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Israël : Jusqu’où ira Sharon ?

Un Sharon déterminé à faire reculer
toute paix (Photo AFP)
Les assassinats répétés des leaders du Hamas et la divulgation du plan Bush-Sharon de retrait israélien de la bande de Gaza sonnent le glas de l’impartialité américaine. Par Laetitia Grotti


Qui mettra un terme à la folie meurtrière d’Ariel Sharon ? À sa volonté d’empêcher toute idée de paix entre Israéliens et Palestiniens ? Moins d’un mois après l’assassinat de Cheikh Yassine, le meurtre d’Abdel Aziz Al Rantissi, son successeur au Hamas, prouve à tous ceux qui en doutaient encore que le gouvernement israélien cherche à créer un climat de haine et de vengeance irréversible. D’autant qu’aux "assassinats ciblés" succèdent les déclarations d’un Sharon plus provocant que jamais : "Je ne proposerai à aucune compagnie d’assurer Yasser Arafat sur la vie". En fait, après sa dernière visite - la 9e depuis sa prise de fonctions en mars 2001 - effectuée le 13 avril dernier à Washington pour présenter son plan de "désengagement unilatéral de la bande de Gaza", Ariel Sharon
a obtenu ce qu’il était précisément venu chercher : de nouveaux encouragements de la part de Bush pour voler des terres et bafouer le droit international en toute impunité.
Jusqu’à présent, Washington considérait qu’il revenait aux deux parties de déterminer le tracé des frontières entre Israël et le futur État palestinien. Les États-Unis se refusant à prendre position, préféraient se cantonner dans le rôle du "courtier impartial". C’était important pour préserver l’idée d’un donnant-donnant, celle d’un marché conclu entre deux parties qui avaient, chacune, des droits légitimes à faire valoir sur une même terre. Mais, le 14 avril a sonné le glas de l’impartialité du courtier. Bush défend dorénavant et ouvertement les positions de départ de l’une des deux parties. Dans un échange de lettres consécutif à sa rencontre à Washington avec Ariel Sharon, il préempte le résultat d’une éventuelle négociation. Il adopte, avant celle-ci, le point de départ de la partie israélienne : illégales pour l’ONU, les colonies ont crée un fait accompli - que les États-Unis reconnaissent, dit Bush en substance. Ainsi, pour prix d’un éventuel désengagement israélien de Gaza, les Palestiniens, qui n’ont bien évidemment pas été consultés, doivent accepter de perdre, sans contrepartie territoriale équivalente (ce qui avait été envisagé à Camp David en 2000 et à Taba en 2001) une partie de la Cisjordanie.
Lorsque Bush avait jugé que Yasser Arafat n’était pas un interlocuteur légitime, il avait déjà fait un pas important en direction de la droite extrême israélienne. Il en accomplit aujourd’hui un autre dans le même sens. Pour beaucoup, loin de représenter une posture "réaliste", ce nouveau geste rend difficile une reprise des pourparlers israélo-palestiniens. Et comment ne pas comprendre la colère manifestée par les Palestiniens lors de l’annonce de ce plan "Bush-Sharon" ? Les colonies juives peuvent être intégrées à Israël, la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui proclame que l’on ne peut acquérir des terres par la force militaire, vient d’être classée nulle et non avenue, le principe du droit au retour n’est plus à l’ordre du jour. Quant au soi-disant "retrait de la bande de Gaza", inenvisageable il y a encore un an par nos deux "maîtres du monde", il semble évident, pour un vieux militant pacifiste comme Uri Avnery, qu’il s’agit d’une manœuvre destinée à détourner l’attention de l’annexion constante des terres palestiniennes les plus fertiles, de la construction d’un mur qui ne laissera aux Palestiniens que 10% de leur terre initiale, sous formes de bantoustans, et des assassinats quotidiens perpétrés par Tsahal. Pour Uri Avnery, la bande de Gaza est destinée à devenir une prison géante, sans port ni aéroport, sans possibilité de passage vers un autre pays qu’Israël, où le gouvernement israélien a déjà annoncé qu’il se permettrait d’intervenir quand bon lui semble. Il pourra continuer de décider de l’entrée et de la sortie des matières premières comme de la main d’œuvre et y compris d'affamer la population si bon lui semble. Bref, un système "d’occupation indirecte moins coûteuse et plus efficace" comme le résument de concert Uri Avnery et le journaliste Robert Fisk. En attendant, le gouvernement Sharon essaie de faire place nette et de liquider un maximum de gens, notamment d’intellectuels, sous prétexte de "lutter contre le terrorisme". Mais qui est terroriste ? "Je suis effrayée par notre effondrement moral, par notre arrogance et par la facilité avec laquelle nous assassinons des Palestiniens" écrivait cette semaine, Shulamit Aloni, avocate israélienne et militante du Meretz. Et Uri Avnery de conclure "on dit de Bush qu’il est le président américain le plus pro-israélien qui ait jamais existé. Je pense que c’est le contraire. Je crois que c’est le président le plus anti-israélien qui ait jamais existé, parce que le plan Sharon-Bush bloque le chemin de la paix, notre seule chance d’avoir une vie normale".
 
 
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