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Le gouvernement face à la presse : Le complexe du protégé
Il est tout de même curieux de voir à quel point notre ministre de la Justice méprise la justice. Oser dire au Parlement que le gouvernement songe à créer une "commission ministérielle" pour parer aux dérives de la presse est dun anachronisme terrifiant. Son homologue, Nabil Benabdellah, a beau minimiser cette malencontreuse déclaration, précisant que ce sont juste "des ministres qui se concertent de manière informelle", le mal est fait (lire p 10). Il a été cultivé par un état desprit et des messages ininterrompus atterrissant, lun après lautre, sur le bureau de Driss Jettou. Le premier provenait de lUSFP, offusqué de voir notre brave argentier, Fathallah Oualalou, mis à mal par un article paru dans un pseudo-journal. Le second, de Mahjoubi Aherdane, furieux davoir été écorché par les mémoires de lex-agent du CAB-1, Ahmed Boukhari. Le troisième dAbbès El Fassi, qui a déniché à ses temps perdus une offense à son parti dans ces mêmes mémoires, paraissant en feuilleton sur les colonnes dAl Ahdath Al Maghribia. Tous cherchent à se protéger de la presse et tapent à la porte de la Primature, la transformant pour loccasion en "diwan Al Madalim" des notables de lÉtat.
Les ministres ne sont pas les seuls à se prendre pour des protégés. Cest un cercle infernal. Prenons le cas dAnas Tadili, ce pseudo- confrère qui a commis un article injurieux et nullement étayé sur un ministre en fonction. Il a longtemps été protégé par des services obscurs. Son statut de journaliste, il le doit à des gouvernements complices, qui acceptent les sous-marins troubles, tant quils ne leur font pas de mal. Mais dès quun ministre subit leffet boomerang de ce jeu malsain, il cherche à son tour quelquun pour le protéger ou, au pire, une pseudo-affaire judiciaire pour sauver la face. Prenons le cas de Boukhari. Lui, ce nest pas un journaliste, mais un ancien des services, qui a perdu sa protection une fois quil a décidé de livrer sa version sur Ben Barka. Aujourdhui, il déballe toutes ses vérités secrètes, éclaboussant lensemble de la classe politique au passage. Plusieurs des personnages concernés, cités ou mis à nu, ont servi lÉtat, dans lopacité la plus totale et en des temps nullement cléments pour les opposants. Aujourdhui, ces "serviteurs" demandent à ce même État de les protéger de ce torrent de révélations (à vérifier) que leur inflige les rotatives quotidiennes. Revenons au cas du Journal qui a publié la vraie-fausse lettre de Fqih Basri. LUSFP, juge et partie à lépoque, na pas hésité à jouer au censeur officiel pour protéger ses "grandes figures" et "symboles" des aléas du témoignage historique, qui démasquait les liens troubles de la gauche avec Oufkir, le traître.
Dans chacun de ces épisodes, les protégés de lÉtat ont recours au chef de lexécutif pour stopper la machine infernale de la presse, qui joue au trouble-fête. Ils prétendent à chaque fois que les témoignages ne disent pas la vérité. Pure supercherie. Un témoignage ne raconte quune vérité partielle, personnelle. Il nengage que son auteur. À dire vrai, une partie de notre élite politique (Al Khassa) a tellement de choses à se reprocher quelle veut faire barrage et éviter que la masse des lecteurs (Al Aâmma) sache, ne serait-ce quun bout de la vérité passée. En plus du code de presse liberticide actuel, ils veulent être arbitrairement protégés de la masse des non-dits qui les persécute. Or, les médias nont pas de vocation plus noble que celle délargir le cercle de ceux qui savent, de faire en sorte quil ny ait pas de protégés qui échappent au miroir de la vérité étayée et confirmée. Les journaux nont, certes, pas tous le même degré de vigilance vis-à-vis de la véracité des faits quils rapportent. Mais ceci est une autre paire de manches, à traiter entre journalistes, comme des grands, et le cas échéant, par les tribunaux. Pour le reste, il faut être stalinien ou crétin pour oser penser à un "protectorat" de la presse. |