, pas toujours sereine, mais toujours intense. Signé en 1996, l'accord d'association maroco-européen est toujours en cours d'exécution - son point final devant être l'instauration d'une zone de libre-échange en 2012. Mais la relation entre le Maroc et l'Europe n'est pas insensible à quelques orages qu'on pourrait, à la limite, qualifier d'"amoureux". L'ouverture accélérée de l'Union vers les pays d'Europe orientale a ainsi été vécue par les Maghrébins; en général et les Marocains; en particulier, comme un "lâchage", le signe que l'Europe privilégiait son flanc est sur sa rive sud. Toujours dans les mémoires, aussi, cette fameuse déclaration du ministre français du Commerce extérieur, François Loos, début 2003, selon laquelle des accords d'association maroco-américain et maroco-européen seraient "incompatibles".
Techniquement, s'agissant d'accords commerciaux, l'incompatibilité ou la complémentarité doivent être jugées à l'aune des détails techniques des protocoles d'accord. Mais stratégiquement, voire philosophiquement, quelle est la vocation du Maroc : atlantiste ou méditerranéenne ? Dans quel projet le Maroc doit-il s'inscrire ? GMO ? Processus de Barcelone ? Ou les deux à la fois ?
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Elisabeth Guigou Ancienne ministre
française des Affaires européennes
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Une utopie mobilisatrice
J'ai deux rêves pour le Maroc : l'organisation de la Coupe du monde de football en 2010 et l'aboutissement de l'accord d'association avec l'Union européenne. La signature de cet accord devrait permettre une certaine contagion de la démocratie, de la paix et du droit des personnes. Utopie ? Peut-être, mais deux ans avant qu'il ne devienne la monnaie unique, l'Euro était aussi une utopie. On oublie que ce sont les utopies qui font avancer les peuples. Les utopies sont faites pour être réalisées, à condition toutefois de réunir 3 préalables : une forte aspiration des peuples, une volonté durable et sans
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faille des dirigeants et une méthode : la démocratie. C'est grâce à la réunion de ces 3 conditions que l'Union européenne est aujourd'hui une réalité. Un espace commun euro-méditerranéen pourrait, et devrait, être une utopie mobilisatrice.
Pourquoi EuroMed ?
La nécessité d'établir un espace euro-méditérranéen répond à 3 chocs majeurs :
Le choc démographique : dans les 40 ans à venir, l'Europe aura perdu 60 millions d'habitants. Plus le temps passe, plus la population européenne vieillit, rendant de plus en plus problématique le financement des systèmes sociaux. Les pays du sud de la Méditerranée, en revanche, ont des populations jeunes. Le besoin en emplois y est estimé à 90 millions. Il est impératif, pour le devenir commun des pays riverains de la Méditerranée, de créer des complémentarités.
Le choc technologique : les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont aujourd'hui une des clés, sinon la clé du développement. L'Europe se bat pour se maintenir à niveau et de leur côté, les pays de sa rive sud disposent d'une multitude de jeunes pour lesquels les NTI sont un langage presque inné.
Le choc du terrorisme : depuis les attentats de Madrid, il relève de l'évidence que c'est aujourd'hui un ennemi commun des pays des rives nord et sud de la Méditerranée. Il est aujourd'hui impératif, pour mieux s'armer contre le terrorisme, que les pays de ces deux rives développent un partenariat sécuritaire privilégié.
"Péril vert" ?
Tout partenariat entre l'Amérique et un pays arabe et islamique comme le Maroc s'inscrit, il me semble, dans l'optique globale du "Grand Moyen-Orient". Il s'agit d'un projet pensé d'en haut et de très loin. Le seul lien entre les pays formant cette vaste zone, qui s'étend du Maroc au Pakistan est l'islam. Le vice-président américain Dick Cheney a récemment justifié ce projet avec des termes qui rappellent beaucoup la rhétorique d'endiguement du l'ex-"péril rouge" communiste. Je trouve cela choquant.
Division de l'influence
La notion de pré carré, comme celle d'aire d'influence, sont aujourd'hui dépassées. Mais pour être franche, il faut reconnaître que l'Europe et les États-Unis ont naturellement vocation à concentrer leurs efforts de coopération dans certaines zones plutôt que d'autres. Une division intelligente du travail consisterait, par exemple, à ce que l'Europe consacre des efforts privilégiés aux pays du Maghreb et du Machrek, auxquels la lient des liens civilisationnels et historiques. L'Amérique, elle, se concentrerait sur les pays du Golfe et le sous-continent asiatique dans lesquels sa présence est plus marquée, de longue date. |
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Clifford Kiracoff Américain,
consultant au Virginia
military institute
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Historiquement, la politique commerciale des États-Unis n'a jamais été fermée sur elle-même, mais toujours ouverte sur l'Afrique et le monde arabe. Avant la présidence de George W. Bush, la politique étrangère américaine était basée sur ses intérêts commerciaux et culturels. Mais ceux que je qualifie d'"obsédés par un idéologie quasi fasciste", ou "fanatiques" de la Maison Blanche qui jouent sur les peurs comme ils manipulent l'opinion, ont complètement faussé les relations étrangères américaines. Ces gens n'aiment ni le droit international, ni le multilatéralisme mondial incarné par l'ONU. On est loin de Roosevelt et de Wilson
Le Grand Moyen-Orient
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| est un élément de propagande interne de Bush. Sans doute grossier, il est néanmoins véhiculé et crédibilisé par la manipulation incontestable de l'opinion publique par la Maison Blanche, via les grands "networks" (réseaux) américains de télévision. Si John Kerry remporte le élections présidentielles, ce sera la fin du GMO. |
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