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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Peter Brook à Fès : La genèse d’une pièce mystique

Peter Brook connaît Hampaté Ba depuis plus de vingt ans, quelque temps après la création des Bouffes du Nord. "C’est l’homme qui m’a conduit vers son œuvre. Pour lui, tout commence par l’oral". L’intérêt qu’il porte pour ce texte, Vie et enseignement de Tierno Bokar, remonte à plus de dix ans. Il raconte la saga d’un mystique, Tijani, dont la devise est simple et séduisante ("il y a ma vérité, ta vérité et la vérité"). S’il a fini par se décider à monter la pièce, c’est parce qu’en regardant la télé, il a réalisé que cela devenait urgent de "montrer, face au discours des hommes politiques plein de slogans sur la tolérance, comment la recherche de la pureté n’appartient à
personne et que chacun doit être fidèle à sa voie, sachant qu’au bout du compte, la vérité, comme Dieu, n’a pas de nom". Accueilli avec sa troupe au sein de la très mauresque résidence d’artistes de Dar El Batha (Institut français de Fès), pour enclencher le travail dans un cadre serein, il tire son inspiration de cette ville où les Tijanis sont initialement venus se réfugier. On pourrait croire que la pièce, portant sur un soufi, a pour sujet l’islam. Peut-être bien, en partie. Mais pas seulement. La pièce porte aussi sur cette force terrible qui s’est opposée au colonialisme français à l’époque. "Les archives qui nourrissent le travail font écho à ce que dit aujourd’hui le général Bremer à Bagdad. On entend les mêmes phrases sur le peuple qu’il faut tirer de l’ignorance pour lui apporter la civilisation. On y retrouve les même interprètes roulant tout le monde, qui mettent le colonisateur face au drame d’ignorer la langue des colonisés". Ce drame, banal et énorme à la fois, résume une question à laquelle il a toujours été sensible, depuis qu’il a entamé son périple artistique, envers l’Asie et l’Afrique : "L’Occident n’a jamais voulu comprendre, depuis 2000 ans, que la pensée libre est au cœur de chaque religion". Tel qu’on connaît Brook et son goût pour tout ce qui est inattendu, la pièce à laquelle prennent part 12 grands acteurs et actrices s’annonce moins éthérée que ne le laisse entendre son côté mystique. "Pour être honnête envers le ciel et la terre, il faut avoir un pied dans son temps, sa réalité et un autre dans l’intemporel, la quête de l’infini". la première aura lieu en juillet . Viendra-t-il la jouer au Maroc ? C’est une affaire de production, qui ne dépend pas que de lui.


Parution : Rida Lamrini récidive

Au départ écrivain de circonstance, il a fini par y prendre goût. Rida Lamrini a commencé à écrire pour dénoncer. Au lieu de produire des articles ou des essais, il a essayé de romancer ses textes pour les rendre plus attrayants à lire, comme de simples petites histoires à dormir debout. Aujourd’hui, il en est à son troisième tome. Après Les puissants de Casablanca et Les rapaces de Casablanca, il décrit aujourd’hui Le temps des impunis. Pétri dans la réalité sociale, sordide et sans merci, ce texte, comme ses prédécesseurs, est d’un moralisme débordant. C’est la passion d’un citoyen qui décrit les détails d’une vie qu’on passe à rêver du changement. Quant à ses désillusions, il nous les épargne. C’est un optimiste qui se soigne à l’écrit.

Le temps des impunis, Rida Lemrini ; Éd. Marsam (2004)

 
 
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