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Berrechid : Terroristes, la cavale ratée

H. Dourbani avait choisi pour
abri un appartement sur l'avenue
principale de la ville
(Photo Chadwane Bensalmia)
Deux suspects, une cinquantaine d’agents et une course poursuite de près d’une heure. La petite ville de Berrechid a eu droit a son thriller. Par Chadwane Bensalmia


Mardi 20 avril, 10h15 du matin. Le cortège du prince Philipe de Belgique a du retard. Ce dernier est attendu pour une visite officielle de la zone industrielle de Berrechid. Comme à l’accoutumée, le dispositif de sécurité est à son optimum. Le wali de la province et le pacha de la région sont sur le site. Dix minutes plus tard, l’invité arrive. La tournée commence et se déroule dans la perfection minutée et habituelle des visites du genre.
Vers onze heures, un coup de fil déclenche une vague d’agitation, un ballet de talkie-walkie s’ensuit. Sans raison apparente, les forces en place procèdent à une série de contrôles identitaires des personnes en présence. Les consignes veulent que les choses se fassent dans la discrétion totale. Nul besoin de semer la panique en l’absence d’une réelle menace.
Volonté sera faite. L’escale industrielle du prince se poursuit durant encore une demi-heure avant que le cortège ne prenne la direction de la wilaya pour la suite des festivités. Tout est bien qui finit bien. Le prince Philipe n’a rien eu à craindre. Et presque personne n’a eu de doutes sur le "très suspect" coup de fil. Pour cela, il fallait être de l’autre côté de la ville.
Le coup de fil en question rapportait que "le suspect pisté depuis quelques semaines déjà a été repéré. Il s’apprête à bouger". Il n’est pas seul, une deuxième personne l’accompagne. Il est bel et bien sur Berrechid et se dirige vers Casablanca pour un certain rendez-vous. Jusqu’ici, on se doutait de la présence du suspect dans la ville, mais aucune adresse ne lui était connue.
L’officier Nejmi, agent de la DST, est en poste de surveillance devant la station des grands taxis du quartier Attayssir 2 - par laquelle le suspect sera obligé de transiter pour se rendre à Casablanca si l’on omet la gare de train.
Voilà des mois que les autorités vivent sous l’alerte rouge. Et des semaines que des mini-brigades mixtes, entre PJ, RG et DST sont déployées dans les centres névralgiques de la ville, guettant les moindres apparitions suspectes - l’arrestation, quinze jours après les attentats du 16 mai, de Hassan Taoussi a valu à Berrechid le renforcement de son dispositif sécuritaire.
13 heures passées de quelques minutes, L’officier Nejmi croit reconnaître Hicham Dourbani, quoique que ce dernier se soit débarrassé de sa barbe et de la très caractéristique tenue afghane. Il se dirige vers lui, l’accoste pour un contrôle d'identité. À la demande de l’officier de présenter ses papiers, H, Dourbani, dans un geste aussi brusque que mécanique, dégage un sabre qu’il dissimulait sous sa veste et le plante sans hésitation dans le ventre de ce dernier. L’officier s’écroule sous l’effet du coup. La foule s’attroupe. Les voix s’élèvent dans la rue. Profitant du branle-bas de combat, Dourbani et son compagnon, Salah Eddine Doubbich, prennent la fuite. L’agent Nejmi, une main pressée contre la blessure pour stopper l’hémorragie, se relève et se lance à leur poursuite, secondé par les dizaines de citoyens qui ont assisté à la scène. Se trouvant bientôt à bout de souffle, il arrête un motocycliste sur son chemin et lui demande assistance. Ce dernier y consent et le couple reprend la traque des fuyards à travers les ruelles menant vers le quartier Hay Hassani, jusqu’au moment où l’officier Nejmi se sentant défaillir, et s’étant assuré du relais de ses collègues demande à être transporté aux urgences.
Entre-temps, un coup de fil alerte le commissaire de la circonscription, Abderrahim Mejni qui, à son tour, mobilisera toutes ses équipes. Au total, une cinquantaine d’agents de tous bords sont dépêchés sur les lieux. Quelques minutes suffiront pour encercler le quartier. Pris de panique, les deux suspects pénètrent dans un immeuble en construction pour y trouver refuge. Les habitants du quartier les ayant repérés en signalent la cachette à leurs traqueurs. Restait une seule issue pour les fugitifs, la terrasse de l’immeuble. Ils montent sur le toit puis sautant d’une terrasse à une autre, tentent de semer les agents. Cependant l’information ayant fait le tour du quartier, tous les habitants se sont joints à l’effort policier, mêmes les enfants s’y sont mis. Rapidement, les suspects réalisent l’inutilité de leur "sprint". Ils s’improvisent une cachette à la première occasion. Un tapis de paille étendu sur l’une des terrasses est jugé opportun. Une fois encore, l’œil curieux d’un jeune homme en décèle la présence et en fait état aux agents. Cette fois-ci, les suspects ne trouvent aucune échappatoire que celle de brandir leurs épées, dans une dernière tentative d’intimider leurs traqueurs. Les sommations des policiers de se rendre n’ont d’autre échos que des menaces au nom d’Allah. Au bout de quelques minutes, H. Dourbani choisit de se réfugier dans une petite pièce de la terrasse, laissant son compagnon seul face aux policiers. C’est alors qu’un premier agent, debout derrière l’entrée accédant à la terrasse y fait irruption. S. Doubbich continue de brandir son sabre dans sa direction pour le forcer à reculer. L’officier tire un premier coup en l’air pour l’intimider mais rien n’y fait. Il vise ensuite son genou. Une première balle dans la jambe droite de Doubbich ne suffit pas à le dissuader. Une deuxième atteint la jambe gauche sans être plus persuasive. Suivra une troisième à la cuisse. À terre, Doubbich, qui n’avait pas pour autant lâché son épée, continue de l’agiter. Pour l’anecdote, c’est une cuvette, jetée d’un toit mitoyen par un autre jeune homme du quartier, qui le débarrassera de son arme pour que le policier puisse enfin le maîtriser. Son arrestation finira de convaincre Dourbani, de sortir de sa cachette et de se livrer. Ce même Dourbani profitera, plus tard, de l’absence de son compagnon durant le premier interrogatoire, pour tenter de lui faire endosser la plus grande part de responsabilité. Les premières conclusions laissent entendre que des deux, il était le cerveau alors que Doubbich n’était qu’un exécutant. Mais l’on se garde tout de même d’aller loin dans les spéculations, au sein de la petite communauté policière de Berrechid, depuis le transfert des deux suspects à Rabat. Les consignes du général Laânigri, qui avait fait son apparition sur les lieux, ayant interdit la diffusion de toute information. Du reste, on apprend seulement que le séjour de H. Dourbani a duré un mois et 26 jours dans la petite ville industrielle. Évitant les quartiers populaires que la curiosité des voisins rendaient hasardeux, il avait opté pour un deux pièces sur le boulevard Mohammed V, principale avenue de la ville. Le propriétaire de l’immeuble vivant à Khouribga, c’est un intermédiaire, du nom de Jabri qui conclut la transaction. Pour les formalités administratives, Dourbani avait fourni une fausse carte d’identité où il se présentait sous le nom de Redouane Jamili. Plus tard, à la perquisition de son domicile, deux autres fausses pièces d’identité sont découvertes. La fouille fera également état, outre les liasses de faux billets - qu’il imprimait à domicile - de la présence de bidons et bouteilles de produits chimiques dont la nature n’a pas pu être déterminée. Des échantillons ont ainsi été prélevés et envoyés aux laboratoires de la police scientifique à Rabat. Le reste ayant été consigné dans son appartement, l’immeuble entier a été vidé de ses habitants et placé sous surveillance policière…
L’agitation de la ville se tassera au bout de quelques heures. Mais, le modeste commissariat de la circonscription de Berrechid aura eu droit à son heure de gloire avec, en sus, quelques primes accordées aux "vaillants" agents.
 
 
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